Silence...Assad massacre
Vendredi dernier, des dizaines de milliers de Syriens avaient participé dans plusieurs villes à des manifestations ayant pour thème central un message sous forme d'appel au secours destiné à la communauté internationale: «Où êtes-vous, défenseurs de la liberté ? Votre silence nous tue !»
Réprimées dans le sang, ces manifestations n'ont pas fait la «Une» de l'actualité. Comme si, depuis le début de la contestation contre la dictature de Bachar El-Assad, le 15 mars dernier, la comptabilité macabre de la tragédie syrienne s'installait progressivement dans une routine non-événementielle ne nécessitant aucune réaction internationale allant au-delà de la déploration.
Ce week-end, Bachar El-Assad a une nouvelle fois lâché ses chars contre les principaux foyers de contestation, dont Hama, déjà théâtre en 1982 d'un massacre à huis clos ordonné par son père Hafez-El-Assad qui aurait fait 30.000 morts. Forcément au courant, les démocraties occidentales s'étaient alors tues et il avait fallu attendre des années pour que cet épisode sanglant soit révélé au monde.
Aujourd'hui, la répression sauvage à l'oeuvre en Syrie peut être vécue presque en direct. Malgré la fermeture du pays à la presse internationale et à tout observateur indépendant, les images et les témoignages en provenance de Syrie abondent sur Internet via les réseaux sociaux. Images certes souvent floues, bougées, mais qui confirment le combat inégal entre les protestataires et la puissance de feu du régime.
Hier à Hama, une centaine d'habitants seraient tombés sous les tirs de l'armée, alourdissant un bilan estimé à près de 2.000 morts, et des dizaines de milliers de «disparus», tués ou emprisonnés. Depuis le mois de mai, l'Europe et les Etats-Unis bataillent en vain pour que l'Onu condamne formellement la brutalité du régime syrien, même s'ils excluent toute intervention militaire. La Russie, qui arme la Syrie, et la Chine opposent leur veto. François Fillon dénonce «le silence insupportable, inacceptable» de l'Onu dont le nouveau devoir de «protection des populations civiles» a été mis en oeuvre pour la première fois contre le colonel Kadhafi.
Armée par la Russie, soutenue par l'Iran, la Syrie de la dynastie Assad jouit depuis des décennies d'un pouvoir de déstabilisation considérable au Proche-Orient, au Liban, en Irak et vis-à-vis d'Israël. L'impunité persistante accordée à Bachar El-Assad confirme le primat de la realpolitik sur le droit, fut-ce au prix de dizaines de milliers de victimes ayant eu le tort de vouloir imiter les révolutions tunisienne et égyptienne.