Thierry Mariani, le ministre droitier qui a «ouvert la boîte de Pandore»
«Elle a été reprise ma déclaration? Elle a été reprise?», demande Thierry Mariani à son attachée de presse. Ce jeudi après-midi, le ministre des transports est très énervé. Harlem Désir, le premier secrétaire par intérim du PS, a demandé la dissolution de la Droite populaire, le collectif droitier de l'UMP, qu'il accuse de«jouer avec les thèmes du pire».
Le député du Vaucluse rentre à l'instant d'un déplacement sur ses terres avec Nicolas Sarkozy, où il a claironné devant les journalistes que «Harlem prenait ses désirs pour des réalités». «On a eu l'UMP... en fait ils vont faire un communiqué eux-mêmes», dit l'attachée de presse. «Il y a un problème avec les noms propres.» L'UMP ne semble pas solidaire du jeu de mots du fondateur de la Droite populaire. Thierry Mariani hausse les épaules: «De toute façon, je l'ai déjà dit devant toute la presse.»
Les déclarations à l'emporte-pièce sont la marque de fabrique de la Droite populaire. L'élu du Vaucluse l'avait reconnu lui-même en décembre 2009, il«préfère à la limite deux ou trois dérapages verbaux à un Front national à 20%». Pas une semaine ne passe sans qu'une proposition choc du collectif ne fasse la une des médias. La dernière en date? Le 7 août, dans une interview au Journal du dimanche, le ministre des transports a réclamé «un fichier généralisé des allocataires» sociaux afin de lutter contre la fraude. «Cela permettra de constater les abus. Une même personne peut toucher indûment le RSA dans plusieurs départements, car aucun d'entre eux ne croise les dossiers», a-t-il affirmé, en s'appuyant sur le récent rapport de Dominique Tian, l'un de ses fidèles. Ces propositions polémiques ne trouvent pas seulement un écho dans les médias. Dans la foulée, le ministre du travail, Xavier Bertrand a donné son aval au fichage des bénéficiaires d'allocations sociales, qui s'appliquera «avant la fin de l'année».
Derrière son grand bureau au ministère du développement durable, où il nous reçoit, boulevard Saint-Germain, à Paris, Thierry Mariani se félicite d'avoir «gagné la bataille de la notoriété». «La deuxième phase, c'est de gagner celle de la crédibilité», répète-t-il. Voilà un an que le député du Vaucluse a créé, avec Lionnel Luca, son collègue des Alpes-Martimes, la Droite populaire. Mais entre-temps, l'élu du Sud-Est est entré au gouvernement. Cru novembre 2010. Secrétaire d'Etat aux transports, il a été promu ministre en juin dernier, à 52 ans. Il a également décidé de lâcher son siège de député du Vaucluse pour briguer, en 2012, la 11e circonscription des Français de l'étranger... où se trouvent de nombreux binationaux. Deux bonnes raisons de vouloir contrôler l'incontinence verbale de ses amis de la Droite populaire.
«Ce que demandent les Français, ce n'est pas une bande de joyeux drilles qui font part de leurs états d'âme en permanence, mais des gens qui ont des convictions, pas très conformistes, et arrivent à les faire déboucher», explique-t-il. «Chaque député est libre d'avoir son opinion. Mais on ne peut pas se retrouver en permanence entraîné par les déclarations de trois ou quatre», explique-t-il. Il distribue les mauvais points: «Il y a deux conceptions de la politique: se faire plaisir en faisant des choses qui vont être médiatisées comme l'apéro vin-saucisson (ndlr - organisé le 14 juilletpar trois députés, dont Lionnel Luca). Ou faire avancer les choses.» Son collègue des Alpes-Maritimes appréciera.
«Quand je lis que des membres de la Droite populaire se définissent comme des “anarchistes de droite”..., poursuit-il. L'anarchie peut avoir un côté sympathique, mais ça n'a jamais rien construit.» Les oreilles des députés Jacques Myard (Yvelines) et Christian Vanneste (Nord) doivent siffler. Thierry Mariani n'a pas davantage apprécié que ses acolytesdemandent la démission de la ministre des solidarités, Roselyne Bachelot, qui a soutenu la proposition de loi socialiste en faveur du mariage homosexuel. «A dix mois d'une élection, ce n'est pas forcément futé.»
La proposition du député Claude Goasguen de limiter la binationalité?«Choquante», a-t-il jugé en mai, dans Le Figaro. «Claude Goasguen, qui est un ami d'Israël, n'est pas choqué que Gilad Shalit ait deux passeports», assène-t-il aujourd'hui, rappelant, comme à chaque interview, qu'il «a fait capoter un amendement sur la binationalité dès la première lecture à l'Assemblée, en septembre 2010».
