Tchernobyl: on disait «plus jamais ça»...

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

La nouvelle est tombée hier matin. Les autorités nucléaires japonaises ont relevé de 5 à 7 le niveau de gravité de l'accident de Fukushima. C'est le degré le plus élevé. Celui de Tchernobyl. Glaçant ! Et voilà qu'après l'effroi, après la compassion pour la population nippone, vient forcément le temps des questions, du doute, du soupçon. 

Comment interpréter cette réévaluation de la gravité du danger alors que dans le même temps le porte-parole du gouvernement croque une tomate devant les caméras de télé pour prouver l'innocuité des fruits et légumes récoltés dans la région ? Comment ne pas penser que l'aveu d'aujourd'hui ne fait que cacher les gros mensonges d'hier ? Qui peut penser que le niveau de gravité était plus faible au moment où la situation était quasi hors de contrôle et où les réacteurs n'étaient plus refroidis que par des moyens de fortune ? 

Comment ne pas penser à l'angoisse de ces Japonais qu'on a fait déménager d'un rayon de 20 kilomètres puis ensuite de dix de plus mais qu'on laisse là aujourd'hui en les incitant à manger des légumes du coin ? Ce nouvel épisode est malheureusement tout à fait révélateur de la façon dont les autorités japonaises ont géré la communication. Ecartelées entre la nécessité d'informer et la volonté de ne pas paniquer les populations, celles-ci ont multiplié les erreurs, les approximations, les bourdes, les contre-vérités. 

On a pu croire un moment que la dimension exceptionnelle de la catastrophe - un tremblement de terre, un tsunami, des milliers de morts puis cet accident technologique - pouvait expliquer ce cafouillage. On se rend compte qu'il n'en était rien. Faut-il mettre en cause les gros intérêts de Tepco, l'électricien privé japonais ? Faut-il regretter, comme le fait avec de plus en plus de vigueur la Chine voisine, l'absence de transparence du gouvernement nippon ?

Une chose est sûre en tout cas, c'est que la façon dont a été gérée cette catastrophe depuis le début par le Japon ne va pas manquer d'avoir des retombées. A commencer chez nous. Alors que l'Agence de Sûreté Nucléaire, contrairement à ce qui s'était passé pour Tchernobyl, avait cette fois joué la transparence, les dernières nouvelles du Japon viennent immanquablement reposer la question de l'avenir du nucléaire. 

Même si le gouvernement continue à défendre bec et ongles le caractère stratégique de notre industrie nucléaire, il est en effet difficile de ne pas reposer le problème de la sécurité de nos centrales et de la confiance qu'on peut avoir en la neutralité de l'expertise scientifique. A Strasbourg, le conseil municipal n'a en tout cas pas attendu pour voter à l'unanimité - UMP compris - pour l'arrêt de la centrale de Fessenheim. Une délibération certes symbolique mais qui doit ouvrir le champ à un vrai débat sur le nucléaire dont on voit mal comment la France pourrait désormais faire l'économie.
Publicité

Publié dans Ecologie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article