Si le PS lève une armée de volontaires, j’en serai

Publié le par DA Estérel 83

Edition : Les invités de Mediapart - 24 Novembre 2010 Par Joy Sorman

 

 

Si le parti socialiste veut gagner l'élection présidentielle de 2012, s'il veut nous débarrasser de Sarkozy et ouvrir une nouvelle séquence politique, il lui faudra un bon candidat, un bon programme – c'est essentiel pour convaincre  –, il lui faudra surtout une bonne stratégie, une stratégie efficace. N'attendons pas d'avoir un général pour nous mener au combat, mettons en place dès maintenant une tactique de guerre.

 

Il y a des idées au PS, de bonnes idées, on pourra s'en assurer en allant faire un tour sur le site du Laboratoire des idées, qu'ont choisi trois étudiants en science politique et économie, militants à la section de Boston - P.S made in USA -, pour exposer leur enquête sur la mobilisation électorale. Les trois jeunes socialistes ont suivi de près l'élection de Barack Obama et en ont tiré une leçon, un constat largement partagé et analysé aux Etats-Unis : Obama a gagné les élections grâce au travail de terrain de centaines de milliers de volontaires démocrates qui ont fait du porte à porte pendant des mois afin de convaincre les abstentionnistes de se rendre aux urnes. Il y a le charisme, il y a le programme. Il y a surtout des troupes de bénévoles enthousiastes, compétents, parfaitement formés, envoyées au turbin pour aller chercher les voix une par une et faire gagner un candidat.

 

Guillaume Liegey, Arthur Muller et Vincent Pons, les trois auteurs du rapport sur la mobilisation électorale, rappellent que, en France, les élections présidentielles se jouent sur des écarts marginaux : à peine plus de 2 points d'écart, par exemple, le 10 mai 1981. En 2012, une campagne de porte à porte peut faire gagner le nombre suffisant de voix pour renverser la situation au profit de la gauche. Ça donne à réfléchir et ça laisse pas mal d'espoir.

 

Partant de l'expérience américaine, une campagne pilote a déjà été menée en France à l'occasion des dernières élections régionales. Des volontaires de huit sections socialistes d'Ile-de-France ont frappé à plus de 9000 portes. Vous trouverez les résultats probants et encourageants de cette expérimentation sur le site du Laboratoire des idées, sous l'intitulé : Frapper aux portes. Pour gagner la présidentielle de 2012, les auteurs estiment qu'il faudrait contacter au moins 15% de l'électorat, soit 7 millions d'électeurs. Afin d'accomplir cette mission, cette campagne massive de porte à porte, le parti socialiste aurait besoin d'environ 160 000 volontaires. Si je participe, il en reste 159 999 à recruter et à former. Un solide argumentaire, un guide en poche et toc toc toc, bonjour c'est la gauche.

 

Mais à quelles portes frapper ? A celles des abstentionnistes de gauche, plus faciles à convaincre que les indécis ou les électeurs du camp adverse. Ces électeurs potentiels, on les trouve majoritairement dans les quartiers populaires, là où les non-inscrits sont les plus nombreux, là où l'abstention est la plus forte, là où pourtant les sensibilités s'expriment plutôt à gauche. Dans les banlieues délaissées et méprisées, chez les jeunes ignorés et abandonnés. Ce sont eux qu'il faut mobiliser, comme l'a démontré un livre dont se sont inspirés les auteurs du rapport, La démocratie de l'abstention de Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen (Folio actuel 2007). Cette mobilisation est d'autant plus nécessaire que la droite bénéficie aujourd'hui d'un avantage concurrentiel : son électorat est plus âgé que celui de la gauche et donc plus facilement mobilisable. Les vieux votent davantage (les 55-70 ans) et votent massivement pour la droite (en 2007 Sarkozy n'était majoritaire qu'à partir de 60 ans). A l'inverse, l'armée de réserve électorale de la gauche est principalement composée de jeunes, d'ouvriers, d'employés, de chômeurs..., ceux qu'il faut aller chercher, ceux aussi qui ont le plus de raisons objectives de vouloir battre Sarkozy.

 

Frapper à la porte, serrer la main, parler. Redonner une incarnation à la politique : des individus qui vont à la rencontre d'autres individus, au sein des quartiers. Et enfin l'occasion pour le PS de se reconnecter avec l'électorat populaire. La politique souffre de manière chronique d'un manque de terrain, il serait tout à l'honneur de la gauche de repartir au charbon. Un peu de concret ne pourrait pas lui nuire. C'est dans ces quartiers qu'il faut réactiver le désir de politique. Réactiver un désir d'en être, de prendre part. La repolitisation passe par la réactivation d'un sentiment politique fort, ancré : l'envie d'aller voter plutôt que de s'abstenir. Cela se fera par cette campagne individualisée, personnalisée, directe.

 

Si ces abstentionnistes sont convaincus, s'ils vont effectivement voter, et qu'ils votent pour la gauche, qu'ils la font gagner, sur la base d'engagements, alors il ne faudra pas les décevoir. Ils seront d'autant plus présents, d'autant plus attentifs, à demander des comptes. Et leur vigilance sera salutaire pour la démocratie. Ils veilleront parce qu'ils seront les auteurs de la victoire. Vous êtes venus nous chercher les gars, vous avez frappé à nos portes, on a fait le boulot, on s'est déplacé aux urnes, maintenant il faut tenir ses promesses. Veille populaire.

 

Cette mobilisation de proximité, cette tactique de reconquête, simple, pragmatique et objective pourra paraître à certains archaïque. Mais il se trouve qu'elle a fait ses preuves (selon les études américaines, on fait basculer un vote toutes les 14 portes) ; et qui peut encore sérieusement croire que l'on convainc des électeurs indécis ou abstentionnistes à coups de tracts, d'affiches, de messages standardisés et caricaturaux ? Quoi de plus ringard et inutile qu'un spot télé impersonnel sur fond bleu et musique ronflante ? Il est temps de changer de méthode. Pour cela, il faut rassembler des volontaires au-delà du parti socialiste, il faut faire appel à toutes les bonnes volontés de gauche, il faut mobiliser de manière à remettre les militants et les sympathisants au centre de la campagne électorale. Que la victoire à venir soit aussi la leur - victoire quantifiable, victoire participative.

 

Si, comme l'a prouvé la campagne d'Obama, une élection se gagne deux ans avant le jour du scrutin, c'est maintenant que ça commence : Martine Aubry, lancez la mobilisation ! J'en serai.

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Publié dans Elections

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