Sarkozy en Afghanistan : la queue du suiviste
JONAS EKHR
Le 2 décembre 2009, Nicolas Sarkozy ajoutait au répertoire des grandes phrases historiques cette lumineuse réflexion : « La stabilité de l’Afghanistan comme celle du Pakistan sont essentielles pour la paix du monde et pour notre propre sécurité. La France ne laissera pas le champ libre au terrorisme et à la violence barbare des fanatiques. »
Phrase qui faisait écho à une autre formule martiale prononcée quelques jours plus tôt, le 30 novembre, par le chef de nos armées : « En Afghanistan, nous luttons avec les Afghans pour empêcher le retour des talibans et obtenir la stabilisation du pays. C'est la paix du monde et notre propre sécurité qui sont en jeu. » Et à celle, plus virile encore, du 22 septembre 2008 : « Je le dis avec force : en abandonnant le peuple afghan à ses malheurs et à ses bourreaux, en abandonnant nos alliés démocrates dans l'exercice de nos responsabilités internationales que nous confèrent notre statut de membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies, nous renoncerions d'une certaine façon à assurer la sécurité des Français et nous renoncerions au statut de grande puissance avec nos droits et nos devoirs pour la paix du monde. »
Il faut croire que la situation en Afghanistan ne menace plus aujourd’hui la sécurité des Français ni la paix du monde, que le terrorisme et la violence barbare des fanatiques n’y ont plus le champ libre, que le peuple afghan n’est plus abandonné à ses malheurs et à ses bourreaux, que le retour des talibans est définitivement empêché et la stabilisation du pays obtenue.
On ne peut, bien sûr, que se féliciter de ce succès éclatant dusuivisme de celui qu’on est désormais tenté d’appeler le maréchal Déteint.
Ironie de l’histoire, c’est dans un ouvrage contenant divers écrits de Lénine, Pages choisies. Deux tactiques, traduit par Pierre Pascal et publié en 1927, qu’apparaît pour la première fois en français le néologisme « suivisme », construit d’après le russekhvostism, du mot khvost, « queue », que l’on trouve dans le célèbre Que faire ?, et que la traduction anglaise (What is to be done ?) a repris littéralement en inventant le néologisme tailism, du mot tail.
Le chef de l’Etat français fait ainsi la démonstration que le suivisme n’est, en réalité, qu’une variante méconnue du jusqu’au-boutisme. Et que sa politique, si elle n’a pas de tête, a, au moins, une queue.