Ségolène bonheur

Publié le par DA Estérel 83

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Hier matin, j'étais en retard, il faut dire que je n'ai pas l'habitude de sortir si souvent depuis mon accident. J'ai donc filé au bureau de vote du village de l'autre côté du lac.

C'était le grand jour, que du monde se déplace à la primaire et on allait gagner la partie contre cette majorité honnie même par les siens depuis quelques décisions parmi toutes celles de folie.

Le moral comme le ciel au beau fixe, de toutes façons les dernières semaines et ces extraordinaires débats télévisés, ces campagnes et ces discours aux quatre coins du pays de tous les candidats,  le fait même qu'existe cette élection, c'était déjà en soi une victoire fabuleuse et inespérée, un premier pas pour un monde plus facile et surtout gai, sans nausée, retrouvé. 

Je suis arrivé juste avant l'heure, tout était déjà prêt, je le savais bien. En Corse, les élections quelles qu'elles soient sont quelque de chose de très sérieux. Je passe sur la présentation des anciens qui tiennent le bureau, je les connais tous très bien, sauf un, rentré du continent, semble-t-il depuis pas si longtemps. Un sage, visiblement, silencieux, écoutant beaucoup, à la parole mesurée.

De jeunes élus aussi, sortis aux dernières municipales, qui ont balayé leurs anciens faisant diminuer la moyenne d'âge des édiles municipaux de plus de la moitié.

La relève dynamique dans ce pays, à respecter pour leur courage et leur engagement, le fait même de réussir à vivre et travailler dans notre région si propice à l'exil est parlant.

Après un malentendu, le seul de la matinée, l'ancien qui a été surpris par mon engagement auprès de Ségolène qu'il ignorait, s'est souvenu d'une amitié passée, plusieurs dizaines d'années auparavant avec mon père,  m'a parlé longuement de mon grand-père, de bien de ceux de mon clan. Nous sommes entrés alors dans une ambiance bon enfant, plus jamais démentie toute la journée, jusqu'à la fin du dépouillement.

9h15, un des assesseurs, un jeune, sort sur la place, revient les bras chargés de croissants et de pains au chocolat pris à la camionnette du boulanger qui fait sa tournée, et distribue à tout le bureau de quoi se sustenter.

Oui, ce qui m'a frappé,c'est la bonne humeur extraordinaire de tous ces gens, quelques passionnés bien sûr, quelques éclats de discussion, d'un ton feutré à l'extérieur, avec la joie de retrouver bien des gens venus voter, que je n'avais plus vu depuis longtemps.

Je me gèle, il fait un soleil magnifique, l'air froid, presque glacé entre par la porte grande ouverte sur la petite salle où nous nous trouvons, l'hiver n'est plus loin chez nous, j'appelle pour que l'on m'apporte une veste quand quelqu'un de la famille chez moi viendra voter. Ils sont peu nombreux, nous sommes ancrés dans des conceptions différentes au sujet de la présidentielle, non pas du sort à réserver à ceux qui nous gouvernent..

Quand sont tombés les premiers chiffres du matin, 750 000 votants, tout le monde au bureau de vote s'est senti revigoré, nous avions gagné.

Sur le continent les gens votent tard, souvent au retour du week-end. On sait de quoi l'on parle ici, tout le monde est parti au moins vingt-ans, souvent le double, encore aujourd'hui les membres des familles sont plus nombreux de l'autre côté de la Méditerranée que dans les villages.On trouve plus d'anciens parisiens que de paysans dans la salle. Mais ceux là n'ont rien à voir avec Tibéri, les barricades en 1968, le PSU souvent, puis le PS, pour la plupart passés avec les années  au PRG,  incontournable en Corse depuis des dizaines d'années, avec la figure de géants de dirigeants aussi durs que fins politiciens, au sens du terme que l'on n'apprécie pas quand on est un vrai démocrate.

Ici Baylet a fait le tiers des voix d'Hollande, parce que les gens ont voté utile. A une municipale ou une cantonale, la candidat PS aurait été balayé. Enfin 14h30, ce que nous attendions tombe, plus d'un million de voix, les sourires éclatent sur les visages, c'est fait, qui que ce soit qui passe le premier tour, la gauche a gagné la primaire citoyenne, le PS a remporté son pari.

L'élection continue dans une ambiance tranquille, depuis longtemps personne ne cherche plus à convaincre les autres lignes, dans une campagne confidentielle, on ne voulait surtout pas d'un vote de masse. Maintenant, c'est l'union sacrée.

