Trente ministres, huit cumulards
15/11/2010
Etre à la fois ministre et maire n'a rien de simple, mais rien d'illégal non plus. Le nouveau gouvernement ne manque pas d'adeptes en la matière, Juppé en tête.
«Je serai un maire à plein temps, je n'exercerai pas de fonction gouvernementale.» Alain Juppé, en 2008 (voir vidéo ci-dessous). Deux ans plus tard, le maire de Bordeaux arrive à la Défense, tout en rassurant ses administrés: «Entre Bordeaux et Paris, il n'y a que 50 minutes de vol.»
Juppé: "Je n'irai pas au gouvernement" (2008)
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Juppé n’est pas le seul ministre du nouveau gouvernement à trouver des vertus au cumul. Ils sont huit à pratiquer l'acrobatie: Nathalie Kosciusko-Morizet (nommée à l’Ecologie et maire de Longjumeau, en Essonne), Xavier Bertrand (Travail, Saint-Quentin), Luc Chatel (Education, Chaumont),François Baroin (Budget, Troyes), Patrick Ollier (Relations avec le parlement, Rueil-Malmaison, Hauts-de-Seine), Eric Besson (Industrie, Donzère, Drôme), Laurent Wauquiez (Affaires européennes, Le Puy) etGeorges Tron (secrétaire d’Etat au Budget, Draveil, Essonne).
Deux ministres sont présidents de conseil général: Michel Mercier (Justice, Rhône) et Maurice Leroy (Ville, Loir-et-Cher). Enfin, un seul est président de région, Philippe Richert, qui dirige la seule région encore à droite en métropole, l’Alsace. Par ailleurs, de nombreux ministres figurent dans des conseils municipaux, généraux ou régionaux.
Le cumul entre un poste de ministre et un mandat exécutif local, qui concerne plusieurs membres du nouveau gouvernement, n’est pas interdit. Seul celui de ministre et de parlementaire l’est par la Constitution.
En arrivant à Matignon en 1997, le socialiste Lionel Jospin innove en la matière en interdisant aux membres de son gouvernement de tenir un mandat exécutif local (ministre-maire, ministre-président de conseil régional ou général). Déjà, les ministres ne pouvaient pas être en même temps parlementaires (députés, sénateurs ou eurodéputés), la Constitution rendant ces fonctions incompatibles.
Après la dissolution ratée pour la droite de l’Assemblée nationale, Lionel Jospin veut marquer aussi en interdisant tout cumul la rupture avec son prédécesseur Alain Juppé, qui était alors Premier ministre, président du RPR et maire de Bordeaux. A cette époque, nombre des membres du gouvernement concernés par la règle jospinienne trouvent la parade: ils laissent leur mandat de maire, mais pour devenir premier adjoint de leur municipalité.
Daniel Vaillant, ministre chargé des Relations avec le parlement, puis ministre de l’Intérieur, restera maire de son XVIIIe arrondissement de Paris. D’autres édiles de très petites communes seront exemptés de cette règle. Cette règle, non écrite, avait été réaffirmée, à la demande de Jacques Chirac, par les Premiers ministres Jean-Pierre Raffarin, puis Dominique de Villepin.
Mais, dès la composition du premier gouvernement de François Fillon, en juin 2007, elle a été levée au profit, déjà, d’Alain Juppé.