Une diplomatie à vau-l'eau
Le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, le jeune et impétueux Boris Boillon, se définit lui-même comme un «Sarko boy». «Quand on a vécu quatre ans de sa vie(comme conseiller à l'Élysée) complètement rythmée par un homme comme ça, on est forcément influencé par son style, sa manière d'agir et de penser», confesse t-il avec fierté. Et à peine arrivé à Tunis après le rappel de son prédécesseur bouc émissaire de la crise tunisienne, le diplomate n'a pas fait dans la dentelle pour afficher son «autre style». Diffusée sur Internet, sa fin de non-recevoir aux questions «débiles» de journalistes tunisiens concernant sa ministre Michèle Alliot-Marie lui a valu devant l'ambassade des «Dégage!» aussi virulents que ceux qui visaient Ben Ali.
Après ce démarrage en fanfare, l'ambassadeur a dû se livrer à un mea culpa piteux. Cet épisode dérisoire ne vaudrait pas qu'on s'y arrête s'il ne mettait en lumière la dégradation inquiétante de l'image de la France dans le monde et singulièrement sur les bords de la Méditerranée. Le dérapage de Boris Boillon n'est que le symptôme supplémentaire d'une diplomatie française qui va à vau-l'eau, avec un Quai d'Orsay privé de toute prérogative au bénéfice de l'Élysée.
Après Bernard Kouchner, totalement marginalisé, Michèle Alliot-Marie reste en poste mais dans les faits inexistante. Lundi et mardi, ce sont les ministres de l'Economie et des Affaires européennes, Christine Lagarde et Laurent Wauquiez, qui iront à Tunis pour tenter de renouer les fils de relations très dégradées. Tricarde en Tunisie, MAM sera alors... au Brésil pour une visite de travail dont le caractère indispensable n'échappe à personne.
Mais il y a plus grave qui relève de la responsabilité du chef de l'État dont la politique étrangère est un domaine régalien. De son projet avorté d'Union pour la Méditerranée au G20 en passant par l'année du Mexique, Nicolas Sarkozy pilote la diplomatie française par le prisme de la politique intérieure. C'est MAM préservée pour éviter paraître de céder à la pression, c'est Florence Cassez érigée en affaire d'État au nom d'une défense contre-productive des «victimes» et au risque avéré de priver la France du soutien de nombre de pays «émergents» dans son activisme au sein du G20.
Nicolas Sarkozy a pu faire illusion en 2008 lors de la présidence française de l'UE au détour de l'affaire géorgienne. Aujourd'hui, le patron de la diplomatie française navigue à la godille, obnubilé par l'objectif de sa réélection. En payant cash un manque de savoir-faire dont, malgré ses lourdeurs, le Quai d'Orsay et ses ambassadeurs blanchis sous le harnais étaient les garants.