Sarkozy, les Français en ont fait le tour
Nicolas Sarkozy s'effondre dans les sondages de popularité depuis quelques temps. Sa défaite paraît inévitable, selon Philippe Guibert, tant le rejet de sa politique serait fort. Et ses interventions télévisées ne convainquent plus.
Jusqu’à présent experts, éditorialistes, responsables politiques ont abordé la future présidentielle avec un présupposé jamais questionné : Nicolas Sarkozy sera un très bon candidat, capable de gagner, malgré son impopularité. Piètre président, Nicolas Sarkozy resterait ce diable qui, sorti de sa boite élyséenne, pourrait rebondir dans la campagne et magnétiser à nouveau les Français. Nous n’en croyons rien. L’insigne maladresse de sa « gestion » de la démission de MAM, voire de celle de Brice Hortefeux - à contretemps, sous pression de sa majorité et de l’opinion - en est une illustration de plus. Même quand Nicolas Sarkozy prend désormais des décisions évidentes, elles peuvent se lire comme un aveu de faiblesse ou d’erreurs passées.
Sa personnalité a tellement envahi l’imaginaire et l’espace médiatique de la politique française, et depuis 2002, qu’il paraît aussi indépassable qu’un horizon. Pourtant, ce que nous vivons depuis la fin de la réforme des retraites et qui ne fait que s’accentuer, c’est la disqualification dans l’opinion de Nicolas Sarkozy. Qui transforme tout rebond en soubresaut. Nicolas Sarkozy « n’a plus son destin entre ses mains » : son sort électoral dépend des autres acteurs, comme ces équipes au bord de l’élimination. Hormis faute lourde du PS et sauf à être ainsi opposé à Marine Le Pen au 2ème tour, sa défaite paraît inévitable. Parce qu’il est enfermé dans un système en forme de piège, qu’il a lui-même construit.
Ce ne sont pas les scores de 2ème tour des intentions de vote qui sont les plus probants pour l’établir : ces chiffres mirobolants sont pour l’instant virtuels, tout au plus constituent-ils un signe. Ce ne sont pas non plus à elles seules les intentions de 1er tour, bien qu’elles soient plus parlantes. Ce sont les chiffres des baromètres de popularité, lesquels, avec une régularité confondante, démontrent que le rejet de Nicolas Sarkozy dépasse de très loin le registre de l’impopularité pour atteindre à celui de l’allergie. L’épuisement de ses ressources politiques et médiatiques éclaire d’ailleurs tous ces chiffres combinés.
Sa personnalité a tellement envahi l’imaginaire et l’espace médiatique de la politique française, et depuis 2002, qu’il paraît aussi indépassable qu’un horizon. Pourtant, ce que nous vivons depuis la fin de la réforme des retraites et qui ne fait que s’accentuer, c’est la disqualification dans l’opinion de Nicolas Sarkozy. Qui transforme tout rebond en soubresaut. Nicolas Sarkozy « n’a plus son destin entre ses mains » : son sort électoral dépend des autres acteurs, comme ces équipes au bord de l’élimination. Hormis faute lourde du PS et sauf à être ainsi opposé à Marine Le Pen au 2ème tour, sa défaite paraît inévitable. Parce qu’il est enfermé dans un système en forme de piège, qu’il a lui-même construit.
Ce ne sont pas les scores de 2ème tour des intentions de vote qui sont les plus probants pour l’établir : ces chiffres mirobolants sont pour l’instant virtuels, tout au plus constituent-ils un signe. Ce ne sont pas non plus à elles seules les intentions de 1er tour, bien qu’elles soient plus parlantes. Ce sont les chiffres des baromètres de popularité, lesquels, avec une régularité confondante, démontrent que le rejet de Nicolas Sarkozy dépasse de très loin le registre de l’impopularité pour atteindre à celui de l’allergie. L’épuisement de ses ressources politiques et médiatiques éclaire d’ailleurs tous ces chiffres combinés.
