Sondage du Figaro: Dumas n'y croit pas

Publié le par DA Estérel 83

Marianne2 Laureline Dupont  06/08/2010
Invité d'Europe1, Roland Dumas a largement nuancé le sondage Ifop publié par Le Figaro ce matin. Selon l'ancien président du Conseil constitutionnel, « il ne faut pas s'emballer ». 70 % de Français pour la déchéance de nationalité, c'est aussi 30 % contre ou au moins sans opinion.

     « Sécurité : les annonces de la majorité pébiscitées » titre fièrement Le Figaro. Raison de cette jubilation débordante, un sondage Ifop réalisé pour le quotidien. 1003 Français ont été invités à répondre à diverses questions portant sur les mesures sécuritaires annoncées par Sarkozy. Qu'en ressort-il ? Que 70% d'entre eux seraient favorables à la déchéance de la nationalité en cas d’atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme, 79% pour le démantèlement des camps illégaux de Roms. Conclusion qui doit satisfaire le quotidien : les déçus de la politique sarkozyste seraient minoritaires. Parmi ces 70 % de Français, il y a évidemment des électeurs de gauche, ce qui permet au Figaro de sous titrer, dans la joie et l'allégresse : « De gauche comme de droite, ils approuvent largement les mesures annoncées ». Repris en choeur par les médias, le sondage semble tenir lieu de vérité générale, ni discutable, ni nuançable.  

Invité d'Europe 1 ce matin, l'ancien président du Conseil constitutionnel et ex-ministre des Affaires étrangères Roland Dumas, a tenu quant à lui à faire entendre sa petite musique, singulière et détonnante dans ce paysage médiatique souvent assujetti aux sondages. 

 

Interrogé d'emblée sur sa position concernant la déchéance de nationalité, Dumas a répondu avec gravité : « Je poserai la question avec beaucoup de sérieux parce que c'est important de déchoir quelqu'un de la nationalité française ». Appelant le gouvernement à davantage de prudence, l'ancien ministre a osé sa comparaison préférée qu'il exhume à chaque débat sociétal : « Je rappellerais que ça a été érigé en principe par le gouvernement de Vichy, ce qui est quand même une référence un peu troublante ». Quand le débat sur le voile intégral défrayait la chronique, Dumas avait, déjà, couru les plateaux de télé pour hurler au vichysme effréné et défendre le port de la burqa. A force de crier au loup… Quant aux accusations d'angélisme, reprises par un nombre croissant de militants de gauche, Dumas n'a pas dû les entendre puisqu'il entonne la vieille ritournelle du « ghetto dans lequel on va enfermer des gens », et « la vexation ressentie par les Français d'origine africaine ». Visiblement convaincu que sondage rime avec miroir de l'opinion, l'interviewer Thierry Guerrier sort donc son arme fatale : le fameux sondage du Figaro. Comment aller contre la volonté de 70 % des Français ? Loin de se troubler, Dumas se lance dans un réquisitoire anti-sondage : « Cette attente de l'opinion moi ça ne m'effraie pas, j'ai connu une époque où la France votait à 80% pour l'Algérie française et quelques années après avec le général de Gaulle quand il a proposé l'indépendance, ils votaient à 80 % pour l'indépendance de l'Algérie. 70%, il en reste au moins 30 %, il ne faut pas s'emballer sur les sondages, ça reflète l'opinion du public à un moment donné ». Pour la forme, l'ex-fidèle de Mitterrand ajoute : « Il faut en tenir compte c'est évident ». Pour une fois que Dumas s'écarte de la pensée unique, il faut bien nuancer.

 

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Publié dans Nation

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