Supprimer le quotient familial : les gagnants et les perdants
La direction du Trésor vient de consacrer une note de 150 pages dans laquelle elle détaille les effets d'une réforme du quotient familial. Quelques jours après Rue89 et son article « Oui, un enfant de riches coûte plus cher à l'Etat qu'un enfant de pauvres », ce sont aujourd'hui les fonctionnaires de Bercy qui démontrent l'injustice intrinsèque des baisses d'impôt liées au quotient familial.
Créé au lendemain de la seconde guerre mondiale, le quotient familial était au départ une mesure de justice sociale destinée à réduire les impôts des couples qui devaient supporter des dépenses liées à leur progéniture.
Or cette mesure est loin d'être parfaite : l'avantage fiscal apporté croît avec le revenu du foyer. Il existe des plafonnements nous diront certains... Soit, mais ils n'empêchent pas les 10 % les plus riches de capter, selon le Trésor, plus du quart des 10 milliards d'euros de baisses d'impôt qu'apporte le quotient familial (2,9 milliards d'euros).
Le projet socialiste réduirait les inégalités
Suite à ces constatations, le Trésor a testé plusieurs scénarios de réforme du quotient familial. Selon Les Echos :
« L'intérêt de ces simulations est qu'elles collent parfaitement avec le projet socialiste : les scénarios étudiés ont été calibrés pour assurer un rendement constant pour l'État, ce qui est l'objectif visé par François Hollande. »
Verdict de ces différentes simulations (réduction d'impôt, abattement sur le salaire imposable, crédit d'impôt, etc.) : le projet du PS – remplacer le quotient familial par un crédit d'impôt forfaitaire pour chaque enfant – est celui qui, selon les Échos, « réduit le plus les inégalités », car c'est « le seul à bénéficier aux non-imposables ».
Afin d'assurer un rendement constant, le PS devrait reverser l'intégralité des gains liés à la suppression du quotient familial à tous les ménages ayant des enfants. Cela signifierait un crédit d'impôt de 607 euros par enfant, selon les calculs de la direction du Trésor.
Qui gagne ? Qui perd ?
La réforme aurait, selon les Échos, des effets « massifs » :
« La moitié la plus riche de la population reverserait 3,5 milliards d'euros à la moitié la plus pauvre.
Dans le détail, elle ferait près de 5 millions de gagnants (à hauteur de 829 euros par an en moyenne) et un peu moins de 4,5 millions de perdants (à hauteur de 931 euros en moyenne).
Pour près de deux tiers des ménages, la réforme serait neutre.
Les pertes seraient considérables pour les familles de plus de trois enfants aux revenus élevés. Elles perdraient jusqu'à 1.692 euros pour chacun des deux premiers enfants, 3.384 euros pour chacun des suivants »
