Totale transparence: la menace totalitaire
Jacques Guyon 04/12/2010
Même si l'hôte de l'Elysée ne doit guère goûter le portrait que dressent de lui certains de ses interlocuteurs, difficile de ne pas passer outre ces blessures d'amour propre quand les bonnes relations internationales sont en jeu...
Comme il fallait s'y attendre, les choses n'ont pas traîné. Après que Nicolas Sarkozy a fustigé mardi les révélations du site Wikileaks comme étant «le dernier degré d'irresponsabilité», Eric Besson vient de demander au Conseil Général de l'Energie et des Technologies (CGIET) de mettre fin à l'hébergement de ce site en France. La raison de cette demande d'interdiction est claire: la France «ne peut héberger des sites internet qualifiés de criminels et rejetés par d'autres Etats en raison d'atteintes qu'ils portent à leurs droits fondamentaux».
Pas besoin d'être un expert en relations internationales pour comprendre que la France, alliée des Américains, ne pouvait rester longtemps les bras croisés face à cette affaire. Alors que les méthodes parfois fort peu catholiques de la diplomatie US ou encore les appréciations souvent féroces portées par celle-ci sur la quasi-totalité des chefs d'Etat de la planète étaient jetées en pâture aux opinions internationales, Paris ne pouvait que se montrer solidaire de Washington. Même si l'hôte de l'Elysée ne doit guère goûter le portrait que dressent de lui certains de ses interlocuteurs à commencer par l'ambassadeur américain en France, difficile de ne pas passer outre ces blessures d'amour propre quand les bonnes relations internationales sont en jeu...
Dure semaine en tout cas pour Wikileaks! Depuis la publication dans différents journaux de documents piratés par un obscur militaire en quête de vengeance, Wikileaks ne cesse d'encaisser des revers. C'est d'abord son fondateur qui se cache et refuse de répondre à la demande d'extradition de la Suède pour une accusation de violences sexuelles.
C'est surtout ses hébergeurs à travers le monde qui un à un le lâchent depuis qu'Amazon a décidé le premier de lui claquer sa porte. Hier le site français qui l'accueille refusait de répondre aux questions des journalistes. On voit mal pourtant comment il ne se plierait pas à la requête pressante du gouvernement français. Pour autant, on peut se demander si cette demande d'interdiction ne va pas continuer à alimenter le fantasme conspirationniste sur l'air du «on musèle ceux qui osent nous dire la vérité».
Celui qui se fait le Robin des Bois de la transparence, le pourtant bien peu transparent fondateur de Wikileaks, ne prétend-il pas déjà que les accusations de viol portées contre lui sont une machination de la CIA? Il va malheureusement falloir autre chose qu'une interdiction d'hébergement pour stopper les risques que font courir à nos démocraties ce mythe du complot et cette pseudo-exigence de transparence qui confond l'information vérifiée, contextualisée avec ce grand déballage du tout et du n'importe quoi.
Il devient urgent et nécessaire de rappeler que sans confidentialité il n'y a pas de diplomatie, de négociations possibles, ni donc de paix envisageable et que la totale transparence conduit aux totalitarismes.