Sarkozy, Alliot-Marie ou l'avilissement de l'image de la France
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Les voyages de Michèle Alliot-Marie et de François Fillon, aux frais des régimes dictatoriaux et de leurs courtisans, ne sont que la cerise sur le gâteau d'une politique française à la dérive. La dernière avanie d'une longue liste dont, c'est entendu, la droite n'a pas l'apanage. Mais quand on se retrouve dans la rue, aux côtés des Tunisiens et des Égyptiens qui paient de leur personne et parfois de leur vie pour abattre des régimes haïssables, aux antipodes de ce que professent les valeurs de la république française, on ne peut qu'être pris d'un sentiment de dégoût vis-à-vis de l'attitude du gouvernement français actuel.
Le 14 janvier, jour de la fuite de Ben Ali, la première remarque a surgi de manière impromptue mais avec politesse, alors que j'essayais d'échapper aux gaz lacrymogènes dans une ruelle de Tunis, aux côtés de dizaines de jeunes protestataires en larmes. «Pourquoi Michèle Alliot-Marie a-t-elle proposé l'aide des policiers français à la Tunisie ? Pourquoi Fillon l'a-t-il défendue ?»
Ce n'était pas vraiment une question, et c'était tant mieux, car je n'avais pas vraiment de réponse. Si MAM a pris les Français pour des idiots en tentant de se justifier à coups de déclarations toutes plus imbéciles les unes que les autres, les Tunisiens, eux, ont eu le sentiment d'être pris pour des lapins le jour de l'ouverture de la chasse.
Ensuite, il ne s'est pas passé un jour sans qu'un Tunisien m'interroge sur les déclarations ou l'attitude de tel ou tel membre de l'exécutif français (généralement MAM, mais aussi Fillon ou fréquemment Nicolas Sarkozy). Ces questions reflétaient l'incrédulité de mes interlocuteurs.
Que des dirigeants politiques français soutiennent depuis des décennies une dictature, la défendent publiquement dans les médias, et viennent y passer leurs vacances, ils l'admettaient encore. Mais il leur a semblé proprement incompréhensible qu'une fois la révolte populaire en marche, le gouvernement français puisse se ranger du côté du tyran plutôt que de celui du peuple.
Vraie ou fausse, certainement idéalisée, l'image de la France à l'étranger est celle de Lafayette allant prêter main forte aux insurgés des colonies américaines, de la prise de la Bastille, de la Marianne de Delacroix sur les barricades, ou de De Gaulle à Londres. Même pour des sociétés qui ont ployé l'échine sous le joug colonial français et qui ont enduré des années de silence complice face aux exactions dont elles étaient victimes, cela fait toujours profondément mal de voir celui que l'on espérait voir jouer un rôle libérateur préférer celui du maton.
En Egypte, les interrogations des manifestants étaient moins spécifiquement dirigées à l'attention de la classe politique française, qui compte peu par rapport à l'influence américaine ou britannique, mais plutôt à la France en tant qu'entité historique et puissance géopolitique. D'ailleurs, contrairement à la Tunisie, il s'agissait moins de questions que de supplications. À chaque fois que j'ai mis les pieds sur la place Tahrir du Caire, j'ai été interpellé :«Pourquoi la France ne nous soutient pas ? Il faut à tout prix nous aider. Sans votre appui (celui des démocraties occidentales), nous n'y arriverons pas.»
Ce sentiment d'être abandonnés par des nations riches, jouissant de droits et de libertés qui leur sont (pour l'heure) inaccessibles, leur semblait d'une injustice profonde. À plusieurs reprises, on m'a parlé de la Révolution française, et parfois de Napoléon, comme si un pays riche de ces symboles ne pouvait décemment pas tourner le dos à une société désireuse d'abattre ses tyrans.
L'unique, et bien piètre, réponse que j'ai trouvé à donner aux Tunisiens et aux Égyptiens qui me prenaient ainsi à partie fut de leur dire que si le gouvernement et le président français ne se rangeaient pas à leur côté, les citoyens français, eux, les soutenaient massivement. Cet argument de la divergence entre un peuple et ses dirigeants ne leur est que trop familier.
Au-delà de la cécité complète de la diplomatie française sur les révoltes