Sarkozy fait des moulinets, la crise européenne s'aggrave

Publié le par DA Estérel 83

01-Mediapart

 

 

Le grand numéro de Nicolas Sarkozy sur la taxe Tobin se poursuit. Vendredi 6 janvier, le président prévient que «la France n'attendra pas que tous les autres soient d'accord» pour l'appliquer, son conseiller Henri Guaino allant même jusqu'à évoquer une décision «avant fin janvier».

 

 

Trois jours plus tard, lors d'une conférence de presse aux côtés d'Angela Merkel à Berlin, le futur candidat à la présidentielle a précisé: «L'idée de la France, c'est d'appliquer le projet de la directive» de la Commission européenne. Ce texte, lancé en septembre dernier, n'a aucune chance de se concrétiser avant 2014! Mais Paris voudrait le mettre en place au plus vite, pour engager «un mouvement dans la zone euro». La chancelière, elle aussi favorable au principe de la taxe, a toutefois nettement pris ses distances avec la soudaine accélération du calendrier français, rappelant que le sujet divise, au sein même de sa coalition et qu'elle attendrait une initiative coordonnée au niveau européen... 

Mais ce débat hyper-médiatisé sur une improbable taxe Tobin franco-française détourne l'attention. Sur le fond, la crise de l'euro est toujours aussi vive. Les décisions prises lors des Conseils européens à répétition, sur l'impulsion du couple «Merkozy», n'ont rien donné. Et la crise continue de muter. Retour sur les principales inquiétudes des mois à venir, toile de fond explosive de la campagne présidentielle française.

1 - La récession en vue
L'austérité finit par «porter ses fruits»: la zone euro devrait frôler la récession en 2012. Un scénario qualifié d'«inévitable» par Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne, en décembre. La Grèce, le Portugal, l'Italie et les Pays-Bas y sont déjà. La France, dont le PIB est attendu en repli pour le dernier trimestre de 2011, pourrait donc rejoindre le club dès ce début d'année (il faut deux trimestres consécutifs de baisse pour qu'un pays entre officiellement en récession).

 

François Fillon et Mario Monti, le 6 janvier à Paris.François Fillon et Mario Monti, le 6 janvier à Paris.© Reuters.

Les plus optimistes anticipent une «croissance quasi nulle» sur l'ensemble de l'année. Pour autant, les dirigeants européens ne changent pas de cap: rigueur toute. En Espagne, après avoir promis, pendant sa campagne, qu'il ne toucherait pas aux impôts, Mariano Rajoy, le nouveau chef de gouvernement, a annoncé en fin d'annéede spectaculaires hausses d'impôts. En Italie, Marion Monti a fait adopter, le 22 décembre, un plan d'économies de 33 milliards d'euros d'ici fin 2013. Quant à la Belgique, qui vient enfin de se doter d'un gouvernement en bonne et due forme, la Commission européenne lui a déjà demandé de revoir sa copie budgétaire pour 2012, jugeant que son programme de dix milliards d'économies n'était pas assez crédible.

 

En l'absence de croissance, les recettes fiscales des Etats européens vont encore diminuer. Et les dettes gonfler un peu plus. Un cercle vicieux se met en place. Pour ne pas perdre la face, Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, veut faire de la croissance l'un des principaux dossiers du Conseil du 30.

2 - Le FESF condamné d'avance
Le Fonds européen de stabilité financière ne convainc toujours pas. Ce «filet de protection», censé voler au secours des Etats en difficulté, en leur octroyant des méga-prêts, n'a pas trouvé son rythme de croisière. Problème: après la Grèce, l'Irlande et le Portugal, ce sont l'Espagne et surtout l'Italie, qui pourraient y avoir recours. Soit les troisième et quatrième économies de la zone euro. En l'état, et malgré les annonces tonitruantes du couple franco-allemand depuis octobre, le FESF n'a pas les reins assez solides pour leur venir en aide.

«Ce fonds ne parviendra jamais à atteindre les ordres de grandeur dont on a besoin», prévient Charles Wyplosz. Ceprofesseur d'économie à Genève a sorti la calculatrice: l'ensemble des dettes européennes culmine, d'après lui, à 9.000 milliards d'euros. Et les seuls cinq pays dans l'œil du cyclone, eux, comptabilisent déjà 3.500 milliards de dette. Face à cela, le FESF propose, grâce à un mécanisme complexe de rehaussement de crédit (déjà décrit ici), de garantir jusqu'à 440 milliards d'euros... «Totalement inutile», conclut Wyplosz, pour qui «il faut arrêter de penser que les pays classés triple A de la zone euro, et l'Allemagne en particulier, ont les moyens de sauver la zone euro».

