Télévision : Hollande veut zapper les réformes Sarkozy

Publié le par DA Estérel 83

Le Point

 

 

S'il obtient une majorité parlementaire, le nouveau président reviendra sur cinq ans de chambardement audiovisuel. Une tâche ardue.

François Hollande aura à couper le cordon avec France Télévisions, Radio France et l'Audiovisuel extérieur de la France.

François Hollande aura à couper le cordon avec France Télévisions, Radio France et l'Audiovisuel extérieur de la France. © Chamussy / Sipa

 

François Hollande a juré de ne pas tripatouiller la télécommande de l'audiovisuel public. Si la promesse est tenue, ce serait une première dans l'histoire de la Ve République. Néanmoins, il lui faut auparavant détricoter en grande partie les réformes de son prédécesseur, notamment en coupant le cordon avec France Télévisions, Radio France et l'Audiovisuel extérieur de la France. S'il obtient une majorité parlementaire, il pourra lancer le chantier de sa loi audiovisuelle dont la portée risque d'être considérable.

La plus symbolique des réformes - et la moins coûteuse - consiste à revenir sur le mode de nomination des P-DG, qui fait la part belle à l'initiative du chef de l'État. Cette folie politique, qui a signé les années césaristes de Nicolas Sarkozy et sur laquelle - autre folie - il a refusé de faire son mea culpa, a entraîné une confusion terrible dont le règne de Rémy Pflimlin a énormément souffert durant la première année de mandat. Folie d'autant plus absurde que Nicolas Sarkozy n'a pas vraiment exercé son pouvoir de nomination puisque, écoutant Claude Guéant et le lobby des producteurs, il a préféré renoncer à son premier choix, le jeune Alexandre Bompard, pour opter pour le profil plus consensuel de l'ancien président de Presstalis. Finalement, Pflimlin, porté par le lobby des producteurs, a été lâché assez vite par celui-ci.

Cesser la "télé des copains", une utopie ?

François Hollande l'a confié : il ne couperait pas les têtes, bien qu'il soit remonté comme une pendule contre Alain de Pouzilhac, le P-DG de l'audiovisuel public. Comme son mandat s'achève en février 2013, inutile de sortir la guillotine. D'autant plus que Pouzilhac, grande gueule, fortuné, près de la fin de sa carrière, n'aura besoin de personne pour claquer la porte sans rien demander si l'État le contraint à renoncer à la fusion RFI-France24-MCD. Une réforme à laquelle il oeuvre depuis plus de quatre ans selon une feuille de route définie dès novembre 2007... C'est en tout cas ce que Pouzillhac déclare à son entourage. Une chose est certaine : le Quai d'Orsay ne sera plus l'autorité de tutelle de l'AEF. Et tant pis si les reportages de RFI créent des incidents diplomatiques à Nairobi, Djibouti ou à Dakar...

François Hollande souhaite donc dépolitiser les nominations à la tête de l'audiovisuel public en associant un CSA rénové (présenté comme "vraiment indépendant") et un vote parlementaire à la majorité qualifiée impliquant l'opposition. Si bien que les P-DG de France Télévisions, de Radio France, de l'AEF... seraient le fruit d'un consensus droite-gauche autour d'un professionnel. Ce qui ne veut pas dire que l'État se désintéressera de ce que doit être la télévision publique, ses grandes orientations stratégiques... Ce n'est d'ailleurs pas souhaitable. L'intervention de l'État est nécessaire pour tracer les contours du bien commun audiovisuel. Elle est illégitime quand elle consiste à placer les copains du pouvoir, les producteurs amis, les maîtresses des uns et des autres...

Hollande pour un arrêt de la fusion RFI-France 24

La gauche a une idée assez précise, par exemple, de ce que doit être France 4, à savoir une chaîne pour les enfants sans publicité, avec un complément "jeunes adultes" en soirée quand les enfants sont censés dormir. De la même façon, le PS a clairement indiqué qu'il souhaitait revoir l'agencement de l'audiovisuel extérieur en recollant RFI à Radio France et en associant France 24 à France Télévisions. C'est un chantier très lourd puisqu'il s'agit de défaire la fusion France 24 et RFI et d'en préparer deux autres ! François Hollande reprendra-t-il ce projet du PS dans la loi audiovisuelle que sa majorité serait amenée à valider ? Il a signé, avec d'autres candidats à la présidentielle, une pétition contre la fusion. "Nous reverrons la réforme de l'audiovisuel extérieur", a-t-il confié aux syndicats de RFI, tout en appelant à des économies compte tenu de l'état des finances du pays. Dans cette déclaration assez vague, les salariés de RFI ont placé l'espoir que le déménagement de RFI à Issy-les-Moulineaux soit stoppé. À suivre...