DE L’IMPOPULARITE A L’ALLERGIE
Grâce son baromètre plus que trentenaire, la comparaison dans le temps des chiffres de la SOFRES [1] offre des enseignements éclairants. Avec tout d’abord 2/3 d’insatisfaits, depuis 6 mois, Nicolas Sarkozy est bien le président le plus impopulaire dans un premier mandat, au bout de bientôt 4 ans. Impopularité record, sans l’échappatoire de la cohabitation, à la différence de ses prédécesseurs.
Mais il y a plus significatif encore. Nicolas Sarkozy n’est pas simplement le plus impopulaire des présidents en premier mandat, c’est aussi un des deux dont le rejet est le plus intense, tous mandats présidentiels confondus. Comment mesurer l’intensité de ce rejet ? En comparant dans le temps ceux qui sont très défiants à l’égard du président. Dans une question de popularité, les sondés peuvent se dire « assez confiant » ou assez défiant », mais aussi « très confiant » ou « très défiant ». Ces derniers vont plus loin, en marquant par leur réponse la force de leur opinion. Or sur ce critère là, Nicolas Sarkozy atteint des sommets historiques : 43%, telle est la part en février de très défiants dans l’électorat, elle était même de 47% à la fin de l’automne. Bien plus que VGE dans les deux dernières années de son unique mandat (28% au maximum), plus que Mitterrand durant son premier mandat (31% au maximum), plus aussi que Jacques Chirac dans ses deux premières années de présidence, où il atteignit 36% quelques temps avant la dissolution... Mais surtout plus que Mitterrand 2 (38% à la veille de la défaite aux législatives de 1993) et presque autant que Chirac 2 (50% après le retrait du CPE). Disons-le autrement : Nicolas Sarkozy est aujourd’hui autant sinon plus rejeté que nos derniers présidents en bout de course, aux pires moments de leur second mandat. Les pires moments ? Au printemps 2006, nous en sommes au retrait du CPE après que Jacques Chirac eut dans les 10 mois précédents perdu un référendum et subi, quasi silencieux, des émeutes de banlieues. Début 1993, sous F. Mitterrand, la France est en récession et le pouvoir a affronté les premières affaires politico-financières (Urba), celle du sang contaminé et une polémique redoutable qui touche Pierre Bérégovoy. Le rejet actuel de Nicolas Sarkozy s’apparente donc au deux plus grandes défiances politiques vécues ces 35 dernières années… Ajoutons à cela que 2/3 des Français (Ipsos) ne souhaitent pas que N. Sarkozy se représente !
Oui, mais direz vous, une présidentielle, c’est un choix relatif par rapport à d’autres candidats. Certes. On peine pourtant à trouver aujourd’hui dans le personnel présidentiable disponible des candidats aussi rejetées que lui. Seules Marine Le Pen et Ségolène Royal suscitent plus de 60% d’opinions défavorables [2]. Les intentions de vote de 1er tour viennent ici compléter le tableau. Jusqu’à présent, son socle de 1er tour s’effritait, mais restait au dessus de 25%. Dans les dernières intentions de vote publiées (SOFRES, CSA, IFOP), il passe sous la barre des 25%, pour se rapprocher dangereusement du standard chiraquien de jadis, 20%… Et au profit principal de Marine Le Pen qui obtient de 17 à 19%, et parfois même jusqu’à 20%.
