Sondage : “Courbes croisées mais défaite assurée”
Depuis le temps qu’ils l’attendaient, ce sondage. Qu’ils en rêvaient. Qu’ils l’espéraient. Enfin Nicolas Sarkozy passe devant François Hollande au premier tour. Enfin, et voilà que l’extase mystique saisit les troupes de l’UMP. Parce qu’une dizaine de personnes ont changé d’avis en quelques jours et rechargeront probablement d’avis dans quelques jours.
Ils le tiennent, leur talisman, leur gri-gri, leur corde de rappel. Sarkozy en tête au premier tour d’un point et demi.
Mais ce que la droite oublie de dire est assez limpide :
- François hollande à 27%, ce serait déjà un score historique pour un candidat socialiste.
- Au second tour, Nicolas Sarkozy est largement battu avec 5 points d’écart.
Clairement, Sarkozy n’a toujours pas réussi à résoudre son équation personnelle. Il a consolidé son premier tour en grappillant ces quelques points sur le Pen qui lui permettent de donner l’illusion d’optique d’un élan mais il ne parvient pas à empêcher que ce second tour ne se transforme en référendum pour ou contre Nicolas Sarkozy.
Voilà son problème. Et en ayant durci à ce point son discours, en l’ayant droitisté à ce point pour s’éviter un 21 avril à l’envers, on ne voit pas comment il peut rétro-pédaler dans l’entre deux tours pour convertir les humanistes, les centristes, les indécis modérés, ce qui compose le marais électoral. Comment pourra-t-il les convaincre en si peu de temps qu’il gouvernera au centre tout en durcissant suffisamment pour convaincre l’extrême droite qu’il gouvernera à l’ultra-droite.
Alors Nicolas Sarkozy peut bien passer devant François Hollande au premier tour.
Les courbes peuvent bien se croiser au premier tour. Ça ne change rien au résultat final du 6 mai. Et pour le moment les sondages accordent la victoire sans appel à François Hollande.
On ne finira probablement pas à 55% car les écarts vont se resserrer, et c’est normal sur un scrutin pareil. Mais on ne voit pas en l’état actuel comment Nicolas Sarkozy peut sortir de l’ornière dans laquelle ses divagations d’ultra-droite l’ont conduit.
Il est dans la seringue. Il peut se réjouir d’être remonté un peu mais nous rappelons qu’arriver en tête d’un premier tour ne garantit pas l’élection. En 1995, Jospin est arrivé en tête mais il ne fut pas élu.
La présidentielle n’échappe jamais à la règle d’un premier tour fort et clivant. On rassemble d’abord sa propre famille. C’est fait pour les deux candidats. Et d’un second tour qui élargit. Dans ce domaine, Nicolas Sarkozy a brûlé ses cartouches, englué qu’il est dans son bilan et ses outrances idéologiques. François Hollande, lui, récoltera probablement les fruits de son tempérament et sa stratégie prudente et consensuelle.
En revanche ce sondage à une vertu : empêcher le camp socialiste de s’endormir sur ses lauriers. Il multiplie depuis quelques jours des petites fautes qui par jour de pluie, pourrait coûter cher : voyage à Varsovie mal préparé, discours qui n’impriment pas sur les outre-mers ou sur la Défense. À charge pour François Hollande de monter un peu en puissance. Suffisamment pour ne pas laisser respirer Sarkozy. Mais pas trop pour ne pas effrayer cette frange de l’opinion qui aspire à la paix , au pragmatisme et à la simplicité, apres 5 ans de règne convulsif et brutal.