Télé-Sarko: germanophilie subliminale et chromatique
![]()
Si certains en doutaient encore nous vivons bien en Merkozy. La prestation télévisuelle attendue du président français n’est pas passée inaperçue en Allemagne. La fixette de M.Sarkozy pour le parangon de vertu qu’est censé incarner le grand voisin, n’est peut être qu’un révélateur efficace de l’imbrication des destins, et de l’attention à l’autre des deux côté du Rhin.
| | |
![]() | |
| Les lambris et les ors de la République, une pompe à laquelle les Allemands sont peu habitués (capture d'écran I-télé) |
Vu de Berlin l'intervention télévisée du président français en direct de la prestigieuse salle des fêtes du palais de L'Elysée transformée en plateau de télé a de quoi impressionner. Qu'un chef de l'exécutif candidat supposé à sa propre réélection monopolise moins de trois mois avant l'échéance électorale 6 à 9 chaînes pour délivrer son message peut ici surprendre. Faut-il rappeler que si les chaînes publiques sont un bien public elle ne sont pasa priori"étatiques", quand aux chaînes privées elles n'appartiennent pas à des fournisseurs importants des collectivité publiques.
Mais ce qui a retenu l'attention de la presse allemande c'est bien sûr la fixette présidentielle autour de l'Allemagne. Peu ou prou Nicolas Sarkozy a fait près de 25 fois référence au voisin germanique. Pour leRheinische Postde Düsseldorf les choses sont claires : "le combat électoral français sera allemand". Perfide le quotidien rhénan estime que même si la référence incantatoire à l'Allemagne cadre avec l'envie de M.Sarkozy et de Mme Merkel "de donner l'impression qu'ils sont le tandem fort de l'Europe...il n'a pas échappé à beaucoup de Français que le plus souvent -sur l'essentiel- c'est l'Allemagne qui indique la direction". Le même journal avec beaucoup d'autres ont souligné que bien que le président n'ait pas voulu confirmer clairement qu'il serait candidat, la veille Hermann Gröhe, secrétaire général de la CDU de passage à Paris avait vendu la mèche en confirmant la participation de Mme Merkel à la campagne de M.Sarkozy (voir encadré).
Michaela Wiegel du conservateurFrankfurter Allgemeine Zeitungdans un article titré "Deutschland, Deutschland über Paris" a relevé une incohérence dans cette admiration du modèle allemand à propos des "accords de compétitivité", visant à revenir sur les 35h annoncés par le président. Alors que M.Sarkozy a assuré que si les syndicats devaient faire obstacle, ils seraient contraints par la loi, la journaliste mentionne qu'une telle démarche serait "complètement en contradiction avec la culture de négociation allemande".
Thomas Hanke de laHandelsblattdans une analyse intitulée "Die Deutschland-Liebe des Monsieur Sarkozy"** tire un peu la même conclusion que leSipegel-onlinequi estime de son côté que "Sarkozy joue la carte de l'activisme". Ainsi pour le quotidien économique "Sarkozy est conscient du fait qu'il est le plus impopulaire des présidents de la Ve République", et ne pouvant pas compter sur une forte adhésion sur sa "personne, il présente une description drastique de la situation avec un sous-entendu : "moi vous me connaissez, croyez-vous vraiment que le socialiste Hollande ferait mieux?". Pour le journaliste "une stratégie risquée, non encore tentée par aucun politicien".
Sarkozy n'a jamais prononcé "TVA sociale" ? von LeHuffPost
A propos des non-dits, le même Thomas Hanke note aussi que M.Sarkozy n'a prononcé à aucun moment le nom de son principal concurrent. Il est vrai que le président ne faisait que rendre la politesse à M.Hollande qui quelques jours auparavant lors de son premier grand meeting de campagne avait aussi complètement omis le nom du président sortant.
Du côté des politiques, les réaction sont surtout venues de l’opposition autour de la décision d’introduire une taxe de 0,1% sur les transactions financières. En marge d’une réunion de dirigeant du SPD à Potsdam au lendemain de l’intervention de M.Sarkozy, Andrea Nahles, secrétaire générale du parti social démocrate a saisi la balle au bond : «L’Allemagne devrait, selon nous, apporter son soutien à l’initiative française » . Sigmar Gabriel, à la tête du SPD èstimant que le produit de cet impôt sera nécessaire pour initier une politique de croissance indispensable dans le contexte actuel.
| | |
![]() | |
| | |
![]() |
Tout à son admiration pour notre voisin le président a même entamé une dithyrambe en souvenir du «premier ministre» socialiste Gerhard Schröder pour avoir institué la TVA sociale. Les subversifs journalistes présents sur le plateau n’ont pas jugé opportun de rappeler que le chancelier de la coalition rouge-verte n’était pour rien dans l’affaire. L’augmentation de la TVA datant en fait de 2007, du temps de la grande coalition SPD-CDU sous la conduite de la chancelière Merkel.
Les curieux de sémiologie visuelle auront peut être remarqué qu’au-delà des mots un message chromatique quasi-subliminal venait comme souligner le tropisme germanique du président français. En effet en se penchant un peu, le téléspectateur pouvait voir sur son écran un joli drapeau allemand composé du bras gauche du costume de M.Sarkozy (noir), des rideaux rouges du décor et de la colonne dorée à droite de l’écran.
Un détail franco-allemand a échappé à la vigilance des commentateurs allemands. Quand M.Sarkozy pour valoriser l'importance du lien franco-allemand a mentionné que l'Hexagone était le premier client de la République fédérale, il a aussi rappelé que la France était le 3e fournisseur de son voisin. Cruelle vérité statistique, en 2007 au début du quinquennat de M. Sarkozy la France était encore l'importateur N°1 en Allemagne...
Régis Présent-Griot