Si l'on s'en tient à ces calculs, le Fonds monétaire international (FMI), qui pourrait venir à la rescousse de l'Italie dans les mois à venir, n'a pas non plus assez de coffre, estimé, toujours selon Charles Wyplosz, à 400 milliards de dollars de prêts. «Angela Merkel et Nicolas Sarkozy font preuve d'une totale incompréhension de la crise financière en cours», poursuit l'économiste, qui ne voit le salut de la zone euro que dans une intervention de la Banque centrale européenne (BCE), la seule qui puisse atteindre ces ordres de grandeur faramineux.

Lors de leur conférence de presse lundi, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont dit réfléchir aux moyens d'«accélérer le versement du capital» du futur “Mécanisme européen de stabilité”, cette nouvelle structure qui doit remplacer le FESF en juillet prochain – confirmant en creux les craintes entourant l'actuel FESF. 

3 - Un «mini-traité» à côté de la plaque
Jusqu'à mars, ce sera la grande affaire de l'agenda bruxellois: boucler l'écriture de ce texte, qui doit renforcer, encore un peu plus, la discipline budgétaire («fiscal compact», dans le jargon). Puisque les Britanniques n'en ont pas voulu, la négociation se déroule en dehors du cadre communautaire. La Commission est hors jeu. Le Parlement à peine associé. Du coup, les capitales sont à la manœuvre, pour un jeu de hors pistes dont Bruxelles a le secret.

La première mouture, mise au point par les juristes du Conseil en décembre, a déjà été sensiblement retravaillée. Des désaccords, par exemple entre Paris et Berlin, compliquent l'écriture du texte. Problème: ce futur traité ne règle absolument rien des difficultés à court terme de la zone euro, confrontée au risque de son éclatement.

Au mieux permettra-t-il d'éviter qu'une nouvelle crise de la dette n'éclate, si l'Europe, d'ici là, survit. Ce texte prévoit en effet de renforcer la batterie de sanctions à l'encontre d'Etats qui ne respecteraient pas les critères budgétaires fixés par le traité de Maastricht – et c'est à peu près tout.

4 - La Grèce toujours plus proche de la case défaut 
Après un mois de novembre tumultueux à Athènes, et la mise en place d'un gouvernement d'«experts», la Grèce refait parler d'elle en ce début d'année, et pourrait à nouveau mettre toute la zone euro sens dessus dessous. En cause: les négociations pour un «défaut partiel» du pays patinent. Les créanciers privés avaient concédé une décote de 50% de leurs avoirs en octobre dernier, de manière à alléger le poids de la dette grecque. Baudouin Prot, le président de BNP Paribas, qui mène les négociations pour le privé,avait estimé, en fin de semaine dernière, qu'un accord était «proche».

Sauf que la situation du pays, épicentre de la crise de l'euro, se détériore chaque mois un peu plus: plus de récession, plus d'endettement. Du coup, les dirigeants européens, Angela Merkel en tête, veulent faire participer davantage les créanciers. A présent, le scénario circule d'une décote allant jusqu'à 70% de la valeur de leurs avoirs. Les créanciers refusent, certains préférant miser sur un défaut pur et simple de la Grèce, dans lequel, estiment-ils, ils auraient moins à perdre (voir ici une liste des détenteurs privés et non grecs de la dette grecque). 

Un accord doit être trouvé avant la mi-janvier, alors que la «troïka» (FMI, BCE, Commission) revient à Athènes le 16 janvier. L'opération est d'autant plus complexe, qu'elle effraie le marché des dettes souveraines en Europe, qui redoute des décotes sur d'autres dettes (Italie ou Portugal), si l'on en croit cet article du Financial Times.

En fin de semaine dernière, l'hebdomadaire allemand Der Spiegelrendait compte d'une note interne du FMI, dans laquelle l'institution de Washington explique ne plus croire au «sauvetage» de la Grèce tel qu'il a été imaginé l'an dernier. Le FMI considère désormais trois options: soit Athènes s'engage à faire encore plus, en matière d'austérité, soit les créanciers privés consentent à participer davantage, soit les Etats européens acceptent de gonfler leur aide à Athènes.

5 - Les banques en manque de «fonds propres»
Récession, défaut partiel en Grèce, etc. : autant de mauvaises nouvelles pour les établissements financiers en Europe, qui se sont engagés à se «recapitaliser» d'ici juin prochain. Les banques vont devoir renforcer leurs «fonds propres», c'est-à-dire leur matelas en cas de coup dur. L'entreprise s'annonce périlleuse, et les tensions sur certains pays, par exemple en Espagne, pourraient encore compliquer la crise de la zone euro cette année.

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Publié dans SARKOZY

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