Tarifs haute tension

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Poweo et GDF-Suez qui pleurent, EDF qui rit et des Français qui ne vont pas tarder à s'étrangler avec leurs prochaines factures d'électricité: voilà comment on pourrait résumer les retombées de la décision prise hier de fixer à 42 euros le prix du mégawatt heure nucléaire que va vendre l'électricien français à ses concurrents. 

Depuis des mois -depuis que le parlement a voté la loi de la Nouvelle Organisation du marché de l'électricité (Nome) voulue par Bruxelles pour doper la concurrence- la bataille fait rage pour fixer ce tarif. Se drapant dans les habits de chevaliers blancs pourfendeurs de monopole et défenseurs des intérêts du citoyen-consommateur, Poweo et GDF-Suez réclamaient 35 euros le MWh. EDF arguait qu'à ce prix, il se faisait non seulement «piller» mais qu'il ne pouvait assurer convenablement son expansion à l'étranger ni le renouvellement de son parc. Pour l'aider à se déterminer, le gouvernement a même eu recours à une commission, la commission Champsaur, chargée d'évaluer le... juste prix. Son rapport tout juste remis préconisait une fourchette de 38 à 40 euros le MWh et la plupart des analystes misaient donc sur un prix de 39 euros.

Hier, Nicolas Sarkozy ne laissant à personne d'autres le soin de trancher aura créé la surprise en annonçant 42 euros, soit l'exact prix réclamé par Henri Proglio. Si la Bourse de Paris n'a pas tardé à tirer les conclusions de cet arbitrage, l'action EDF s'envolant, ce qui va se passer pour la bourse des Français sera plus lent à venir, mais pas moins inéluctable. On va tout droit vers une flambée des tarifs de 25 à 30% du prix au compteur à l'horizon 2015.

C'est d'ailleurs ce que prévoyait dans un récent rapport - pourtant vivement contesté par le gouvernement au moment de sa publication...- la Commission de régulation de l'énergie. Comment pourrait-il en être d'ailleurs autrement si on considère qu'aujourd'hui le consommateur français paie en moyenne son courant 31 euros à EDF ? Soit 36% de moins que le futur tarif...de gros. Et dire qu'il y a peu, pour justifier de la pertinence du choix du tout nucléaire fait par la France, le patron d'EDF expliquait que, grâce à nos centrales, les Français payaient leur courant 30% de moins que leurs voisins européens. 

Aujourd'hui, Fukushima sert à nouveau. Mais pour parler «retour d'expérience» et évoquer de nouveaux investissements pour plus de sécurité... Alors nous allons devoir payer. Au nom de l'indépendance énergétique, de la sécurité et... de la concurrence à la mode bruxelloise dont on mesure là toutes les contradictions. Car, comment imaginer que Poweo ou GDF-Suez consentent à vendre aux Français leur électricité moins cher qu'ils vont l'acheter ? Il ne nous reste qu'à profiter du court sursis qui nous est offert jusqu'à la future élection présidentielle.

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Publié dans Nation

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