Rigueur: un dernier coup porté au sarkozysme?
Lundi, le gouvernement pourrait annoncer une hausse de la TVA dans la restauration et l'instauration d'une deuxième "journée de solidarité". De quoi réduire un peu plus encore les engagements du candidat Sarkozy.
Le fossé entre le candidat Nicolas et le président Sarkozy risque de se creuser un peu plus ce lundi, lorsque le gouvernement annoncera les mesures du nouveau plan de rigueur.
Avant même ces annonces, le sarkozysme n'a cessé de perdre de sa splendeur depuis 2007. Le sort de la loi Tepa est le plus parlant. C'était le symbole du "travailler plus pour gagner plus". Votée à l'été 2007, la loi "Travail, emploi et pouvoir d'achat" est aujourd'hui une coquille vide. Le crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt immobilier a disparu. Le bouclier fiscal a été victime du travail de sape de la majorité. Seule tient encore la défiscalisation des heures supplémentaires.
La réforme des retraites, définitivement adoptée en décembre 2010, a mis un nouveau coup de canif dans les engagements de campagne de Nicolas Sarkozy. Le candidat avait assuré vouloir maintenir l'âge de départ à 60 ans. Il faudra désormais travailler deux années de plus.
Et puis, il y a l'épineux problème du pouvoir d'achat, dont le chef d'Etat s'était porté garant. Certes, selon l'Insee, il a augmenté depuis 2007, mais il s'agit bien d'une hausse en trompe-l'œil. Pour honorer sa promesse, Nicolas Sarkozy avait concocté en avril dernier une prime pour les salariés des grands groupes, dite "prime de 1000 euros". Des 1000 euros, il n'en sera finalement pratiquement pas question. Le mois dernier, le premier bilan est tombé: la moyenne des versements s'élève à 300 euros. La société Sécuritas a même proposé de verser ... 3,50 euros à ses salariés. Mirobolant!
Les restaurateurs risquent bien de perdre leur TVA à 5,5%
Et ce détricotage n'est donc pas terminé. Le chef de l'Etat avait fait de la baisse de la TVA à 5,5% dans la restauration, un combat. Cette mesure emblématique est sur le point de tomber. Depuis plusieurs mois, des parlementaires de la majorité, dont Gilles Carrez, rapporteur du Budget à l'Assemblée, demandent l'abandon de cette coûteuse mesure.
Lundi, le gouvernement devrait annoncer une TVA entre 7% et 9%, une façon de ne pas perdre la face, tout en faisant entrer rapidement de l'argent dans les caisses pour pallier à la faible croissance attendue.
Signe que Nicolas Sarkozy est prêt à ce renoncement, lors de son entretien télévisé le 27 octobre dernier, il a rejeté toute hausse de la TVA "généralisée". Et il fallait bien entendre "généralisée". Cette nuance montre que l'idée de hausses ciblées est bien dans les plans de l'Elysée.
Quant à un relèvement de quelques points de la taxe sur la valeur ajoutée, le chef de l'Etat l'exclut toujours. Et pour cause. Il s'est engagé, en 2007, à ne pas augmenter les impôts. Il serait suicidaire de le faire à quelques mois de la présidentielle.
Ainsi, en déplacement à Morzine ce samedi, François Fillon a mis l'accent sur la réduction des dépenses pour réduire le déficit, histoire d'éloigner l'idée d'un prélèvement supplémentaire. D'autres cadres de la majorité se chargent toutefois de lancer cette idée, comme un ballon d'essai. Jean-François Copé porte ce projet depuis plusieurs mois.
Travailler plus pour gagner pareil
Enfin, une dernière devise du sarkozysme a la vie dure depuis quelques mois, la fameuse "Travailler plus pour gagner plus". Elle pourrait prendre un peu plus de plomb dans l'aile ce lundi, car le gouvernement réfléchirait à l'instauration d'une deuxième "journée de solidarité", au cours de laquelle les salariés travailleraient gratuitement pour financer la réduction de la dette.
Nous voilà aux portes du "Travailler plus pour gagner la même chose".