Ce n'est pas la première fois que Thierry Mariani appuye sur le frein. Le 18 juillet, il a sermonné ses troupes dans un entretien au Figaro: «En politique, il n'est pas interdit d'être intelligent. La Droite populaire ne doit pas être la droite de la surenchère et de la caricature.» En décembre dernier, il s'était vanté, sur France Inter, d'avoir «aidé à la construction d'une mosquée dans (sa) ville. (...) Mais ça n'a pas fait la une de la presse».
Deux mois plus tôt, alors rapporteur du projet de loi sur l'immigration, il avait été contraint de calmer les ardeurs de ses collègues. Dominique Tian avait proposé, avec un certain soutien, de modifier le droit du sol à Mayotte et en Guyane. «Je partage ce que vous dites, mais quand même, il faut un minimum de réflexion, avait déclaré Thierry Mariani. Imaginez le message que nous enverrions! On créerait une nationalité à deux vitesses en vingt minutes, le message serait calamiteux, on fractionnerait la nationalité selon que l'on est de tel ou tel département.»
«Toute sa carrière a été orientée pour être ministre»
A la Droite populaire, ces recadrages ne sont pas toujours bien accueillis. Si certains, comme Dominique Tian, estiment qu'il «a eu raison de recadrer le groupe», qui doit rester «une droite de convictions, pas franchouillarde», d'autres, comme Lionnel Luca, jugent qu'il «a eu tort (de désapprouver l'apéro-saucisson) et est entré dans le piège des moralisateurs».
Pour Jacques Myard, l'élu du Vaucluse «est au gouvernement, plus à la Droite populaire. Son objectif, c'est d'exister en tant que ministre, il veut faire de notre collectif son fer de lance». Christian Vanneste, chantre de la liberté d'expression et connu pour ses déclarations polémiques sur les homosexuels, estime qu'il est «naturel que Thierry Mariani prenne du recul» depuis qu'il est ministre, au nom du «devoir de réserve». «Il faut être loyal, ne pas dire n'importe quoi, comme les ministres gadgets Rama Yade et Fadela Amara.»
Pour autant, le député du Nord n'est pas dupe sur les «objectifs» personnels de son collègue: «1) Contribuer à faire réélire Sarkozy 2) Etre élu député des Français de l'étranger 3) Peser sur l'avenir, avec la présence d'un mouvement fort à la droite de la majorité.» Il a d'ailleurs quitté l'une des réunions du collectif, en juillet, pour manifester ses désaccords. «Thierry Mariani est dans son rôle en s'exprimant, c'est l'un des fondateurs, reconnaît le député du Tarn, Bernard Carayon. Mais la voix des députés est libre.»
Pour Pierre Meffre, conseiller régional PS et concurrent de Mariani aux législatives de 2007, le ministre des transports «a joué de ses mandats locaux pour monter nationalement». Maire de Valréas (Vaucluse) pendant seize ans, conseiller général de 1988 à 2001, député depuis 1993, conseiller régional depuis 2004, Thierry Mariani a (ac)cumulé les mandats au point de devoir sacrifier celui de maire en 2004 (voir sa biographie officielle).
«Toute sa carrière a été orientée pour être ministre. Aujourd'hui, les habitants de sa circonscription ont l'impression d'avoir été les dindons de la farce, il n'a rien fait pour son territoire», juge Laurent Fare, le directeur de cabinet de l'élu socialiste, citant «sa dernière action d'auto-promo, sa visite avec le chef de l'Etat (le 28 juillet) à Châteauneuf-du-Pape(Vaucluse)».
Comme ses collègues de l'aile droite de l'UMP, Thierry Mariani a bien compris la logique du «buzz» médiatique. Enseptembre 2002, il se rend en Irak avec les députés Didier Julia et Eric Diard pour visiter des sites suspectés d'abriter des armes de destruction massive. A la barbe du Quai d'Orsay et avec les caméras de France 2. Le but? Montrer au monde entier (et au Vaucluse) qu'il est le «représentant de la France qui ne veut pas la guerre». Bingo: il décroche l'ouverture des JT de 20 heures, un portrait dansLibération et une invitation dans l'émission de Thierry Ardisson (voir les images). «Tout le monde parle de vous», lui lance l'animateur en l'accueillant sur son plateau.