L'enjeu de l'AEF va bien au-delà des histoires de déménagement. Il s'agit de conserver l'influence d'une vision française de l'actualité mondiale. Le match est serré. Al Jazeera a le projet de lancer un service en langue française. Les Chinois y sont déjà avec CCCTV. Al Jazeera vient, en outre, bousculer la position dominante de Canal+ sur la télévision à péage via ses chaînes sportives BeInSport 1 et 2. La menace - bien qu'encore virtuelle - est prise au sérieux non par le monde du football mais par celui du cinéma, qui, dès que l'on touche au tiroir-caisse Canal+, brandit les mousquetons. Au cours de la campagne, François Hollande a répondu à nos questions sur BFM TV en imaginant que si Al Jazeera devait à ce point mettre en danger Canal+, le grand argentier du cinéma, il instaurerait, d'une manière ou d'une autre, une obligation pour le Qatar de contribuer à la création.

Comment faire payer Al Jazeera ?

À vrai dire, cette solution manque, aujourd'hui, d'une base juridique solide. Certains cadres du PS reconnaissent qu'en effet, la taxation de BeInSport n'est pas si aisée. Les chaînes du Qatar ne sont pas présentes sur le réseau hertzien. Elles n'ont donc pas à demander une fréquence au CSA qui ne peut, en contrepartie, leur imposer des obligations de production. Il faudrait alors imaginer que toutes les chaînes présentes sur les réseaux ADSL contribuent au CNC. Mais là aussi, la base légale de cette taxe reste à trouver. On taxerait donc aussi bien les chaînes du Qatar que CNNBBC World, Abu Dhabi TV, CCTV, et toute la kyrielle de chaînes mondiales... En appliquant le critère plus restrictif de la langue française, on resserre les mailles du filet. Mais tout cela est-il bien légal ? On peut en douter. "Nous attendons de profiter de l'expertise des juristes de l'État pour peaufiner le dispositif", dévoilait au Point.fr Aurélie Filippetti, membre de l'équipe de campagne de François Hollande en charge de ces questions. Le scepticisme est de mise.

D'autant que l'urgence sera de renforcer France Télévisions dont l'influence et les finances sont en danger. Nicolas Sarkozy a volontairement ignoré les alertes de ses juristes quand il a fait passer l'arrêt de la publicité sur France Télévisions en compensant le manque à gagner par des taxes, notamment sur les FAI. L'Europe nous a mis en garde. Nous n'avons rien voulu entendre et le tribunal européen va se charger de nous étriller au cours du premier semestre 2013. Les FAI pourront alors demander le remboursement des taxes payées. Le PS évalue cette ardoise à 1,2 milliard d'euros... Qui va payer ? Le contribuable. Et ensuite, comment financerons-nous l'arrêt de la publicité ? Et faut-il s'accrocher à cette réforme coûteuse qui n'a pas eu d'impact majeur sur la ligne éditoriale du groupe ?

Le casse-tête de la pub

François Hollande sera alors jugé sur son pragmatisme : ou bien il maintient un financement étatique de l'ordre de 400 millions d'euros par an (et bonjour les déficits publics) ou bien il réintroduit de la publicité pour faire entrer de l'argent et soulager les finances publiques. Quatre minutes de publicité après 20 heures sur France Télévisions rapporteraient entre 200 et 250 millions d'euros dans les caisses de la régie publicitaire. À l'heure de trancher, François Hollande pèsera entre ce qu'il lui coûte politiquement de revenir en arrière et ce que la réforme Sarkozy coûte au pays.

Enfin, il y a la question du périmètre du groupe public : cinq chaînes actuellement dont l'audience globale varie entre 28 et 30 % de part d'audience. Mais à la fin de l'année, la TNT va s'élargir à six chaînes HD supplémentaires qui viendront grignoter un peu plus le fromage rétréci des historiques. Rémy Pflimlin, soucieux d'un déclin plus que probable, plaide pour que l'État octroie de nouvelles fréquences à France Télévisions pour retrouver une part de voix dans le PAF. Mais avec quel argent ? Le problème des déficits publics rattrapera le gouvernement socialiste si celui-ci perdure au-delà des législatives. Nicolas Sarkozy n'a pas touché au périmètre du secteur public. Pourvu que la situation générale du pays n'oblige pas Hollande à tailler dans le vif...

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Publié dans HOLLANDE

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