Mais il y a plus significatif encore. Nicolas Sarkozy n’est pas simplement le plus impopulaire des présidents en premier mandat, c’est aussi un des deux dont le rejet est le plus intense, tous mandats présidentiels confondus. Comment mesurer l’intensité de ce rejet ? En comparant dans le temps ceux qui sont très défiants à l’égard du président. Dans une question de popularité, les sondés peuvent se dire « assez confiant » ou assez défiant », mais aussi « très confiant » ou « très défiant ». Ces derniers vont plus loin, en marquant par leur réponse la force de leur opinion. Or sur ce critère là, Nicolas Sarkozy atteint des sommets historiques : 43%, telle est la part en février de très défiants dans l’électorat, elle était même de 47% à la fin de l’automne. Bien plus que VGE dans les deux dernières années de son unique mandat (28% au maximum), plus que Mitterrand durant son premier mandat (31% au maximum), plus aussi que Jacques Chirac dans ses deux premières années de présidence, où il atteignit 36% quelques temps avant la dissolution... Mais surtout plus que Mitterrand 2 (38% à la veille de la défaite aux législatives de 1993) et presque autant que Chirac 2 (50% après le retrait du CPE). Disons-le autrement : Nicolas Sarkozy est aujourd’hui autant sinon plus rejeté que nos derniers présidents en bout de course, aux pires moments de leur second mandat. Les pires moments ? Au printemps 2006, nous en sommes au retrait du CPE après que Jacques Chirac eut dans les 10 mois précédents perdu un référendum et subi, quasi silencieux, des émeutes de banlieues. Début 1993, sous F. Mitterrand, la France est en récession et le pouvoir a affronté les premières affaires politico-financières (Urba), celle du sang contaminé et une polémique redoutable qui touche Pierre Bérégovoy. Le rejet actuel de Nicolas Sarkozy s’apparente donc au deux plus grandes défiances politiques vécues ces 35 dernières années… Ajoutons à cela que 2/3 des Français (Ipsos) ne souhaitent pas que N. Sarkozy se représente !
Oui, mais direz vous, une présidentielle, c’est un choix relatif par rapport à d’autres candidats. Certes. On peine pourtant à trouver aujourd’hui dans le personnel présidentiable disponible des candidats aussi rejetées que lui. Seules Marine Le Pen et Ségolène Royal suscitent plus de 60% d’opinions défavorables [2]. Les intentions de vote de 1er tour viennent ici compléter le tableau. Jusqu’à présent, son socle de 1er tour s’effritait, mais restait au dessus de 25%. Dans les dernières intentions de vote publiées (SOFRES, CSA, IFOP), il passe sous la barre des 25%, pour se rapprocher dangereusement du standard chiraquien de jadis, 20%… Et au profit principal de Marine Le Pen qui obtient de 17 à 19%, et parfois même jusqu’à 20%.
LA RÉDUCTION DE SES RESSOURCES ET OPPORTUNITÉS
De fait, ses ressources politiques et médiatiques, avant-hier irrésistibles, s’épuisent à vue d’œil. Sa formidable maîtrise médiatique, de l’agenda comme de la parole télévisuelle, est très affaiblie : le 10 février sur TF1, dans une émission conçue pour reconquérir son électorat, il ne convainc qu’à moitié cet électorat et exaspère tous les autres [3]. A tel point qu’une nouvelle intervention, décidée en urgence, est nécessaire 15 jours plus tard. Quant à sa force politique, elle reposait sur un camp rassemblé et sous tutelle étroite. Or depuis le remaniement de novembre, la stratégie politique de l’UMP n’est plus seulement décidée par le chef, lequel ne l’est plus tout à fait. On le vérifie avec ce nouveau « remaniement ». A droite, c’est dangereux de ne plus être tout à fait le chef…
Mais il reste un an, direz-vous encore ! Enfin un peu moins de fait, pour rebondir, reprendre la main, essayer … Et sur quels événements, ou quels résultats positifs, avec quelles initiatives ? Nicolas Sarkozy était l’homme des crises, capable de se saisir des événements qui survenaient. C’est le contraire qui se révèle aujourd’hui : chaque événement - révolutions arabes bien sûr, mais même un fait divers aussi horrible que le meurtre de Laëtitia - le renvoie aux limites de sa méthode ou de sa politique. Les « résultats » qu’il pourrait obtenir sont bien incertains avec une croissance faible qui exclut un réel recul du chômage. Avec aussi une baisse probable du pouvoir d’achat, redoutable pour les Français mais aussi pour le pouvoir, qui va résulter de la hausse du prix des matières premières. Changer de Premier ministre, ou même dissoudre ? Trop tard. Quant à organiser un référendum, quel serait le sujet, sinon lui même ?
