Samedi 4 septembre: un «sursaut citoyen» contre la «xénophobie d'État»

Publié le par DA Estérel 83

Mediapart-copie-1  03 Septembre 2010 Par 

Ni la création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale, ni l'expulsion d'étrangers dans un pays en guerre (des Afghans), ni les propos de Brice Hortefeux condamné pour injure raciale n'avaient provoqué un rassemblement d'organisations aussi large que celui qui est programmé, samedi 4 septembre, à Paris et partout en France, pour dénoncer la «xénophobie» à l'œuvre «jusqu'au plus haut niveau de l'État» français.

Ouvrant le bal des mobilisations sociales prévues à la rentrée, une cinquante d'associations, de syndicats et de partis politique de gauche appellent à manifester, à la suite de l'été ultra-sécuritaire orchestré par le président de la République. De la Licra à Alternative libertaire, d'ATD-Quart monde au PS, du Cran à SOS-Racisme, en passant par les associations de défense des droits des étrangers et la plupart des syndicats de salariés: sollicitées par la Ligue des droits de l'Homme (LDH), ces organisations ont accepté de mettre de côté leurs divergences pour exprimer leur désaccord profond à l'égard de la politique menée par Nicolas Sarkozy, qui «met délibérément en cause les principes qui fondent l'égalité républicaine».

«En quelques jours, les plus hautes autorités de l'État sont passées de l'exploitation des préjugés contre les Gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes inédits depuis 1945», écrivent-elles dans un communiqué commun mis en ligne début août sur un site internet dédié,Non à la politique du pilori.

Mesures répressives et stéréotypes sont allés de pair ces dernières semaines. À l'occasion de la réunion interministérielle sur «les problèmes que pose le comportement de certains parmi les gens du voyage et les Roms», organisée le 28 juillet à l'Élysée, Brice Hortefeux, le ministre de l'intérieur, a activé le fantasme des Roms voleurs ou fraudeurs pour justifier le démantèlement expéditif des «camps illégaux» en se faisant l'écho de «nos compatriotes (...)à juste titre surpris en observant la cylindrée de certains véhicules qui traînent les caravanes». Les expulsions massives et chiffrées de Roms – visant un groupe spécifique en raison de leur origine ethnique – ont, elles, été réalisées au nom d'une supposée propension à la délinquance.

Nicolas Sarkozy, dans son discours de Grenoble du 30 juillet, a, de son côté, visé les immigrés et leurs enfants en faisant un lien implicite entre insécurité et immigration. Parmi les principales mesures énoncées: la déchéance de nationalité pour «toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police, d'un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique» et la non-automaticité de l'acquisition de la nationalité pour les «mineurs délinquants» nés de parents étrangers. En décidant de réévaluer (à la baisse) les «droits et prestations auxquels ont aujourd'hui accès les étrangers en situation irrégulière», le chef de l'État a, par ailleurs, légitimé la suspicion de fraude à l'encontre des sans-papiers.

Roms, immigrés, sans-papiers: en multipliant les attaques, Nicolas Sarkozy a autorisé un déchaînement de déclarations aux relents racistes dans les rangs du gouvernement et de la majorité. Pour ne citer qu'eux, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, a fait des étrangers un «problème majeur dans notre pays», tandis que Christian Estrosi, le ministre de l'industrie, a estimé qu'entre être«français ou voyou, il faut choisir».

L'extrême-droitisation des propos à droite a convaincu les organisations de lancer un «appel citoyen», signé, début septembre, par environ 50.000 personnes. «En peu de temps, toutes les thématiques du Front national ont été validées par le chef de l'État, relayé par plusieurs ministres et des élus de la majorité. Après l'allusion de Nicolas Sarkozy aux Français d'origine étrangère, il était impensable de rester silencieux», indique Jean-Pierre Dubois, le président de la LDH, qui espère pouvoir compter, en outre, lors de la manifestation, sur les «réseaux du catholicisme social», à la suite des réactions de certains évêques. 