Mais ses détracteurs mettent à mal l'image de l'élu de terrain hyperactif que le ministre s'efforce de donner. «Thierry Mariani fait sans doute beaucoup de choses à Paris, mais ici il n'est plus présent», raconte Pierre Meffre. Au conseil régional, entre 2004 et 2010, il a assisté à sept plénières sur 32, une commission permanente sur 40 et trois commissions thématiques sur 83.»
A tel point qu'en 2009, son siège de conseiller régional a été mis en vente sur ebay. «Fauteuil n'ayant servi que 7 fois en 6 ans. (...) Peut également servir à jouer son rôle d'opposant durant 6 ans et non 3 mois (...) (et) honorer son indemnité de plus de 2.000 euros par mois», ironisait l'auteur de l'annonce. «Même sa commune lui a clairement tourné le dos», prétend l'élu socialiste. En 2008, sa candidate a été battue par un divers droite aux municipales et son adjoint a été battu aux cantonales par un socialiste face aux divisions de la droite.»
Thierry Mariani balaye les critiques d'un revers de la main. Il met en avant ses trois réélections de député, évoque son «palmarès», les «1.500 amendements» qu'il a fait passer, et, lorsqu'il demande à sa collaboratrice de retrouver l'une de ces propositions de loi, il s'étonne devant la liste: «J'ai fait tout ça comme propositions de loi, pff!», et lance un ironique «Désolé, il paraît que j'ai été assez actif à l'assemblée.»
«Si je suis rentré au gouvernement, estime-t-il, ce n'est pas parce que j'ai fondé la Droite populaire mais aussi parce que depuis un certain nombre d'années, je connais Nicolas Sarkozy.» Il a rencontré le chef de l'Etat au mouvement des Jeunes du RPR, à la fin des années 1970. «Il y avait (Roger) Karoutchi, (Eric) Raoult, (Brice) Hortefeux, (Nicolas) Sarkozy et moi. Je fais partie des rares qui l'ont soutenu à une époque où il n'y avait pas grand-monde. A chaque gouvernement, j'étais annoncé comme rentrant, sans jamais entrer, et ce n'était pas grâce à la Droite populaire.»
«Il a ouvert la boîte de Pandore et maintenant il est dépassé»
Si Thierry Mariani a cette fois-ci décroché un ministère, c'est aussi parce qu'il a compris que, pour entrer au gouvernement, il fallait s'opposer au chef de l'Etat. «Il a créé la Droite populaire pour instaurer un rapport de force avec le président et obtenir un maroquin, explique Laurent Fare. C'était son fonds de commerce. Maintenant, il se retrouve un peu dépassé par les déclarations de ses collègues, et tente de les calmer. Mais il a ouvert la boîte de Pandore.»
Au printemps 2010, alors que l'UMP se prend une raclée aux régionales, Thierry Mariani fait entendre sa petite musique. Pourtant fidèle parmi les fidèles du président, il boycotte deux réunions à l'Elysée. Et lâche: «Quand on est pris pour un con, il faut savoir terminer les choses.» Au Talk du figaro.fr, il reprend à son compte les propos de Patrick Devedjian et estime que «ce serait bien que l'ouverture aille jusqu'aux sarkozystes». A La Provence, il explique qu'il «continue à soutenir la politique de ce gouvernement» mais «arrive à un moment où (il a) perdu confiance». «Maintenant, j'ai tiré un trait», assène-t-il. Multiplication des radars, poursuite de l'ouverture, abandon des agriculteurs, retour d'une jeune Marocaine expulsée la veille du premier tour: dans Valeurs actuelles, il juge que la majorité «a perdu toute crédibilité» «en quatre épisodes».
Au fil des années, Thierry Mariani s'est façonné une image de «Monsieur Immigration» qui permet à Nicolas Sarkozy de faire des appels du pied à son électorat droitier. Fils et petits-fils de maçons italiens, il ne cache pas son obsession de la «maîtrise des flux migratoires» et rappelle qu'il a été«rapporteur de toutes les lois sur l'immigration depuis 2002». En 2006, il est le rapporteur du projet de loi Sarkozy qui durcit déjà les modalités du regroupement familial ainsi que les conditions de délivrance de la carte de résident, et abroge le système de régularisation de droit pour les sans-papiers séjournant en France depuis dix ans. Il prône une réorientation vers une«immigration de travail», «choisie».
