Suicide d'un agent de la CPAM : "C'était devenu trop dur"

Publié le par DA Estérel 83

 

 

Dans sa lettre, l'employé dit ne plus supporter "qu’on m’ait laissé crever sans avoir pris la peine d’écouter mes appels au secours".

 

"Je m’appelais Thierry Hainaut et j’aurais eu 52 ans le 31 mai 2012..." C’est par cette phrase que l’employé de la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) place De Gaulle à Béziers conclut la lettre qu’il a laissée avant de se pendre, hier, mercredi 29 février, en soirée, sur son lieu de travail.

Hier soir, les policiers, mais aussi le directeur départemental de la CPAM, le directeur adjoint du site sont allés sur place pour chercher la victime et tenter d’éviter le pire après la lecture du mail dans lequel Thierry Hainaut annonçait son intention. Mais son corps, sans vie, a été retrouvé pendu entre deux étages, vers 21 h 30, dans la cage d’escalier des locaux de la CPAM. 

"Une mise au placard"

Dans son courrier, envoyé par mail à l’ensemble de sa hiérarchie, mais aussi à ses collègues de Béziers, de l’Hérault et quelques autres sur le territoire national, l’homme explique son geste par "une mise au placard" qu’il dit subir depuis la fusion des CPAM de Béziers et deMontpellier il y a deux ans.

"Mon geste est la conséquence directe de l’enfer psychologique que je vis au quotidien depuis 2 ans. Un enfer que j’ai essayé de surmonter, de toutes mes forces, pour mon épouse et mes deux enfants, mais qu’aujourd’hui je n’arrive plus à assumer."

Il dit ne plus supporter "qu’on m’ait laissé crever sans avoir pris la peine d’écouter mes appels au secours".

Ses collègues, bouleversés, n’ont pas repris le travail ce matin. Ce matin à 9 heures, ils étaient réunis dans une cour attenante à leur lieu de travail. Certains évoquent le début d’une série comparable à ceux connus par l’entreprise Orange ces dernières années.

Le directeur assume

En réponse à ce drame, le directeur de la CPAM de Béziers a déclaré qu'il "assume totalement" et qu'il "réfute l'idée que Thierry Hainaut ai été mis au placard". Il regrette profondément de "ne pas avoir vu le désarroi et la souffrance de Thierry Hainaut."

 

Béziers Le choc à la CPAM après le suicide

Thierry Hainaut, 52 ans, chargé de mission auprès de la direction de la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de Béziers, s’est donné la mort mercredi sur son lieu de travail. Il a été retrouvé pendu, vers 21 h 30, entre deux étages de la cage d’escalier, par les policiers partis à sa recherche.

"J’ai été tué professionnellement, détruit psychologiquement"

"Si vous lisez ce mail, a-t-il prévenu ses proches, c’est que je vous ai quittés, définitivement." Il était exactement 20 h 15.

"Mon geste est la conséquence directe de l’enfer psychologique que je vis au quotidien depuis deux ans. Un enfer que j’ai essayé de surmonter, de toutes mes forces, pour mon épouse et mes deux enfants, mais qu’aujourd’hui, je n’arrive plus à assumer."

Dans ce texte, l’homme dénonce la mise au placard dont il se dit victime. Il accuse sa hiérarchie départementale : "J’ai été tué professionnellement, détruit psychologiquement."

Thierry Hainaut cible surtout son directeur : "Il a pourri mes deux dernières années, sans me laisser la moindre chance de survie." Depuis la fusion entre les caisses de Montpellier et de Béziers en 2010, ce cadre de niveau 9, qui avait entamé sa carrière en 1980 au bas de l’échelle, assure que les rares tâches qui lui étaient confiées "auraient pu être prises par des cadres 1er niveau".

"Un cri de désespoir"

"Nous nous sommes précipités sur place dès que nous avons reçu ce message en pensant le retrouver vivant, relatait hier matin, abasourdi,Lionel Vergnes, le directeur adjoint du site de Béziers, ami de la victime. Nous avons cherché un long moment dans le bâtiment. Le directeurClaude Humbert et la famille étaient déjà arrivés. Il était trop tard."

Une collègue de travail confie : "Il a eu un geste héroïque. Il est toujours venu à l’aide de ses collègues. Cet acte, même s’il est un cri de désespoir, c’est aussi une énorme mise en garde, un signe de défiance vis-à-vis de la direction. C’est pour nous qu’il a fait ça, même s’il n’arrivait plus à assumer les difficultés auxquelles il devait faire face."

 


"Nous nous sentons tous coupables." 

Dans la cour, à l’abri des regards, quelques salariés expriment leur stupéfaction. Et leurs interrogations, même s’ils ne sont pas autorisés à communiquer. "Je suis révoltée", lance celle-ci. "La douleur est beaucoup trop vive pour nous exprimer", expliquent d’autres.

"Nous n’arrivons pas à imaginer que Thierry ait pu partir ainsi. Personne n’avait vu qu’il allait aussi mal. Nous nous sentons tous coupables." Thierry Hainaut avait pourtant été arrêté durant six mois en 2010, à la suite d’une profonde dépression.

Très investi dans la vie associative locale, il avait d’ailleurs pris du recul, notamment au sein du club de football dont il avait été le secrétaire. "Nous savions tous qu’il vivait des moments difficiles. Il avait évoqué le sujet qui le préoccupait et je pensais que cette page était tournée. Je n’ai jamais imaginé qu’il envisageait le suicide. Mercredi, il ne nous a laissé aucune chance de l’aider tant son geste était prémédité. Il était trop déterminé", a encore confirmé Lionel Vergnes.

Trop de laissés-pour-compte

Du côté des syndicats, seul le représentant de Force ouvrière s’est exprimé : "L’organisation des fusions est à revoir. Trop de gens, dont les postes sont en doublon, sont des laissés-pour-compte. Ils en souffrent. Résultat, on arrive à des situations dramatiques comme celle-là. C’est intolérable. Dans le cas de Thierry, on ne s’est aperçu de rien. C’est pire que tout."

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Publié dans Société

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B
je vous signale un article sur les fonctionnaires sur "conscience citoyenne responsable"
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