«Dans l'après-midi du discours de Grenoble, ajoute-t-il, nous avons décidé de réunir très largement des associations, des syndicats et des partis politiques. À notre grande surprise, en plein congés, la plupart des organisations ont répondu présent. Tout le monde avait le sentiment qu'il fallait agir», y compris des associations habituellement réticentes à manifester sur des thématiques dépassant leur champ d'intervention, à signer des appels visant directement le chef de l'État et à s'afficher aux côtés de partis politiques.

«La chasse aux Roms, la pénalisation des parents d'enfants décrocheurs, les menaces pesant sur l'Aide médicale d'État dont bénéficient les sans-papiers: trop, c'est trop. Cet été, Nicolas Sarkozy a dépassé les bornes», indique Pierre Saglio, le président d'ATD-Quart monde. «Dans une démocratie, ajoute-t-il, la responsabilité première du président de la République est d'assurer l'unité, la cohésion du pays. Aujourd'hui, le chef de l'État est un homme de division et ce n'est pas acceptable. Notre expérience de toujours, c'est que quand la peur l'emporte, les pauvres se cachent. Si l'on poursuit les parents d'enfants délinquants, les familles ne sortiront plus de chez elles, et les choses empireront. Si l'on empêche les sans-papiers d'accéder à l'AME, ils ne se soigneront plus.»

Participer à la manifestation du 4 septembre est, pour lui, le signal d'un«sursaut citoyen». «Nous sommes un mouvement pour l'égale dignité, rappelle-t-il. En ce sens, nous sommes un mouvement profondément politique. Pour nous, convictions et actions vont ensemble. Il n'y aurait pas, comme le dit François Fillon, la morale ou l'éthique d'un côté, et le pragmatisme de l'action politique de l'autre. C'est vrai que nous nous sommes toujours refusés à prendre parti pour la droite ou pour la gauche, car l'Histoire a montré que ce clivage ne tient pas sur les questions d'éradication de la pauvreté. Là, il se trouve que nous partageons les mêmes préoccupations que les partis de gauche, je n'ai rien contre, au contraire.»

Se démarquer des choix partisans fait aussi parti des principes d'une structure comme la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars). «D'habitude, nous évitons de signer à côté de partis politiques. Mais, là, il nous semble qu'il y a un socle de revendications communes avec les autres signataires, quels qu'ils soient. Ça ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tout, mais on est d'accord pour dire que Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont franchi la ligne jaune en s'en prenant systématiquement aux pauvres», estime Nicole Maestracci, la présidente de la Fnars. «Au-delà de la compassion, ajoute-t-elle, c'est l'efficacité de ce type de politique publique, distinguant les bons et les mauvais pauvres, qui est mise en cause.»

Selon elle, la diversité des organisations mobilisées s'explique par le fait que«chacun sent bien que les mesures visant telle ou telle population sont, en réalité, dangereuses pour la société tout entière car elles menacent la cohésion sociale».

À la tête d'Emmaüs-France, Christophe Deltombe dénonce la mise en cause de l'article 1er du préambule de la Constitution, qui assure «l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion».«Le lien direct qui a été fait entre Roms et expulsion est de type ethnique. C'est très choquant et cela réveille de vieux démons», affirme-t-il. Également outré par la différence de traitement entre «d'un côté les Roms chassés de lieux en lieux et de l'autre les maires et préfets non sanctionnés alors qu'ils n'appliquent pas la loi sur le stationnement des gens du voyage», il estime que «la vigilance s'impose d'autant plus que d'ici quelques jours, le projet de loi Besson sur l'immigration va être débattu au Parlement». «Une fois le texte voté, il sera trop tard pour agir», prévient-il.

Même si certains, dans la majorité, ont pris leurs distances avec la politique sécuritaire menée cet été, aucune personnalité de droite n'a jugé utile de signer l'«appel citoyen». Le Modem de François Bayrou est, lui aussi, absent de la mobilisation. Quant au PS, ses élus auront l'occasion d'entrer en action à partir du 27 septembre à l'Assemblée. Il sera alors temps de mesurer l'influence de ceux, qui, comme François Rebsamen, chargé par Martine Aubry de conduire la réflexion sur la sécurité, sont opposés à la participation des socialistes à la manifestation du 4 septembre car ils craignent les «débordements gauchistes»et estiment que le «PS, ce n'est pas la Ligue des droits de l'Homme».

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Publié dans Nation

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