Royal-Aubry, les raisons de l'union
ar Charlotte Chaffanjon 10/10/2010
Au pied des escalators qui mènent au niveau D du Cnit de La Défense (Hauts-de-Seine), Jean-Christophe Cambadélis et Harlem Désir attendent, une nuée de caméras et de micros dans le dos. Les deux dirigeants du PS observent en riant la danse de leur camarade François Lamy, qui monte au niveau supérieur toutes les trois minutes pour voir si "elle" arrive. Elle ? Celle pour laquelle ils sont là, la vice-présidente de l'internationale socialiste : Ségolène Royal. Les militants s'amusent aussi, l'ambiance est bon enfant, excepté pour cette dame qui fait une chute malheureuse et impressionnante, se déboîtant le poignet, et qui est soignée à quelques centimètres de la meute dans l'indifférence générale... Voilà une scène dont le PS a le secret.
Samedi, c'est "pour réfléchir à l'état du monde", thème de leur troisième convention nationale de préparation du projet pour 2012, que les socialistes sont réunis... sans Martine Aubry, contrainte au repos par une lésion de la cornée. L'intervention de Ségolène Royal est donc particulièrement attendue. Et l'ex-candidate à la présidentielle, jadis tentée par une candidature à l'Élysée en dehors du PS, a bien l'intention de montrer sa bonne volonté. Entre deux tables rondes - "La France dans un multilatéralisme rénové" et "Maîtriser la mondialisation et relancer l'Europe" -, l'ancienne rebelle vient saluer "l'excellent texte" dont a accouché la commission dirigée par Laurent Fabius, qui l'a précédée à la tribune. Il semble loin le temps où ces deux-là s'affrontaient en interne pour que l'un d'eux soit désigné candidat à la présidentielle 2007...
"Si les socialistes se divisent, ils perdront"
Les socialistes donnent le sentiment de ne pas souhaiter réitérer les erreurs du passé. Ainsi qu'on ne dise pas à Ségolène Royal qu'elle joue le rôle de "première secrétaire de substitution", comme ironisent certains. Elle affirme être là par "esprit d'équipe" et souhaite à son ex-ennemie, qu'elle n'appelle plus que "Martine", un "prompt rétablissement". Car comme elle l'explique dans une interview au Figaro : "Si jamais les socialistes se divisent à nouveau ou rentrent dans des guerres d'appareil, ils perdront. (...) Ce sera la fin de ce mouvement politique. (...) C'est pour ça que nous mettons, avec Martine, autant d'énergie dans l'union."
Le discours de Royal, samedi, est donc sans fausse note. Elle attaque "le gouvernement actuel" qui "a pris le risque d'affaiblir l'image (de la France) dans des proportions inédites et indignes de la cinquième puissance mondiale", évoquant la polémique sur les Roms et l'accrochage avec l'Union européenne. Face à cela, juge-t-elle, "la responsabilité des socialistes est de rendre la fierté et l'honneur à la France". Certains dirigeants esquissent tout juste un rictus de scepticisme lorsque la présidente de la région Poitou-Charentes affiche sa volonté de construire "les États-Unis d'Europe". Concept qui n'est pas dans le texte du PS, qui, il faut le dire, ne prend pas trop de risque sur les questions internationales, ne tranchant pas réellement les sujets épineux comme l'éventuel retrait de l'Otan, la guerre en Afghanistan ou l'entrée de la Turquie dans l'UE. Quant à Ségolène..."Royal a fait du Royal", juge simplement un membre de l'équipe Aubry. "Elle a dit que le texte du parti est excellent. Alors je dis que son discours est excellent."
La campagne des primaires n'est pas réellement ouverte, les candidats ne sont pas déclarés, DSK est toujours au FMI et Aubry et Royal jouent l'apaisement. Alors, pour l'heure, repos.