Royal : un silence qui fait causer
- The Rosebud
Comme elle doit rire, Ségolène Royal, du bon tour qu'elle est entrain de jouer aux moutons qui composent le troupeau médiatique.
Plus un seul jour sans lire, entendre voir, des reportages, des éditos, des commentaires aussi élégants qu judicieux " elle est finie, elle est à la traine, elle se tait , elle n'a plus rien à dire, elle boude, elle est boudée "... une kyrielle d'analyses plus pertinentes les unes que les autres sur l'absence médiatique de la candidate à la présidentielle.
Car il est au moins une certitude dans cette valse journalistique : Royal sera bel et bien candidate avec de grandes chances de l'emporter.
Mais pour l'heure, c'est l'aveuglement et l'autopersuasion qui emportent tout.
Au point d'aller filmer la Présidente de Poitou-Charentes sur un marché samedi, les mains dans les poches, comme le font tous les élus régionaux, sans caméras, sans presse, et d'en conclure qu"elle est seule, si seule, sans une seul journaliste pour la suivre. C'était pas plus tard que samedi sur France 2.
Celà me fait penser à ce merveilleux syllogisme de Ionesco " Tous les chats sont mortels. Or Socrate est mortel, donc Socrate est un chat".
Les CQFD journalistiques sont à peu prés aussi grotesques.
Morte Royal, au point de subir , matin midi et soir l'assaut des sondeurs qui en sont réduits désormais à faire leur panel sur quelques poignées d'électeurs étant surs d'aller voter à la primaire.
Quelle valeur peuvent avoir 200 sondés sur un pays de 62 millions d'habitants, dont 40 millions en âge de voter, dont 20 millions à gauche, dont un million, si tout se passe bien, se prononceront sur le choix du candidat?
200 pour un million. On nous prend vraiment pour des c.... Qui est d'ailleurs le plus coupable ? Les instituts qui osent produire ce genre de sondages ou les médias qui les achètent et les relaient.
Morte, Royal au point que plus personne n'hésite à supputer sur sa non candidature. "La pôvre petite, si faible, si fragile, si décalée ( le nouvel adjectif à la mode ) qu'elle n'aura même plus la force de se présenter."
Faut il etre un crétin patenté, connaitre si peu la bête pour imaginer une seule seconde qu'elle ne sera pas candidate?
Faut -il avoir tout oublié de l'histoire politique de ce pays pour ne pas se rappeler quelques résurrections splendides: Chirac en 2002, Chirac en 95 (décidément), Mitterrand en 81 ?
Morte Royal ? Tellement morte et silencieuse qu'on fait désormais des papiers sur ces silences, cette diète médiatique qui semble faire tourner en bourrique la machine médiatique , celle qui ne supporte pas qu'on lui échappe, qu'on impose son rythme et sa liberté.
Ce que fait Ségolène Royal de manière très habile, maniant les rares apparitions et le long travail souterrain, de réseau et de convictions.
Je ne suis pas électeur de ce pays et je le regrette car je me serais fait un plaisir d'aller voter.
En revanche, je regarderai avec un plaisir certain les résultats s'afficher au soir des primaires avec une Royal forcément largement en tête.
Pourquoi ? Parce que les autres ne font pas le poids dans l'art et la manière politique. Encore moins dans la puissance et la confiance en soi.
Que pourrait bien faire un François Hollande en débat face à Ségolène Royal ?
La fiscalité ? Foutaise.
L'expèrience ministérielle ? On se marre par avance
La gestion d'une collectivité ? Etant donné les résultats de Corrèze, camembert !
Et Martine Aubry ?
Le Parti ? Et si l'on reparlait des tricheurs de Reims?
La vie du parlement ? Et si nous nous remémorions ses grands succès législatifs
La modernité ? Là, c'est carrément fou rire, la doctrine d'Aubry étant au socialisme ce que le vinyle est à l'industrie du disque.
Quant à DSK, hormis le FMI, on a déjà des courbatures musculaires pour lui dans un face à face maîtrisé avec Royal. Car si l'ex-député de Sarcelles a fait des progrès en économie, pas sûr qu'il ait progressé en politique. 2006 fut un échec cuisant, du non seulement à la supériorité de Ségolène Royal mais à la médiocrité de Strauss Kahn.
Quant à la méchante petite musique sur la compétence, la même soupe resservie dans une autre assiette depuis 4 ans, là encore rions en à gorge déployée.
Au palmarès de l'expérience et du savoir faire économique, Ségolène Royal peut soutenir la comparaison avec n'importe qui. Il suffit de voir la gestion de sa Région : pas la moindre augmentation d'impôts, un plan de mutation écologique unique en France, une justice sociale omniprésente, un laboratoire démocratique qui n'existe nulle part ailleurs. Sans parler de la volonté politique qui a sauvé Heuliez, au carrefour de ce nouveau modèle qui s'élabore loin des gorges chaudes parisiennes.
Tout celà est une évidence et c'est bien là le drame de ce petit monde merveilleux socialiste qui le sait et redoute plus que tout l'ex candidate.
Comment faire pour ne pas faire les primaires, éviter les débats et les meetings nationaux .
Voilà l'une des obsessions de Solférino à Tulle, de Washington à Sarcelles. Piètre dimension politique, s'il en est. La dimension de l'empêchement.
Dans ce domaine, nos lascars ont les meilleurs alliés en la personne des médias qui rabachent, répètent ce qu'on a répété avant eux.
Malheureusement pour eux, primaire il y aura, et débat aussi.
Malheureusement pour eux, rien ne pourra se faire sans Royal.
Un jour , Hollande a dit " on ne sait jamais ce qu'elle va faire". Chez DSK, on garde un oeil, chez Aubry on se méfie.
Ils font au moins preuve de lucidité dans ce ce domaine.
Un socialiste avertit en vaut trois. Ils ne seront pas de trop pour tenter de contrer la Royal. Nous sommes déjà ravis du spectacle et des centaines de papiers qui salueront à nouveau le génie.
Fort heureusement, le ridicule ne tue pas.