Triple aïe aïe aïe !
Il faut avoir l'aplomb de François Baroin pour réduire à un quasi non-évènement la confirmation de la dégradation d'un cran du triple A de la France par l'agence de notation financière Standard & Poors. Envoyé au front télévisuel, le ministre de l'Économie s'est livré à un numéro de langue de bois quelque peu pitoyable pour «ne pas affoler les Français», et surtout «ne pas faire de politique» sur cette sanction que Nicolas Sarkozy cherchait à tout prix à éviter avant l'échéance présidentielle.
Qui peut croire François Baroin lorsqu'il compare la situation de la France à celle d'un «élève qui passerait de 20/20 à 19» et conserverait «une excellente notation» ? Il suffit d'exhumer quelques affirmations bien senties pour comprendre combien, jusqu'en décembre dernier, le chef de l'État tenait mordicus au triple A. «Si on perd le triple A, je suis mort»: Nicolas Sarkozy n'a certes jamais répété publiquement cette confidence que lui prêtait Le Canard enchaîné. Mais d'autres s'étaient chargés de passer le message.
Familier de l'Élysée, l'économiste Alain Minc appelait en août dernier à l'union sacrée pour «la défense du AAA, un trésor national»! Dès l'investiture de François Hollande par le PS en octobre, les attaques de la majorité ont fusé contre une alternance «qui coûterait son triple A à la France». Jusqu'à François Fillon qui a vendu début novembre sa deuxième cure de rigueur comme un plan d'économies indispensable pour la sauvegarde du précieux triple A.
Le ton a radicalement changé en décembre lorsque Standard & Poors a averti que la dégradation de la note de plusieurs pays européens, dont la France, était dans les tuyaux; alors que les investisseurs internationaux imposaient déjà à Paris des taux d'intérêts beaucoup plus élevés que ceux demandés à Berlin. Marche arrière toute ! Qu'on se le dise: le triple A n'est pas un totem et sa perte éventuelle, selon Nicolas Sarkozy, serait «une difficulté de plus, mais pas insurmontable».
Les conséquences économiques de la dégradation de la note française risquent d'être rudes, qu'il faudra mesurer dans les semaines qui viennent. Les effets politiques sont déjà là avec Nicolas Sarkozy qui perd d'un seul coup le statut de protecteur dont il comptait se servir de viatique pour sa réélection. Le 31 décembre, le chef de l'État assurait que jamais au grand jamais il ne se laisserait dicter sa politique par les marchés et les agences de notation. Standard & Poors vient de lui infliger en retour un camouflet cinglant qui va peser lourdement sur la campagne.
Car que Nicolas Sarkozy le veuille ou non, le triple AAA, les raisons de sa perte et les perspectives induites de nouvelles mesures de rigueur sont à partir de ce matin devenus des acteurs centraux de la campagne présidentielle.