De Nicolas Sarkozy, les Français ont fait le tour, si l’on ose dire, et ce n’est pas un énième « j’ai changé » qui changera quoi que ce soit, au contraire. Il en est à ce point où son style et ses politiques, ses méthodes et ses résultats font système. Système, car le style et la méthode paraissent expliquer l’échec des politiques et l’absence des résultats.
La précampagne présidentielle va donc entrer dans une autre phase, celle où il ne s’agira plus seulement de chercher un candidat capable de se mesurer à un Nicolas Sarkozy réputé redoutable, mais où l’opinion va réfléchir à celui (ou celle) qui serait le meilleur président, en substitution de l’actuel, disqualifié par elle. Et où à droite, tant dans les palais officiels que chez les électeurs, toutes les tentations vont devenir possibles… De Marine Le Pen à des candidatures de « centre-droit ». Et même au delà pour certains électeurs, de l’abstention à des candidatures de centre-gauche.
Il faut en revenir au fondement de la disqualification sarkozienne. Aux causes maintes fois analysées (effondrement symbolique de la fonction, politiques d’annonce non suivies d’effets, injustices), ajoutons en deux autres essentielles qui travaillent l’électorat et suscitent des mouvements d’opinion de réaction.
La première cause est le mélange répété de l’intérêt public avec des intérêts économiques, privés ou familiaux. C’est là une rupture lourde de la relation démocratique élémentaire entre gouvernants et gouvernés. Quel fil conducteur entre l’affaire Jean Sarkozy, l’affaire Woerth, l’affaire MAM qui font écho à la nuit du Fouquet, voire au yacht de M. Bolloré ? Le soupçon répété d’un intérêt général faussé par des motifs personnels et/ou financiers. Mélange d’autant plus redoutable que les Français ont vécu une crise où l’« oligarchie financière » a laissé sa cupidité personnelle prendre le pas sur tout intérêt collective, même économique. L’analogie est trop forte pour ne pas faire système, surtout dans un pays comme la France.
Le second fait majeur, c’est l’impuissance du chef charismatique, « doté de pouvoirs exceptionnels », face à un monde de plus en plus interconnecté. L’expérience centrale des Français durant ce quinquennat, c’est l'incursion répétée de la globalisation dans leur quotidien. Hausse du prix des matières premières dès l’hiver 2007/2008, krach financier, crise des finances publiques européennes, dérèglements climatiques, affirmation de puissance des « émergents » et maintenant révolte des sociétés arabes avec à la clef une augmentation du prix du pétrole et peut être une immigration clandestine… Le seul moment où Nicolas Sarkozy a repris la main durant son quinquennat, ce fut lorsqu’il anticipa l’arrivée de la crise financière en France à l’automne 2008 et, par une coordination européenne, put apaiser la panique bancaire. Mais hors ce moment, sa parole omniprésente n’expliqua pas ce qui passait, n’a pas défini de stratégie et n’a rien réglé. L’hyper-volontarisme médiatique et la force de la promesse de 2007 produisent un effet de contraste saisissant - et destructeur, avec l’évidence d’un monde incertain qui lui échappe.
De ces deux faits majeurs, il résulte que De ces deux faits majeurs, résultent aussi les trois mouvements d’opinion marquants que l’on observe depuis l’automne, tous anti-sarkozystes : le rejet indigné de l’oligarchie politique et économique, que Jean-Luc Mélenchon n’est pas seul à incarner, la gauche radicale approchant au total des 15% ; le rejet violent de la globalisation avec le repli sur une France seule, islamophobe, dotée d’une monnaie et de frontières hermétiques, c’est bien sûr Marine Le Pen ; et enfin un mouvement plus en pointillé, qui n’est pas encore bien défini, et ne veut pas se contenter de colères et d’indignations, mêmes justifiées. Ce 3ème mouvement explique le désir de DSK et la remontée des profondeurs de François Hollande. Appelons-le de « centre gauche », non seulement parce qu’il est encore flou, mais aussi parce qu’il peut attirer des électeurs non socialistes, du centre et même du centre-droit.
