Sarkozy à Bayonne : fiasco et stratégie de la tension
Dante
C’est un grand classique des campagnes que l’on sait perdues : tendre les ressorts au point qu’il se casse. C’est exactement le choix fait par Nicolas Sarkozy pour ces dernières semaines de campagne. Illustration par la preuve : le fiasco de Bayonne aujourd’hui.
Un candidat, président sortant, accueilli sous les huées et les jets d’œufs dans les rues de la ville.
On sourit quand on pense aux moyens de sécurité et de préparation dont dispose Nicolas Sarkozy pour anticiper ce type d’incidents. Apparemment, les filets de sécurité n’ont pas fonctionné, la rue n’a pas été nettoyée aussi proprement que lors de ses récentes déambulations dans le 15ème à Paris ou dans les rues d’Annecy.
Sarkozy réfugié dans un bar, alors que iTélé et BFM jugent utile d’interrompre leur direct quelques instants. On croit rêver. Sarkozy planqué, voilà qui fera plaisir à Jean-Francois Copé, accusant Francois Hollande de l’être. Tel est pris qui croyait prendre.
Sarkozy détesté : voilà ce que montreront les 20h ce soir et malgré tout le talent de mises en scènes des équipes de l’UMP, rien n’y fera. C’est un fiasco, comme celui de Lionel Jospin à Bir Zeit ou de Jacques Chirac à Mantes-La-Jolie en 2002, lorsqu’un ado lui crache dessus.
Grosse défaillance dans la com’ qui cette fois, n’a pas pu empêcher que les murs en carton du village Potemkine fondent sous les cris des manifestants.
Mais un fiasco ne signifie pas une défaite, en tout cas, pas encore. Car il reste beaucoup de temps jusqu’au 22 Avril et il est clair que Nicolas Sarkozy et son équipe ont choisi la tactique des despérados : tendre la situation, l’envenimer.
C’est d’abord le candidat UMP qui sort, cerné par les CRS et accuse les « voyous basques et les militants socialistes de s’etre joints à eux ». Pire, voilà le président-candidat qui dérape gravement en accusant « Hollande a annoncé l’épuration, forcément ça échauffe les esprits » !
C’est ensuite sa porte parole, NKM, qui enfonce le clou et accuse le « PS d’avoir organisé la manifestation » … Rien que ça.
Faut-il être idiot pour imaginer qu’un parti dont le candidat est en tête de tous les sondages, s’amuserait à donner ce type de consigne. Le problème, c’est que des esprits moins avertis peuvent le croire et nourrir la victimisation qui est une arme encore peu utilisée par le candidat UMP.
Le problème c’est que ce type de déclaration dégrade le climat, deja très tendu entre les deux favoris, et aussi dégradé sur le terrain entre les militants des deux camps.
Le problème, c’est enfin ce qu’on peut lire derrière ces déclarations : une volonté de tout grenader, d’allumer tous les incendies partout où ce sera possible.
C’est l’axe de campagne choisi et l’UMP fera feu de tout bois, et avec le plus de virulence possible.
Il suffit de lire le off du figaro aujourd’hui pour s’en rendre compte, tout n’est que langage de guerre, du carpet bombing à la chevauchée des Walkyrie. Une campagne wagnérienne, voilà qui rappellera quelques souvenirs intenables. Et d’ailleurs, sa musique de campagne indique tout de l’etat d’esprit général, quelque part entre Ben Hur et Carmina Burana.
Tout cela resterait de l’ordre du grostesque car après tout, il n’est pas désagréable de voir notre président se faire siffler dans une rue si ce n’était les mécaniques qui se mettent en place dans ce type de campagne.
Une bipolarisation ennuyeuse, puis agressive qui peut même devenir violente.
Une lassitude des électeurs qui se reportent sur les extrêmes ou l’abstention.
Pas de quoi en tout cas régénérer notre démocratie bien malade.
Halte au feu.
