Sanctions modérées pour l'agression cet été sur la plage de Fréjus
Les oreilles d'Élie Brun ont dû siffler hier après-midi, aux échos des débats devant le tribunal correctionnel de Draguignan, où l'on a beaucoup parlé de lui. Le maire de Fréjus était pourtant absent de l'audience. Ce que l'on a regretté, tant sur le banc des parties civiles que de la défense. Mais après tout, il n'était pas poursuivi dans l'affaire que l'on évoquait, même si les victimes avaient la possibilité de le faire citer directement.
Cela étant, le comportement du premier magistrat de Fréjus, le 15 juillet dernier, sur le parking jouxtant la plage concédée " L'Alba " à Port-Fréjus, a été fustigé par tous les intervenants, y compris le procureur.
En limite de plage privée
Ce jour-là, la famille d'un médecin béarnais, qui avait ses habitudes de vacances à Fréjus, avait eu un différend avec le plagiste de la toute nouvelle concession de plage installée à proximité de la base nature. Motif, le fait que ces cinq vacanciers aient déployé leurs serviettes devant la plage privée, mais sur l'emprise du domaine public maritime, gênait la vue sur mer des clients de la plage.
Après vingt minutes d'invectives, la famille Nautin avait décidé de plier bagages. C'est au moment où ils arrivaient sur le parking, pour monter en voiture, que les vacanciers ont été agressés. La scène a été filmée en direct par une équipe de nos confrères de TMC, qui faisait un reportage sur les activités estivales de la police. Le tribunal a complété son information, en visionnant les images tirées de l'appareil photo de Mme Nautin et du téléphone portable de son fils.
Images édifiantes
À cet égard, ces images étaient sans ambiguïté. On y voyait le gérant de la plage arracher de force l'appareil photo avec lequel la mère de famille filmait la scène, en lui tordant le bras, avant de le projeter violemment au sol.
Il voulait en extraire la carte mémoire, mais s'est trompé et n'a emporté que la batterie. Quant au plagiste, il a frappé le fils de la famille derrière une oreille. Au milieu de cette altercation, venant au contact des victimes, on voyait Élie Brun se mêler à la bousculade, enjoignant aux vacanciers de « dégager », parce qu'il était « le maire », et qu'ici on était « chez lui », avant de réclamer aux policiers municipaux et nationaux que l'on place toute la famille en garde à vue.
Les excuses du maire
Devant le tribunal, le plagiste et son employeur pouvaient difficilement nier les faits. Le premier a soutenu que s'il avait porté un coup, c'était pour défendre le maire. Quant au second, il a expliqué son agressivité par le stress lié à son travail. Aux intérêts de la famille, Me Axelle Duten (barreau de Bordeaux) a déploré l'absence du maire.
« Je ne comprends pas comment une simple lettre d'excuses aux parties civiles, plusieurs mois après les faits, peut lui permettre d'échapper aux poursuites du parquet. »
«Le parquet a jugé ses excuses suffisantes pour ne pas le poursuivre, les violences qui lui étaient imputées n'étant pas caractérisées », a répliqué le procureur, Catherine Doustaly. Elle n'en a pas moins jugé le comportement du maire « inqualifiable », soulignant que ce n'était « pas l'attitude que l'on attend d'un premier magistrat ». Quant au fond de l'affaire, le gérant était en infraction sur l'emprise de sa concession, comme l'a constaté quelques semaines plus tard un contrôle de la DDE. « La famille était dans son bon droit. »
Peines modestes
Me Géraldine Jeanne a vainement plaidé la relaxe au bénéfice de la légitime défense pour le plagiste. Il a été condamné à 300 e d'amende. Le tribunal a partiellement suivi les conclusions de Me Isabelle Colombani, pour requalifier les faits de vol avec violence reprochés au gérant, et le condamner à 1 500 e d'amende, sans inscription au casier judiciaire. Quatre mois après les faits, la fracture du doigt de Mme Nautin n'est toujours pas consolidée. Il lui a été alloué 1 500 e de provision sur son préjudice corporel, son fils recevant 1 000 e pour son préjudice moral.