UNE AFFAIRE D'ETAT...
Jacques GUYON 14/09/2010
Mais jusqu'où va donc nous entraîner l'affaire Woerth-Bettencourt? Jusqu'à quel tréfonds de compromission, jusqu'à quel degré de concussion le pouvoir politique va-t-il se retrouver éclaboussé et la France du même coup affaiblie, ridiculisée, humiliée au yeux du monde par ce mauvais feuilleton qui depuis des mois occupe notre scène hexagonale? Hier, c'est un nouveau et très lourd pavé qui a été jeté dans la mare par «Le Monde». En une, et sous le titre choc «l'Elysée a violé la loi sur le secret des sources des journalistes», le quotidien accuse le sommet de l'État d'avoir demandé aux services de contre-espionnage d'identifier la source -la «taupe» comme on dit dans les romans noirs...- qui avait servi d'informateur à un de ses journalistes.
Selon «Le Monde», c'est à la suite d'un article paru mi-juillet et qui faisait état des conditions dans lesquelles l'épouse d'Éric Woerth avait été embauchée au service de la milliardaire par Patrice de Maistre, que la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a été mise à contribution. Hier, dans un court communiqué, l'Élysée démentait évidemment toute implication dans cette opération. Opération que reconnaît par ailleurs cette même DCRI qui a assuré au «Monde» avoir agi dans le cadre de «sa mission de protection de l'État» (sic).
Si on ne peut que prendre note des dénégations de l'Élysée quant à son rôle dans cette affaire -en cela nous ne faisons que respecter la présomption d'innocence même si celle-ci s'est déjà retrouvée allègrement piétinée ces temps-ci par ceux qui en sont les garants...- il y a par contre de quoi s'inquiéter du mobile avancé. «Protection de l'État» ou protection d'un homme? D'un système, d'un clan, d'un pouvoir? A qui fera-t-on croire que les services secrets obéissaient à «un impératif prépondérant d'intérêt public»? Qui pourra penser que c'est par pur hasard qu'une fois repérée, la «taupe» s'est retrouvée convoquée par la Chancellerie et mutée en Guyane?
Tout ceci sent décidément très mauvais. Ce ne serait certes pas la première fois qu'un président en exercice tord les lois et principes démocratiques dans des opérations barbouzardes. On se souvient des écoutes téléphoniques de la Mitterrandie visant Jean-Edern Hallier, Carole Bouquet, Edwy Plenel et autre «terroristes»... Reste que cette fois-ci, celui qui est soupçonné d'une telle maneouvre est celui là même qui en janvier 2008 lors de voeux à la presse prétendait mieux qu'aucun de ces prédécesseurs garantir la liberté des journalistes.
Reste que celui qui se retrouve aujourd'hui visé par une plainte contre X est aussi celui qui avait clairement fait savoir au directeur du «Monde» lors de la recapitalisation du journal cet été que l'un des actuels actionnaires n'ayant pas ses faveurs, il pourrait revoir les aides de l'Etat...
Une menace qui, déjà, en disait très long sur une certaine façon de présider la France.