Sale polémique
Il avait tellement été discret depuis qu'il avait remplacé Chantal Jouanno en septembre, qu'on finissait par se demander ce que faisait David Douillet. Depuis hier on a compris: l'ex-champion olympique est moins ministre des Sports que coach en chef de la «cellule Riposte» mise en place par l'Elysée pour la campagne présidentielle.
Comment en effet ne pas penser que c'est grâce à son expérience incomparable du judo, sport dont la technique de base consiste à s'appuyer sur l'adversaire pour tenter de le faire chuter, que notre ex-Monsieur pièces jaunes reconverti dans la castagne politique a pu coordonner hier les attaques de ses troupes contre François Hollande? Jusqu'à présent les Morano, Guéant, Guaino et compagnie s'étaient contentés de quelques prises classiques pour tester un adversaire à qui précisément ils reprochaient de refuser d'entrer franchement en lice, un concurrent accusé d'être fuyant, pas franc du collier et des idées.
Mais voici qu'Hollande se découvrant par deux fois mardi, dans une lettre publiée parLibération et dans un entretien donné à France 2, la donne changeait. Il fallait donc changer aussi de tactique. Et c'est là qu'intervient l'histoire du «sale mec». Pour ceux qui n'auraient pas suivi - on ne sait jamais - voici le résumé de ce qu'on a voulu transformer en véritable affaire d'Etat...
Lors d'un déjeuner informel avec quelques journalistes, François Hollande aurait traité Nicolas Sarkozy de «sale mec». Du coup la blogosphère s'emballe, les radios cavalent derrière. Vite, très vite. Trop vite pour... vérifier. Du pain béni pour la «cellule Riposte». Et voici Nadine Morano qui se lance dans un tomo nage (plus connu sous l'appellation «planchette japonaise»...) et qui réclame des excuses publiques! Et voilà Constance Le Grip qui enchaîne par o soto gari et accuse Hollande de «donner des signes de perte de contrôle de soi». Et les sutei pleuvent, les atemi dégringolent de la part des secrétaires nationaux de l'UMP dont on découvre à l'occasion combien ils sont nombreux et prolixes. Jusqu'au waza ari, la quasi-victoire?
Eh bien, il va falloir déchanter... Car voilà les journalistes présents à ce fameux repas qui sortent - enfin... - de leur silence pour attester que François Hollande n'a nullement traité le président de «sale mec» mais que cette expression n'a été employée que dans une parodie où le candidat socialiste se mettait à la place de Nicolas Sarkozy et lui faisait dire: «je suis un président en échec depuis 5 ans, je suis un sale mec, mais réélisez-moi parce que, dans cette période difficile, je suis le seul capable».
Et du coup voici le PS qui se déchaîne à son tour, qu'on passe de l'accusation d'outrage au chef de l'Etat à celle de «manipulation». Et qu'on réplique en évoquant l'outrage au peuple et le fameux «casse toi pauvre con» du salon de l'Agriculture en 2008.
Décidément la campagne s'annonce fleurie.