Scandale un jour, scandale toujours
L'aplomb, Bernard Tapie en a génétiquement reçu une dose monumentale à l'image d'un Obélix tombé tout petit dans la marmite de potion magique. L'homme d'affaires (dans tous les sens du terme) estime que le dernier rebondissement judiciaire concernant l'indemnisation de 285 millions d'euros, dont il a bénéficié à l'issue de son bras de fer avec l'ex-Crédit Lyonnais, «n'est pas l'affaire Tapie, qui est finie». «C'est l'affaire de la ministre, Mme Lagarde, et du Parti socialiste», lance-t-il en annonçant la prochaine publication de«documents confidentiels» pour venir au secours de Bercy qui se défendrait trop «discrètement» pour mettre un terme à de «fausses rumeurs».
Des rumeurs ? pas vraiment. Un dossier qui s'est épaissi de mois en mois sur les circonstances pour le moins surprenantes dans lequel un «tribunal arbitral» a mis en 2008 un point final à quinze ans de procédures pour attribuer à Bernard Tapie un énorme pactole, dont 45 millions d'euros pour «préjudice moral», un record en la matière.
L'action initiée par neuf députés socialistes visant à saisir la Cour de justice de la République afin d'enquêter sur le rôle de Christine Lagarde, es qualités de patronne de Bercy, sur le dossier Tapie procède d'éléments précis et troublants. Ils émanent d'une juridiction a priori incontestable, la Cour des comptes dont un récent «référé» met en doute la légalité du choix de la procédure d'arbitrage, soutenu par l'Etat pourtant partie prenante du contentieux. Et au moment où les procédures judiciaires encore en cours n'étaient pas favorables à Tapie.
Pour la Cour des comptes «l'arbitrage présentait pour l'Etat de forts risques»... qui se sont vérifiés. D'où le soupçon que Mme Lagarde ait sciemment, voire sur ordre de l'Elysée, fait passer les intérêts de Bernard Tapie avant ceux de l'Etat, alors que l'ancien ministre socialiste avait appelé à voter pour Nicolas Sarkozy en 2007. Dans le style «circulez, il n'y a rien à voir !», la réaction indignée et décalée de Christine Lagarde témoigne d'une grande fébrilité du pouvoir face à cette nouvelle affaire Tapie. Comment cette ancienne brillante avocate d'affaires peut-elle envisager des «actions judiciaires» contre des parlementaires qui, dans leurs fonctions, jouissent d'une immunité pénale ?
Christine Lagarde a politiquement tort de brandir sa probité en étendard. Si elle n'a strictement rien à se reprocher, la ministre de l'Economie devrait à l'inverse encourager des investigations susceptibles d'éclaircir cette ténébreuse affaire de gros sous.