Mais ce sont deux autres amendements polémiques qui le font sortir de l'anonymat en 2007: le premier réclamant le recours aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial, le second remettant en cause l'accueil des sans-papiers dans l'hébergement d'urgence. En 2008, il demande pourquoi les deux adolescents de Villiers-le-Bel (qui avaient trouvé la mort dans une collision avec un véhicule de police) ne sont pas «inhumés en terre française» mais «dans leur pays d'origine». «Immigration, une chance pour la France, je dis oui. Mais à condition que ceux qui choisissent la France l'épousent à 100%», dénonce-t-il alors.
Même lorsqu'il s'oppose au Pacs (Pacte civil de solidarité), en 1999, c'est pour invoquer les «conséquences sur l’immigration». «Le Pacs sera en réalité la voiture-balai des régularisations de sans-papiers, et cela nous ne pouvons l’accepter, lance-t-il à l'Assemblée nationale (voir le verbatim des débats). C’est vraiment doper les régularisations des sans-papiers à l’EPO parce que cela va entraîner des régularisations à tout-va (...) plus ou moins discrètement.» Il propose alors quatre amendements pour interdire tout Pacs avec un étranger.
Pourquoi cette focalisation sur l'immigration? «J'ai signé autant de textes sur la sécurité civile, c'est passé inaperçu», se défend-il. Mais, reconnaît-il,«l'immigration est un vrai problème en France. A Valréas, j'ai vu comment on est passé de 20% à 60% d'étrangers dans les classes. Quand vous avez tous les parents qui veulent se tirer de l'école parce que le niveau a baissé, il y a quand même un problème.»
Thierry Mariani préfère rire des clichés qu'on lui affuble. «Je suis président du festival d'opéra d'Orange. Ça vous étonne, je sais, les gens de droite ne s'intéressent pas à la culture, n'est-ce pas?», ironise-t-il lorsqu'on l'appelle pour caler l'entretien. Il se moque aussi des étiquettes successives qu'on lui a collées. «A un moment, j'étais le député des "indics" (son amendement de 2003 propose que la police rémunère officiellement ses «indics»), ensuite j'étais le député des Raves-Parties (son amendement de 2001 demande de les réglementer), on disait que j'allais tuer la musique techno, aujourd'hui je remarque qu'elle vit très bien mais qu'il y a un peu moins de morts. Après, j'étais le député de Bagdad, puis celui des tests ADN. Moi, je ne passe pas mon temps à regarder ce qui s'est passé il y a trois ans.»
Le député du Vaucluse n'a pourtant pas apprécié que le chef de l'Etat enterre ses tests ADN, deux ans après leur adoption à l'Assemblée. «Les ADN, ça ne sert à rien. C'est stupide», a tranché le président. N'avait-il pas soutenu la mesure en 2007? «Sarkozy, dans une histoire comme celle-ci, donne l’impression de profondément mépriser les gens», s'est fâché Thierry Mariani l'année dernière, assurant n'avoir obtenu «aucune explication». Aujourd'hui, le ministre qu'il est devenu esquive la question, même lorsqu'on la lui pose à trois reprises: «Cet épisode est l'illustration qu'en France en 2011, il y a toujours des sujets tabous, on est sorti ni de l'Occupation, ni du colonialisme.»
«Il a labouré les terres du Vaucluse pour l'avènement du FN»
Dans son fief du Sud-Est, ses adversaires socialistes estiment qu'il a«labouré les terres pour l'avènement de Jacques Bompard (maire d'Orange, parti du Front national pour créer son propre parti, La Ligue du Sud) en 2012».
«Bompard et Mariani chassent sur les mêmes terres, ils pratiquent la même politique, même s'ils se combattent localement», explique Pierre Meffre. «L'état d'esprit dans le département est devenu détestable, les idées du FN progressent, déplore l'élu socialiste. A force de monter les gens les uns contre les autres – les Blancs contre les Noirs, les jeunes contre les vieux, les chômeurs contre les actifs –-, de stigmatiser les Arabes, les Roms, les bénéficiaires de logements sociaux, les résultats sont catastrophiques, dit-il, invoquant les scores locaux élevés du FN aux cantonales de mars dernier. Ce n'est pourtant pas le département qui présente les difficultés économiques les pires, on s'en sort plutôt bien.»
«Il y a eu un travail de fond avec ce discours réac de la Droite populaire,explique Laurent Fare, le «dir cab» de Pierre Meffre. On se retrouve dans une circonscription où Orange est aux mains de Bompard, Bollène de celles de sa femme, Valréas est visée par le fils, et à Carpentras, on a le seul conseiller général frontiste élu aux dernières cantonales.»
