Un patron à fond la caisse

Publié le par DA Estérel 83

CharenteLibre Jacques GUYON 26/10/2010

 

On se souvient tous comment au moment du référendum sur la constitution européenne la menace du plombier polonais débarquant chez nous avec son salaire de misère entre les dents avait bouleversé la donne. On connait la suite...

Ce qu'on n'imaginait pas à l'époque c'est que cet épouvantail allait resservir. Eh bien, c'est fait! Même s'il s'agit cette fois-ci de l'ouvrier et non pas du plombier polonais.

Mais cette fois ce ne sont ni les marxistes du PC, ni les trotskistes de l'ultra-gauche, ni les souverainistes de droite qui utilisent le mythe mais un grand patron. Et même le plus grand patron du plus grand groupe privé d'Italie, un certain Sergio Marchionne.

Bien connu en Italie par ses déclarations à l'emporte-pièce, le patron de Fiat vient à nouveau de faire des vagues en expliquant à la télévision que les 6.100 salariés de Fiat en Pologne produisaient le même nombre de voitures que les 22.000 salariés de la branche auto en Italie.Conclusion: «Fiat pourrait faire mieux s'il pouvait éliminer ses usines en Italie»!

Et le bonhomme d'enfoncer le clou en livrant des chiffres hallucinants d'où il ressortirait que l'Italie serait à la 118e place sur 139 du point de vue de l'efficacité au travail et à la 48e en ce qui concerne la compétitivité de ses systèmes industriels.

D'où Marchionne tire-t-il ces chiffres? Mystère. Personne en tout cas, aucun organisme ni italien ni européen ne semble pouvoir le dire... Mais l'important pour le numéro 1 de Fiat n'est évidemment pas là! Il s'agit plus cyniquement d'ajouter la provocation au mépris, la pression au chantage afin de faire céder les syndicats italiens sur plus de flexibilité, de flatter dans le sens du poil toute une frange de la population jamais bien loin, sinon de regretter la période mussolinienne, au moins d'être sensible à la vulgate berlusconnienne.

Il faut répondre au puissant syndicat des métallurgistes qui l'autre samedi a réuni des milliers de manifestants à Rome pour dénoncer la situation sur le front de l'emploi et réclamer plus de droits pour les salariés. Lors de la manif, les participants martelaient un slogan «le travail est un bien commun» qui, à, l'évidence, n'est pas la préoccupation de Marchionne.

On dira que le bonhomme, à l'image de Carlos Ghosn en France, n'a pas, contrairement aux patrons allemands du secteur, une culture de l'automobile mais une simple vision financière de cette industrie. Cela ne saurait constituer une excuse. Surtout en ces temps de crise et alors qu'on vient de mesurer à quel point cette vision univoque et étroite, cette culture hors-sol du profit érigé en seul moteur de l'action, peut entrainer de catastrophes. Des catastrophes payées d'abord par les salariés. Et par les Etats.

En Italie aussi Fiat a bénéficié de la prime à la casse. Marchionne serait bien inspiré de s'en souvenir plutôt que de casser de l'ouvrier italien.

Publicité

Publié dans Economie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article