Suicides : La Poste veut "agir pour éviter le pire"
La direction ouvre dans la matinée une nouvelle séance de négociations avec les syndicats. A l'ordre du jour, un seul sujet : comment éviter qu'un nouveau suicide ne se produise à la Poste. Deux cadres ont mis fin à leurs jours il y a moins d'un mois. Selon les salariés, la direction n'a pas pris la mesure du malaise qui existe au sein de l'entreprise.
Manifestation des salariés de la Poste le 15 mars 2012 devant le siège à Paris © Radio France Isabelle Raymond
Le 29 février, Jeremy se jette par la fenêtre devant ses collègues à Rennes. Dix jours plus tard, c'est Bruno qui se pend devant le centre de tri de Tregunc, toujours en Bretagne. Bruno était un cadre de 43 ans. Il avait écrit plusieurs fois au PDG de la Poste, Jean-Claude Bailly. Juste avant de mettre fin à ses jours, il envoie un dernier message aux syndicats : "Depuis trois ans, j'ai l'impression d'un acharnement. Je considère la hiérarchie de la Poste à l'origine de ma perte de repères."
Ces mots ne laissent pas de place à l'interprétation et n'étonnent pas un cadre qui a accepté de témoigner de façon anonyme. Un directeur placardisé pense-t-il parce qu'il ne rentrait pas dans le rang. Avant il avait 700 personnes sous sa responsabilité. Et s'il sort de son devoir de réserve, c'est parce que l'heure est grave dit-il : "Il y a un grand malaise chez les encadrants. Il faut agir pour éviter le pire. Le rythme des réformes est effréné, on assiste à une course à la productivité. 260 000 personnes travaillent à la Poste, l'humaine devrait être au centre des préoccupations. or, il y a une nouvelle race de managers qui sont des releveurs de compteurs. chez eux, l'humain est une notion relativement abstraite."
Des objectifs déconnectés de la réalité
Un facteur de Clermont-Ferrand l'assure : les objectifs sont intenables. La Poste tablait sur une baisse du trafic de l'ordre de 4% par an. Finalement, il y a plus de courrier à distribuer que prévu. Mais qu'importe dénonce ce facteur, les réorganisations suivent leur cours et les suppressions de poste également. Résultat , pour distribuer le courrier dans le temps imparti, ce facteur déclare : "Pendant ma tournée je roule sur les trottoirs, je prends des sens interdits, je fonce le plus vite possible pour rentrer dans les heures. Je suis un danger pour moi et pour les autres".
"A Paris, ils ne savent pas ce qui se passe"
Le président de la Poste, Jean-Claude Bailly dit avoir pris "quatre décisions importantes" dont les négociations qui commencent ce matin et qui doivent aboutir à un "train de mesures concrètes d'ici le 30 avril".Mais il refuse catégoriquement de faire une pause dans les réorganisations. Pour Isabelle, au guichet depuis 20 ans, c'est bien la preuve que la direction ne mesure pas l'ampleur du malaise : " A Paris, j'ai l'impression qu'ils ne savent pas ce qui se passe, le quotidien des gens qui font le travail de base. On adorait notre métier. ils ne comprennent pas pourquoi on est démotivé, pourquoi les gens sont cassé et n'y croient plus."
De leur coté, les syndicats mettent la pression sur la direction. Ils ont lancé une pétition auprès des 280 000 salariés de la Poste. En parallèle, Ils essayent de rallier à leur cause les candidats à la présidentielle. Hier ils rencontraient Jean-Luc Mélenchon et François Hollande. autant de moyens pour tenter d'infléchir la position de la Poste qui pour l'instant donc refuse de stoper les réorganisations en cours qui sont pourtant à l'origine de tous les maux selon les syndicats.