Un député UMP veut forcer les chômeurs à faire des «travaux d’intérêt général»

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

Sauve-qui-peut électoral pourPierre Lang, député UMP de Moselle. Comme dans beaucoup d'endroits de Lorraine, le parti présidentiel a essuyé aux cantonales une cuisante défaite à Freyming-Merlebach, une ville près de la frontière allemande dont il est maire: le candidat UMP a été balayé dès le premier tour, largement distancé par le Front national.

L'élu a donc pris les devants: mercredi 30 mars, il a déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale une proposition de loi proposant d'«oblig[er]» les«chômeurs indemnisés depuis plus de six mois» et les «bénéficiaires du revenu de solidarité active» (RSA) à effectuer des «travaux d'intérêt général». 

 

A raison de vingt heures par semaine, ils effectueraient, explique Pierre Lang, «des tâches que les collectivités n'ont plus les moyens de financer»: l'entretien des chemins et des forêts, les sorties d'école, le soutien scolaire pour les enfants, ou encore des missions dans les hôpitaux et les maisons de retraites... «C'est du travail gratuit, en contrepartie d'allocations versées par la solidarité nationale», admet le député, qui affirme avoir limité le volant d'heures obligatoires à 20 «afin que les personnes concernées puissent chercher un travail»... «Moins d'un million» de personnes seraient concernées, calcule l'élu.

«Le but de cette mesure est d'éviter toute exclusion prolongée du monde du travail, qui conduit à la perte des repères, des habitudes et du contact professionnel avec autrui. Aider les personnes privées d'emploi à retrouver le chemin du monde du travail, tout en rendant service à la collectivité», affirme la proposition de loi.

Inspiré des mesures annoncées au Royaume-Uni par le gouvernement du conservateur David Cameron, le texte est très sévère. En cas de refus, les personnes concernées seraient tout simplement radiées des listes de demandeurs d'emploi (article 2), et/ou se verraient retirer le RSA (article 4).

«Chez moi, le FN a fait fort. Lors des cantonales, les électeurs nous ont dit que nous n'avons pas tenu nos engagements, explique Lang. Cette mesure est d'abord une proposition de bon sens, promise en 2007.» De fait Nicolas Sarkozy avait affirmé dans son programme présidentiel qu'il ferait en sorte «que les titulaires d’un minimum social aient une activité d’intérêt général, afin d’inciter chacun à prendre un emploi, plutôt qu’à vivre de l’assistanat.» Mais il n'avait pas parlé des chômeurs... 

«Pour reprendre les mots de M. Sarkozy, les électeurs qui se lèvent tôt tous les jours ont l'impression que certains ont à peu près la même chose qu'eux sans travailler», dit encore le député. Rappelons que le montant du RSA pour une personne seule est de 460 euros – il augmente évidemment avec le nombre d'enfants. 

 

«Ils veulent faire casser des cailloux aux chômeurs, c'est ça?» (CFDT)

Interrogés par Mediapart, les responsables nationaux chargés de l'emploi des plus grands syndicats sont farouchement opposés à une telle mesure.

«Ils veulent faire casser des cailloux aux chômeurs, c'est ça? ironise Laurent Berger, de la CFDT. C'est scandaleux, et limite minable, alors qu'il y a un million de chômeurs de plus depuis le début de la crise, que le gouvernement réduit les crédits de Pôle emploi et que les effets du plan de relance sur l'emploi se dissipent.» «Notre société est pessimiste, mais certains veulent par populisme aggraver encore les ruptures entre nos concitoyens», poursuit-il.

 

 

«Cette proposition est farfelue, absurde, mais aussi indigne et populiste,renchérit Maurad Rabhi, de la CGT. C'est méconnaître de façon inquiétante la réalité du marché du travail en France, comme s'il n'y avait pas de problèmes d'emploi, juste des chômeurs fainéants qui abusent du système.» D'ailleurs, rappelle-t-il, les chômeurs sont tenus depuis 2008 d'accepter des offres dites «raisonnables» d'emploi.

Selon Stéphane Lardy (FO), «90% des radiations des listes de Pôle emploi sont administratives, et non dues à des sanctions, ce qui dément l'idée selon laquelle les chômeurs ne seraient que des fainéants à remettre au travail». «C'est un peu lamentable, et symptomatique sans doute de la panique qui saisit actuellement certains responsables politiques» de l'UMP, poursuit-il.

De son côté, le Parti socialiste évoque une «stigmatisation de la pauvreté»et «la dérive d'une partie de la droite qui développe un discours en rupture avec un certain nombre de principes républicains»«Les mêmes qui suppriment des emplois de fonctionnaires veulent envoyer les pauvres à la sortie des écoles, dans les hôpitaux pour pallier les déficits de personnel», tempête Alain Vidalies, secrétaire national chargé de l'emploi.

Il éreinte aussi le vocable «travaux d'intérêt général» utilisé par le député dans l'intitulé de sa proposition de loi: «A ce que je sache, on ne l'utilise que pour des gens qui ont commis des délits, non?» Pierre Lang, embarrassé, concède que le terme n'est pas approprié, évoque des «tâches d'intérêt général» et non des «travaux», et s'empresse de renvoyer la faute... sur sa secrétaire, qui aurait mal retranscrit le texte original!

Pierre Lang dit avoir envoyé son texte à ses collègues de l'UMP. Il pense que plusieurs d'entre eux, dont son voisin UMP de Sarreguemines, Céleste Lett, pourraient cosigner sa proposition de loi. «Même Laurent Wauquiez [ancien secrétaire d'Etat à l'emploi, aujourd'hui chargé des affaires européennes, ndlr] s'est montré intéressé», assure le député.

Le texte a-t-il une chance d'être un jour examiné par les députés? Sollicité par Mediapart pour savoir si cette proposition serait soutenue par le parti présidentiel, l'UMP ne nous avait pas encore rappelé lundi soir. Quant au service de presse du ministre du travail Xavier Bertrand, il explique, avec les circonlocutions d'usage, que la mesure n'a pas les faveurs du gouvernement :«Mieux qu'un dispositif de travaux d'intérêt général, les contrats aidés permettent d'exercer une activité salariée et ainsi de préparer un retour vers l'emploi de droit commun» (lire la réponse complète sous l'onglet “Prolonger”). 

Pourtant, Pierre Lang veut croire que sa proposition a de l'avenir. «Je ne fais pas de la politique en fonction de syndicats, mais de ce que j'entends dans ma circonscription, dit-il. Or, dans ma ville, il y a entre 15 et 20% de chômage. Entre 1994 et 2003, avec la fermeture des Charbonnages de France, nous avons perdu 6.000 emplois industriels. C'est une catastrophe pour une ville de 13.000 habitants.» Pas sûr pourtant que ressusciter l'esprit de 2007 suffise pour sauver l'UMP locale du naufrage. 

Publicité

Publié dans UMP

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article