Stocks stratégiques et... électoraux
Il y a un mois, Nicolas Sarkozy expliquait doctement qu'il n'y avait rien à faire car les «prix du pétrole sont fixés par un marché mondial à l'extérieur», et qu'il fallait encore se réjouir que grâce à son Grenelle de l'environnement la France ait le parc auto le «moins consommateur d'Europe»...
A moins d'un mois du premier tour, Nicolas Sarkozy tire ses cartouches en rafales. Un doigt sur la gâchette de la sécurité, une main sur le robinet du pouvoir d'achat. La tragédie de Toulouse aura été l'occasion pour le président-candidat de remonter prestement sur ses grands chevaux sécuritaires.
Même s'il prend bien garde de ne pas tomber dans le piège de l'instrumentalisation de ce drame, le candidat pilonne depuis inlassablement sur ce thème qui, s'il n'apparaît toujours pas prioritaire aux yeux des Français, a l'avantage sinon de pomper des voix au Front National, au moins de contenir Marine Le Pen à confortable distance. Parallèlement à ce réinvestissement sur le terrain de la sécurité et de l'immigration, Nicolas Sarkozy vient de donner un autre coup d'accélérateur, cette fois sur le pouvoir d'achat, dont on sait qu'il constitue, par contre lui, la principale préoccupation des Français.
Et voilà comment hier, celui qui, il y a tout juste un mois sur RTL, raillait François Hollande et qualifiait de «plaisanterie...si on veut être aimable» sa proposition d'un blocage des prix à la pompe, fait annoncer par son ministre de l'industrie qu'on pourrait puiser dans nos réserves stratégiques! Il y a un mois, Nicolas Sarkozy expliquait doctement qu'il n'y avait rien à faire car les «prix du pétrole sont fixés par un marché mondial à l'extérieur», et qu'il fallait encore se réjouir que grâce à son Grenelle de l'environnement la France ait le parc auto le «moins consommateur d'Europe»... Et puis voilà qu'aujourd'hui, on nous annonce qu'on serait prêt à puiser dans les stocks constitués pour faire face à la pénurie, donc au pire....
Que s'est-il donc passé? Serait-ce un effet bénéfique de l'enquête réalisée par le magazine spécialisé LSA à paraître aujourd'hui et dans laquelle 49,8% des Français estiment que leur vote peut être influencé par les propositions des candidats pour faire baisser les prix des carburants? Qu'allez-vous chercher?
Officiellement, il s'agit d'accéder à une demande des États-Unis inquiets eux aussi de la flambée des prix du brut. Ah bon... Le souci, c'est que le porte-parole du gouvernement allemand expliquait hier non seulement qu'il ne voyait aucune raison de puiser dans ces réserves -dès lors qu'il n'y a aucune pénurie- mais surtout qu'il n'avait pas eu connaissance de cette demande américaine.
L'autre problème, c'est qu'hier les cours du pétrole étaient en net repli à New-York en raison... de la forte hausse des stocks au Etats-Unis. L'autre interrogation c'est qu'on comprendrait mal comment, alors que les Américains et les Européens, Paris en tête, augmentent leur pression sur l'Iran et son programme nucléaire, on puisse ainsi donner un signal contraire à Téhéran en fragilisant nos réserves stratégiques.
Mais, après tout, pourquoi Obama, lui aussi candidat à sa succession, ne pourrait-il pas taper dans ces fameuses réserves aussi stratégiques qu'électorales? Vous dites? Que ce serait une mauvaise «plaisanterie»?