Un point de vue étranger sur les médias français ...
Mercredi7 juillet 2010
Après avoir été laminé par ses excès, la crise de la presse et le tempo infernal de la communication sarkozienne, le journalisme d’investigation fait son grand retour.
Deux scènes. La première se déroule sous les lambris élyséens, le 8 janvier 2008. Nicolas Sarkozy présente ses vœux à 600 journalistes. Le président, élu huit mois auparavant, tacle les uns et les autres – «votre vie politique a commencé il y a huit mois, avec moi», à une journaliste de France 24 – et incendie Laurent Joffrin. Le directeur deLibération a osé lui demander s’il avait instauré «une forme de pouvoir personnel pour ne pas dire une monarchie élective». «Monsieur Joffrin, comment un homme cultivé comme vous peut dire une aussi grosse bêtise?» riposte le président. Le parterre de journalistes éclate d’un rire complaisant. Et bien peu confraternel.
Persiflage
Juin 2010, Toronto, le G20 s’achève. Au centre de presse, Nicolas Sarkozy se félicite d’avoir fait valoir les positions françaises auprès de ses pairs. Un journaliste de France 2 pose l’une des premières questions: le chef de l’Etat accorde-t-il encore sa confiance à Eric Woerth, le ministre du Travail cerné par les révélations médiatiques? Hors sujet. Nicolas Sarkozy tempête, sermonne à nouveau la presse et ses méthodes de travail. Cette fois, les journalistes ne rigolent plus. Au contraire, ça persifle à voix basse dans les travées.
2008-2010. On a dit hier que Nicolas Sarkozy avait «la main sur les médias». On a lu qu’il avait «les patrons de presse dans sa poche» et «les journalistes à sa botte». On constate aujourd’hui pourtant que le pilonnage de scoops a déjà éjecté deux secrétaires d’Etat, Alain Joyandet et Christian Blanc, du gouvernement. Et que chaque jour, la République tremble un peu plus. D’après Libération, «Sarkozy a perdu les commandes». Lundi, il a nommé Rémy Pflimlim, «un profil consensuel» à la présidence de France Télévisions, plutôt que son favori Alexandre Bompard, le jeune patron d’Europe 1, un ancien directeur de cabinet du premier ministre François Fillon «étiqueté UMP». Dans le tohu-bohu actuel, il fallait coûte que coûte écarter tout nouveau «soupçon d’affairisme», affirme le quotidien.
«On ne peut pas dire qu’entre Nicolas Sarkozy et les médias, le rapport de force s’est inversé», estime Claude Angeli, le rédacteur en chef du Canard enchaîné, qui revendique la publication de «sept affaires» ces dernières semaines. «Ce qui a changé, c’est le ton, dans les radios et les éditoriaux, poursuit-il. Les jugements sur le président sont plus sévères. On remarque même un certain manque de respect pour la fonction présidentielle. Le politiquement correct a reculé, et les journalistes se lâchent.»