UMP-FN : pourquoi l'alliance n'aura pas lieu de sitôt

Publié le par DA Estérel 83

02-MarianneJérémy Collado

 

 

Depuis trente ans, l'alliance entre la droite et l'extrême-droite revient sur le tapis, entre marchandages politiques et tactique de division orchestrée par la gauche.
Pourtant, la stratégie anti-néolibérale de Marine Le Pen, qui espère secrètement remplacer Nicolas Sarkozy, et la fusion idéologique menée par le conseiller Patrick Buisson, rendent quasiment impossible une telle entente... Les deux partis, qui se partagent parfois le même électorat, doivent résister à l'appel de certains qui militent pour un mariage après 2012.


C'est le premier défilé du 1er mai sous sa présidence. Une tradition qui réunit fidèles, militants et notables du parti dans une ferveur nationaliste. Marine Le Pen, pantalon blanc seyant, affiche un large sourire. En tête du cortège, des jeunes femmes enceintes poussent des poussettes, épaulées par des hommes d'une trentaine d'années, en jean-baskets tout ce qu'il y a de plus banal. Pour les habitués du défilé, c'est peu commun. Les skins-heads, obligés de se faire discrets, sont visibles sur le côté. Il se murmure que le FN séduit au-delà de ses rangs traditionnels.
De nouvelles têtes rejoignent le mouvement depuis la succession du vieux chef Jean-Marie Le Pen et la rénovation entamée par sa fille. Une rénovation qui ne se résume pas aux exclusions des néo-nazis ni aux purges successives ou aux mea-culpa sur la Shoah. La jeune femme va plus loin. L'heure est au rassemblement autour des valeurs de la République. Il ne suffit pas de virer les partisans du Maréchal Pétain de son parti pour espérer gouverner, pense-t-elle, il faut aussi attirer de nouveaux électeurs : les désespérés de la politique, les victimes de la mondialisation, les électeurs trahis par la gauche et la droite réunis. Et même, c'est nouveau, ceux qui jugent Nicolas Sarkozy trop timoré et qui votaient habituellement pour la droite modérée. 

Place des Pyramides, devant la statue dorée à l'effigie de Jeanne d'Arc et sous le regard attentif de son père, Marine Le Pen entame son discours, sans jamais citer le nom du président de la République. Radicale, elle n'oublie pas de ménager l'UMP, car elle sait qu'elle doit convaincre son électorat pour espérer rejoindre le deuxième tour en 2012. Un dilemme né bien avant 2007 mais réactivé à la faveur de la campagne sarkozyste sur des thèmes « lepénistes » : sécurité, immigration, travail, à droite toute. Un hold-up que veulent réitérer Nicolas Sarkozy et son conseiller Patrick Buisson, qui en est largement à l'origine, pour gagner en 2012. Droite et extrême-droite sont adversaires comme jamais. Et pourtant.
D'aucuns ne cessent d'annoncer une alliance probable, estimant que les différences entre les deux partis se réduisent comment peau de chagrin. Le « FN light » serait très proche de la « droite hard » version Sarkozy. Une UMP en plus radical. Alors qu'une alliance n'est ni souhaitée, ni souhaitable pour les deux partis, certains politologues ne cessent d'annoncer un accord dans les prochaines années. Rien de nouveau sous le soleil puisque l'hypothèse en envisagée depuis trente ans. Successivement, c'est la droite qui s'est posée la question, pour conserver ses élus dans les années 80, puis la gauche qui a agité le « chiffon brun » d'une alliance large de la droite pour mieux être réélue. Cette fois, la situation est différente. Si FN et UMP paraissent si proches, c'est que Nicolas Sarkozy s'est lancé à la poursuite de Marine Le Pen et des électeurs des classes populaires. Car sur le fond, tout, ou presque, les oppose. 

Le discours anti-néolibérale de Marine Le Pen, qui défend la retraite à 60 ans, l'impôt sur la fortune, les 35 heures, la sortie de l'euro et le protectionnisme semble bien éloignée de celui de son père. Et, encore plus, de celui de Nicolas Sarkozy, qui milite pour un gouvernement économique européen pendant que la présidente du FN défend la préférence nationale et entend combattre le libre-échange. Sur certains sujets les deux partis sont proches. Immigration, sécurité, double-nationalité, Islam. Pas de quoi faire un programme commun ou un accord de gouvernement, comme jadis Mitterrand s'était allié au Parti Communiste.
Certes, une partie de l'électorat de droite navigue entre les deux, séduit par une partie du discours de l'UMP en 2007, sans en juger la totalité. Une situation qui mène Marine Le Pen, concurrencée par l'UMP sur les thèses fétiches du mouvement d'extrême-droite, à mener le combat avec doigté. Il lui faut convaincre à la fois le peuple de droite, acquis à l'UMP, et les classes populaires, dont la sociologie électorale les mènerait logiquement à voter à gauche.
C'est la raison pour laquelle elle dénonce le « double langage » et les « opérations de communication » du gouvernement : comment, déclare-t-elle, lutter contre la délinquance en érigeant comme règle d'or le non-remplacement d'un fonctionnaire (de police) sur deux ? Comment protéger les Français de la crise et défendre, dans le même temps, une politique néolibérale de privatisations défavorable aux plus petits salaires ou un maintien indéfectible de l'euro qui serait la source de la baisse du pouvoir d'achat ? Des contradictions dont se nourrit l'extrême-droite pour mieux doubler l'UMP sur son propre terrain. 