Mais ne dites surtout pas au ministre des transports qu'il empiète sur les platebandes du Front national. «Je n'ai pas de leçons à recevoir! Je n'ai jamais eu la moindre compromission avec Marine Le Pen. Depuis 1988, je passe mon temps à me battre contre le FN, hurle-t-il, évoquant son combat face à Jacques Bompard. Venez avec moi faire mes campagnes (électorales), je vous montrerai les procès que j'ai avec eux, les PV de militants qui se sont battus contre eux, les saloperies qu'ils écrivent sur moi et ma femme (d'origine russe)!» Il rappelle que «la seule fois où (il a) été battu, c'était par un socialiste, grâce au FN.»
«Votre obsession, c'est de nous positionner par rapport au Front national. Permettez que certaines personnes qui ont été élues douze fois aient leur propre idée. Je ne me lève pas le matin en me disant “Mon dieu pourvu que je ne mette pas mon slip du même côté que Marine Le Pen”.»
Les similitudes de la Charte fondatrice de la Droite populaire avec la sémantique de l'extrême droite (lire notre enquête)? «Si le fait de dire“l'immigration c'est un problème”, “la sécurité est la première des libertés”, c'est être FN, alors inquiétez-vous car il y a beaucoup d'électeurs du FN !»ironise-t-il. La nation n'appartient pas au Front national, elle appartient à tout le monde et visiblement pas à Mme Joly...»
Rappeler que la Droite populaire a été pensée par Guillaume Peltier, ex-frontiste et bras droit de Philippe de Villiers récemment rallié à l'UMP, l'agace tout autant. «Il est passé neuf mois au Front national. Quelqu'un qui passe quelques mois à l'extrême gauche, on ne le lui rappelle pas tous les jours! Qui rappelle à Jean Daniel (co-fondateur du Nouvel Observateur)qu'il a écrit que Phnom Penh était libéré par les Khmers rouges et que c'était un grand jour?»
Il n'apprécie pas non plus que le PS lui «donne des leçons» alors qu'il «a fait alliance avec le Parti communiste pendant des années». Il étaye son raisonnement d'une drôle de manière: «Pour moi, Staline ou Hitler, si on fait le compte de ceux qu'ils ont tués... Les deux sont des abominations qui ont massacré leur propre peuple.»
Le vernis du devoir de réserve du ministre s'effrite rapidement en grattant un peu. Sur le droit du sol, par exemple, qu'une partie de la Droite populaire souhaite remettre en cause. «C'est un vrai débat qui doit avoir lieu», croit-il. «On est dans un pays où certains conçoivent qu'il faille changer la législation sur le mariage homo, mais pas sur l'immigration», déplore-t-il.«Tout le monde mythifie le droit du sol en disant que c'est une conquête de la Révolution française, en réalité c'était une loi militariste votée par la gauche pour fournir de la chair à canon pour reconquérir l'Alsace-Lorraine en intégrant les ouvriers polonais, italiens, portugais», dit-il.
«Si des gens tout à fait équilibrés comme François Baroin et Christian Estrosi ont dit à un moment “il y a peut-être un problème” à Mayotte, à Saint-Martin, c'est que ça mérite un minimum de réflexion. Il faut vérifier si les personnes ont bien une adhésion de cœur à la nationalité française. On n'est plus dans une époque où l'attachement à une nation se paye par le fait qu'on vous file un fusil en disant “va défendre le pays”.»
Sur son obsession de la maîtrise des flux migratoires, Thierry Mariani n'a pas bougé d'un iota. «Quand une immigration n'est pas mise au bon niveau, on a ce qu'on voit dans certaines banlieues»; «Quand les nationaux sont minoritaires dans les classes, je n'ai pas l'impression que le niveau scolaire soit enrichi», nous explique-t-il.
«A la rentrée», le chef de file de la Droite populaire compte «étendre le collectif au-delà des parlementaires» et «l'organiser un minimum». La seule manière de «peser» sur la stratégie présidentielle, selon lui, est de rappeler que «2012 se gagnera aussi à droite» car «l'électorat s'est déplacé vers la droite». L'initiative est contestée au sein même du collectif (lire notre article). Mais à son cabinet, on glisse qu'il y avait «deux fois plus de parlementaires à son discret déjeuner au ministère qu'à l'apéro-saucisson organisé le même jour». «Grâce à Nicolas Sarkozy, la droite n'a plus honte d'être à droite», saluait Thierry Mariani en 2008. Grâce à lui, la droite n'a plus honte de concurrencer l'extrême droite.