Coup de téléphone, Jean-Marie est d'excellente humeur, le succès de l'opération le rend euphorique, mais surtout le bain d'humanité qu'il a pris toute la journée auquel nous sommes si sensibles, lui peut-être encore plus, l'a rempli d'un sentiment de joie difficile à altérer. Il me prévient avec précaution que Ségolène, selon toute probabilité, aura des difficultés; je le savais, Hollande a le vent en poupe. Avec mon optimisme inaltérable, je lui explique ce qu'il connaît mieux que moi, c'est le vote des grandes villes qui va compter, bien plus que celui des campagnes; je suis sûr que Ségolène passera, nous savons tous les deux déjà que c'est la gauche qui gagnera cette journée, si ce n'est en son sein notre candidate préférée.

19H00, dépouillement, chacun le crayon à la main, un oeil attentif aux opérations. Hollande écrase ses concurrents, Aubry suit à la moitié; signe du temps, Ségolène fait presque jeu égal avec Montebours, mais derrière. Je suis pensif, je n'arrive pas à m'attrister, dans ma région je connaissais déjà le résultat, que je saurais expliquer sans difficulté.

On se quitte sur une discussion à laquelle je prends soin de ne pas participer. Ici, la plupart sont hollandistes, à la mode de chez nous, ils estiment le second tour inutile. Et oui, on n'aime pas consulter le peuple, quand on ne peut pas compter les votes chez moi, c'est plus fort que soi. Chacun de ces malins qui ont les qualités de leurs défauts s'accorde à penser que le second tour n'aura pas lieu, ignorant les fondements mêmes de ce qui préside à une consultation démocratique. Mais nous sommes bien chez nous, je suis d'ici aussi, on n'a jamais vraiment gagné qu'à la fin, tout est bon pour pour assurer son résultat, il ne faut jamais lâcher le combat.

J'ai manqué l'anniversaire de ma nièce, ils ont fait une fête à tout casser, bien sûr j'ai distribué à la compagnie, dans le bureau les "frappes" de la fête, on dit les bugnes ailleurs. Ma femme en a cuisiné une montagne et me les a fait porter.

Nous avions cassé la croûte tous ensemble au bureau, un panier bien rempli offert par l'épouse du responsable, une bouteille de St Emilion grand cru en guise de boisson, excellent, mais personne n'a voulu prendre plus qu'un verre de ce breuvage divin. Les gosses se sont régalés, ma filleule de sept ans a invité tous les élèves de l'école communale, comme cela se fait le plus souvent. Ils ne sont pas très nombreux et les parents adorent se partager un moment, au milieu d'autant de gâteau que l'on voit d'invités, pendant que les enfants se retrouvent dans une communion de jeux qui brise les solitudes des petits, quand ils sont dispersés chez eux dans la vallée.

Résultat, aïe. C'est réglé.

J'analyse malgré moi ce que je sais de la situation. Seul le résultat de Montebourg qui fait le double de Royal me surprend.

Je savais qu'il exploserait la baraque, mais pas qu'il écraserait ainsi Ségolène. Valls n'a pas pris autant que je l'aurais cru, Hollande s'en sort encore mieux que prévu, mais Aubry surtout tient étonnament le choc.

Je me suis largement planté dans mes prévisions.  Ségolène a perdu, elle a dû se sentir foudroyée.

Le résultat est là, les raisons s'imposent facilement.

Le vote utile, Hollande est un homme, m'a-t-on expliqué, sur des raisons d'un autre âge, le pays n'est pas mûr pour élire une femme. Elle a perdu, mais ses idées ont gagné, pillée par Aubry et Montebourg,  mise sous l'éteignoir des médias, personne ne savait à qui revient la vraie originalité des idées qui se sont largement imposées.

Aubry l'a joué fine, à la fin on ne distinguait presque plus leur différence. Et Montebourg, quel formidable tribun, surtout un jeune sang nouveau qui a pompé la sève du vieil arbre qui ne l'a pas empêché de pousser.

C'est bien.  Montebourg comptera, on s'en félicite.

Ségolène est finie comme candidate, mais non pas comme femme politique, elle a encore beaucoup à donner.

 

Hollande ou Aubry, le choix restera là. Ni l'une ni l'autre ne sont ma tasse de thé.

Peu importe, il faut gagner, ce ne sont pas des ennemis qui viennent de s'imposer, mais au contraire la chance de sortir le vrai poison qui nous ruine depuis 2007.

Gagnez, l'une ou l'autre, dimanche prochain, mais surtout, gagnez la présidentielle, je serai là pour vous aider.

Et merci Ségolène pour ce que tu vas nous offrir encore après nous avoir tant donné.

pf simeoni

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Publié dans Billet

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