Personne, finalement, n'aurait intérêt à une alliance. Ni l'UMP, qui engage sous l'impulsion du très droitier conseiller Patrick Buisson une fusion idéologique, en absorbant les thématiques FN dans le giron de l'UMP. Ni le FN qui, après avoir reconquis les classes populaires espère convaincre la droite toute entière pour s'imposer comme le seul mouvement de droite en France après l'éventuelle défaite de Nicolas Sarkozy en 2012. Les socialistes ont beau crier au loup et affirmer que la Droite populaire est « un pont » entre la droite et l'extrême-droite, cette passerelle idéologique n'aboutira pas pour autant à une alliance de sitôt.
Thierry Mariani, le sémillant ministre des transports est l'un des initiateurs du collectif. Il n'a jamais caché ses désaccords avec le FN et réfute toute alliance. Moralement, Nicolas Sarkozy lui aussi y est opposé. Le FN reste infréquentable, même débarrassé de ses dérapages antisémites. Mais entre perdre son âme et perdre les élections, le dilemme est épais.
Car les députés UMP de la Droite populaire, notamment ceux élus dans le Sud, savent qu'ils ne garderont jamais leurs mandats sans les voix du Front National. Ils jouent un numéro d'équilibriste en dénonçant les incohérences de Marine Le Pen tout en lui piquant son fond de commerce. La logique arithmétique les pousse vers une alliance que la morale publique écarte. Ils ont besoin de l'appui des votes FN bien qu'ils condamnent le parti de Marine Le Pen publiquement. S'ils refusent l'alliance, ils s'enferment dans l'opposition. Pour longtemps.   

Certains à l'UMP l'ont bien compris et sont tentés par ce mariage de raison. Malgré les discours officiels des deux mouvements, qui maintiennent qu'aucune alliance n'est possible, ils s'interrogent. Comme Christian Vanneste ou Xavier Lemoine. « Pas d'ennemis à droite ! », s'écrient-ils, inquiets pour leurs sièges et convaincus qu'on en arrivera un jour à une situation à l'italienne. De l'autre côté de la barricade, certains cadres FN sont d'accord pour sortir du bois. Après des années de diabolisation, nombreux sont ceux qui voient la lumière et veulent y rester... pour gouverner.
Pour les tenants du FN canal historique, on y voit l'influence des anciens mégrétistes. Marine Le Pen partage avec Bruno Mégret, l'ancien cacique devenu traître, le pestiféré à l'origine de la scission de 1998, de nombreuses idées. Notamment sur la stratégie d'alliance. Il rêvait d'une « union patriotique », elle ne peut l'envisager tant que son père la surveille de près. Même si elle ne s'y résout pas encore, la nouvelle présidente lâche du lest en promettant de réserver un tiers des circonscriptions à des personnalités d'un futur « bloc patriotique républicain ». Alors que son père s'enfermait dans la contestation, sa fille, elle, n'a pas renoncé à accéder au pouvoir. Ni à négocier, un jour, avec la droite classique. Mais pas pour devenir sous-secrétaire d’État dans un gouvernement de droite élargi... 

Marine Le Pen ne veut pas gouverner avec la droite, elle veut être la droite, seule. Sa stratégie repose sur un pari : Sarkozy ne peut pas gagner en bernant une deuxième fois les électeurs de droite. Il a promis de faire baisser la délinquance, elle a augmenté. Il a promis d'être le président du pouvoir d'achat, il l'a plombé. Il promettait de protéger les Français, il n'ont jamais été autant à pointer au Pôle Emploi. La fusion initiée par Buisson a toutes les apparences de l'échec.
En reprenant les thématiques du Front National, le gouvernement fait son propre procès. Et Jean-Marie Le Pen en est convaincu : les électeurs préfèrent « l'original à la copie ». Nicolas Sarkozy était fier d'avoir « tué le Pen ». En réalité, il a fait ressusciter la fille. Sous ses nouveaux airs républicains et sociaux, elle peut espérer un score proche des 20 ou 25% et doubler ainsi le président sortant. Elle n'a aucun intérêt à s'allier à lui, puisqu'elle veut prendre sa place. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy prend de la hauteur. Il se présidentialise.
D'ici quelques mois, il aura le temps d'enfiler de nouveau le costume de candidat qui lui sied si bien dans les campagnes. Et il n'hésitera pas, cette fois, à radicaliser son discours pour contrer la énième résurrection du Front National.
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Publié dans Politique

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V
<br /> c'est de raconter de partout que Marine le Pen ferait entre 20 et 23 % des voix au premier tour qui tue l'éléctorat et monte en épingle un parti dont on ne devrait même pas évoquer l'éxistence !<br /> Trop parler nuit très souvent à ceux qui voudraient enterré le FN. La solution, ne parlons plus, n'écrivons plus rien sur ce parti et on oubliera ces hommes et femmes inhumains qui prétendent<br /> gouverner mon pays, la France de Ferrat, Jaurès et ségolène !<br /> <br /> <br />
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