C’est bien pourquoi la primaire socialiste est décisive. Non seulement parce que sa vocation est de désigner le candidat qui devrait - normalement - succéder à Nicolas Sarkozy, mais plus encore parce que cette primaire devrait permettre de préciser ce « centre-gauche ». Or, toute la difficulté est que cette primaire va se jouer entre des personnes très proches par le parcours et les idées passées : DSK, François Hollande et Martine Aubry sont ainsi les parfaits enfants de Jacques Delors et de Lionel Jospin. Avec le risque que la bataille ne se transforme en bataille d’images personnelles, fautes de débats réels. A un moment où il faudrait innover, parfois déroger à ce que fut la politique de la gauche au pouvoir, dans une situation non seulement difficile mais bouleversée, par rapport à ce qu’elle était à la fin des années 90. Sur l’Europe, sur la Nation et la république, sur l’autorité de l’Etat et sur notre système redistributif par exemple…
[1] Nous remercions Guenaelle Gault et son équipe de la SOFRES de nous avoir communiqué les données qui suivent, dont l’interprétation n’engage bien sûr que l’auteur.
[2] Les raisons de l’impopularité de Marine Le Pen et Ségolène Royal sont évidemment très différentes et notre propos n’est pas de les rapprocher en quoi que ce soit… hormis l’impopularité de niveau comparable qu’elles suscitent, 65% pour Marine Le Pen, 63% pour Ségolène Royal (baromètres Ipsos et IFOP).
[3] Voir le sondage Harris interactive réalisé pour Le Parisien après l’émission.
Mais il reste un an, direz-vous encore ! Enfin un peu moins de fait, pour rebondir, reprendre la main, essayer … Et sur quels événements, ou quels résultats positifs, avec quelles initiatives ? Nicolas Sarkozy était l’homme des crises, capable de se saisir des événements qui survenaient. C’est le contraire qui se révèle aujourd’hui : chaque événement - révolutions arabes bien sûr, mais même un fait divers aussi horrible que le meurtre de Laëtitia - le renvoie aux limites de sa méthode ou de sa politique. Les « résultats » qu’il pourrait obtenir sont bien incertains avec une croissance faible qui exclut un réel recul du chômage. Avec aussi une baisse probable du pouvoir d’achat, redoutable pour les Français mais aussi pour le pouvoir, qui va résulter de la hausse du prix des matières premières. Changer de Premier ministre, ou même dissoudre ? Trop tard. Quant à organiser un référendum, quel serait le sujet, sinon lui même ?
De Nicolas Sarkozy, les Français ont fait le tour, si l’on ose dire, et ce n’est pas un énième « j’ai changé » qui changera quoi que ce soit, au contraire. Il en est à ce point où son style et ses politiques, ses méthodes et ses résultats font système. Système, car le style et la méthode paraissent expliquer l’échec des politiques et l’absence des résultats.
La précampagne présidentielle va donc entrer dans une autre phase, celle où il ne s’agira plus seulement de chercher un candidat capable de se mesurer à un Nicolas Sarkozy réputé redoutable, mais où l’opinion va réfléchir à celui (ou celle) qui serait le meilleur président, en substitution de l’actuel, disqualifié par elle. Et où à droite, tant dans les palais officiels que chez les électeurs, toutes les tentations vont devenir possibles… De Marine Le Pen à des candidatures de « centre-droit ». Et même au delà pour certains électeurs, de l’abstention à des candidatures de centre-gauche.
Il faut en revenir au fondement de la disqualification sarkozienne. Aux causes maintes fois analysées (effondrement symbolique de la fonction, politiques d’annonce non suivies d’effets, injustices), ajoutons en deux autres essentielles qui travaillent l’électorat et suscitent des mouvements d’opinion de réaction.
