Sarkozy: «Tremblez en paix Français, le président vous protège!»

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart

 

 

Comment faire de la grande histoire une tambouille de campagne électorale? Nicolas Sarkozy s'y est essayé, ce dimanche 27 févier, lors d'une allocution officielle de sept minutes. Peu avant, ses conseillers cadraient le discours: «Il est important que le président de la République puisse donner les perspectives de la France dans un monde qui bouge énormément».

 

Pour la troisième fois depuis le début de l'année, après une conférence de presse consacrée en janvier à la présidence française du G20, puis un «dialogue» de deux heures trente avec un panel de Français sur TF1, au début du mois, le président a donc parlé. Il n'avait jusqu'alors pas eu un mot sur l'extraordinaire basculement du monde arabe dans des révolutions démocratiques et sociales. Tout juste avait-il concédé, en quelques secondes sur TF1, que Moubarak devrait partir.

 

Avec deux mois de retard, Nicolas Sarkozy paraît avoir pris la mesure de ce qu'il qualifie désormais de «changement historique». Entre temps, notre diplomatie est entrée en pleine crise, l'appareil du Quai d'Orsay est en révolte ouverte contre ce pouvoir, on manifeste à Tunis contre notre ambassadeur, on découvre les coulisses faites de complaisance et d'affairisme de nos relations avec les régimes dictatoriaux aujourd'hui renversés. Et dans l'urgence, l'Elysée doit replâtrer une équipe gouvernementale déconsidérée en se séparant de deux ministres clés: Michèle Alliot-Marie, dans l'incapacité -de fait- d'exercer plus avant ses fonctions; Brice Hortefeux, sous le coup de condamnations pour injures raciales et atteinte à la présomption d'innocence.

Le désastre politiqe provoqué par cette combinaison d'aveuglement et d'incompétence a finalement été suffisamment pris au sérieux pour que Nicolas Sarkozy fasse aujourd'hui ce qu'il excluait il y a quelques jours encore, lorsqu'il reconnaissait certes des «maladresses», convenait que partir «en vacances en Tunisie n'était pas la meilleure des idées» mais excluait des fautes. C'est d'ailleurs pour cela qu'il devait énoncer quelques règles nouvelles lors d'un conseil des ministres début février. Ainsi devait se clôre ce débat. On connaît la suite.

On retiendra donc de cette courte allocution le salut bien tardif à ces«peuples qui prennent leur destin en mains», à ce mouvement «qui porte en lui une formidable espérance». On notera que la France veut enfin«accompagner, aider, soutenir ces peuples qui ont choisi d'être libres». Et on notera cette phrase: «Nous ne devons pas en avoir peur».

Mais tout bascule ensuite, comme si ce propos liminaire n'était que de paroles verbales. Car la peur est bien là, agitée par un président désarçonné par une Histoire qui le bouscule. Peur de cet «immense bouleversement», peur de l'incertitude qui accompagne toujours les grands moments de l'histoire. Nicolas Sarkozy l'a aussitôt souligné: «Le sort de ces mouvements est encore incertain». Ils peuvent déboucher sur des «violences, des dictatures pires encore». Et alors, nous aurions à subir «les conséquences de ces tragédies sur des flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme».

Tremblez en paix, Français, le président vous protège ! Nous voilà ainsi au cœur du message qui va désormais organiser le dispositif de la campagne présidentielle 2012. «Mon devoir de président est de protéger le présent des Français». D'où cette explication acrobatique d'un remaniement qui a donné lieu à trois jours de tractations: réorganiser les «ministères qui concernent notre diplomatie et notre sécurité».

 

Deux «super-héros» à la Marvel

Inutile donc de seulement citer les noms de Michèle Alliot-Marie ou de Brice Hortefeux. La brutalité «de ce début de XXIè siècle», assure notre président, est à notre porte, la «crise libyenne peut avoir des conséquences très lourdes sur le reste de la région».

Face aux hordes étrangères et aux sinistres craquements des équilibres géopolitiques, Nicolas Sarkozy a donc mis en avant deux Super-Héros à la manière Marvel. Voici Alain Juppé, son éternel rival sorti d'un long purgatoire. Ministre des affaires étrangères d'Edouard Balladur de 1993 à 1995, il a laissé au Quai d'Orsay un excellent souvenir et saura sans doute faire cesser la révolte d'un appareil diplomatique humilié.

Et voici surtout Claude Guéant, le vice-président de l'ombre, propulsé au ministère de l'intérieur. «Il en connaît tous les rouages, il en a occupé tous les postes», a pris soin de préciser Nicolas Sarkozy, et c'est exact. Claude Guéant n'a jamais cessé de garder un œil vigilant sur tous les étages de l'appareil policier (lire un article sur ses multiples passages Place Beauvau et son portrait ici).

«Les fonctions régaliennes de l'Etat se trouveront ainsi préparées à affronter les événements à venir dont nul ne peut prévoir les conséquences», a insisté Nicolas Sarkozy. C'est donc l'augmentation du danger, des risques et de l'incertitude qui justifierait ce remaniement et non les petitesses et erreurs de ministres égarés. Mettre un appareil gouvernemental comme en état de guerre. Contre qui? Potentiellement contre ces peuples qui se battent aujourd'hui pour leur liberté. C'est la leçon de la France sarkozyste. Et une leçon que l'Elysée va désormais décliner sur tous les tons avec, en écho, un Front national qui ne manquera pas d'attiser le feu.

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Publié dans Politique

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