La première cause est le mélange répété de l’intérêt public avec des intérêts économiques, privés ou familiaux. C’est là une rupture lourde de la relation démocratique élémentaire entre gouvernants et gouvernés. Quel fil conducteur entre l’affaire Jean Sarkozy, l’affaire Woerth, l’affaire MAM qui font écho à la nuit du Fouquet, voire au yacht de M. Bolloré ? Le soupçon répété d’un intérêt général faussé par des motifs personnels et/ou financiers. Mélange d’autant plus redoutable que les Français ont vécu une crise où l’« oligarchie financière » a laissé sa cupidité personnelle prendre le pas sur tout intérêt collective, même économique. L’analogie est trop forte pour ne pas faire système, surtout dans un pays comme la France.
Le second fait majeur, c’est l’impuissance du chef charismatique, « doté de pouvoirs exceptionnels », face à un monde de plus en plus interconnecté. L’expérience centrale des Français durant ce quinquennat, c’est l'incursion répétée de la globalisation dans leur quotidien. Hausse du prix des matières premières dès l’hiver 2007/2008, krach financier, crise des finances publiques européennes, dérèglements climatiques, affirmation de puissance des « émergents » et maintenant révolte des sociétés arabes avec à la clef une augmentation du prix du pétrole et peut être une immigration clandestine… Le seul moment où Nicolas Sarkozy a repris la main durant son quinquennat, ce fut lorsqu’il anticipa l’arrivée de la crise financière en France à l’automne 2008 et, par une coordination européenne, put apaiser la panique bancaire. Mais hors ce moment, sa parole omniprésente n’expliqua pas ce qui passait, n’a pas défini de stratégie et n’a rien réglé. L’hyper-volontarisme médiatique et la force de la promesse de 2007 produisent un effet de contraste saisissant - et destructeur, avec l’évidence d’un monde incertain qui lui échappe.
De ces deux faits majeurs, il résulte que De ces deux faits majeurs, résultent aussi les trois mouvements d’opinion marquants que l’on observe depuis l’automne, tous anti-sarkozystes : le rejet indigné de l’oligarchie politique et économique, que Jean-Luc Mélenchon n’est pas seul à incarner, la gauche radicale approchant au total des 15% ; le rejet violent de la globalisation avec le repli sur une France seule, islamophobe, dotée d’une monnaie et de frontières hermétiques, c’est bien sûr Marine Le Pen ; et enfin un mouvement plus en pointillé, qui n’est pas encore bien défini, et ne veut pas se contenter de colères et d’indignations, mêmes justifiées. Ce 3ème mouvement explique le désir de DSK et la remontée des profondeurs de François Hollande. Appelons-le de « centre gauche », non seulement parce qu’il est encore flou, mais aussi parce qu’il peut attirer des électeurs non socialistes, du centre et même du centre-droit.
C’est bien pourquoi la primaire socialiste est décisive. Non seulement parce que sa vocation est de désigner le candidat qui devrait - normalement - succéder à Nicolas Sarkozy, mais plus encore parce que cette primaire devrait permettre de préciser ce « centre-gauche ». Or, toute la difficulté est que cette primaire va se jouer entre des personnes très proches par le parcours et les idées passées : DSK, François Hollande et Martine Aubry sont ainsi les parfaits enfants de Jacques Delors et de Lionel Jospin. Avec le risque que la bataille ne se transforme en bataille d’images personnelles, fautes de débats réels. A un moment où il faudrait innover, parfois déroger à ce que fut la politique de la gauche au pouvoir, dans une situation non seulement difficile mais bouleversée, par rapport à ce qu’elle était à la fin des années 90. Sur l’Europe, sur la Nation et la république, sur l’autorité de l’Etat et sur notre système redistributif par exemple…
[1] Nous remercions Guenaelle Gault et son équipe de la SOFRES de nous avoir communiqué les données qui suivent, dont l’interprétation n’engage bien sûr que l’auteur.
[2] Les raisons de l’impopularité de Marine Le Pen et Ségolène Royal sont évidemment très différentes et notre propos n’est pas de les rapprocher en quoi que ce soit… hormis l’impopularité de niveau comparable qu’elles suscitent, 65% pour Marine Le Pen, 63% pour Ségolène Royal (baromètres Ipsos et IFOP).
[3] Voir le sondage Harris interactive réalisé pour Le Parisien après l’émission.
Philippe Guibert
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