Révolte des magistrats : Marc Trévidic s'en prend à Nicolas Sarkozy
Au premier jour d'une "grève" historique des audiences en France, Marc Trévidic, juge d'instruction antiterroriste et président de l'Association française des magistrats instructeurs (AFMI), s'en prend à Nicolas Sarkozy après ses critiques contre la justice dans l'affaire du meurtre de la jeune Laëtitia Perrais. Sur France Info, le président de l'AFMI reproche au chef de l'Etat de trahir son rôle constitutionnel et de mener une politique judiciaire mensongère.
Le juge Trévidic voit comme une manœuvre "politique" les critiques adressées au système judiciaire par Nicolas Sarkozy après la mise en examen d'un homme sorti de prison en février 2010, Tony Meilhon, accusé d'avoir tué près de Nantes la jeune fille de 18 ans et démembré son corps. Le magistrat reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir fait voter de multiples lois sans jamais donner les moyens au système de travailler. "Il n'y a aucune politique à long terme, il n'y a que de l'affichage, que du pipeau, pour parler clairement", a-t-il dit. "Je pense qu'il est largement temps de lui appliquer la peine plancher, puisqu'il faut être très dur envers les multirécidivistes", a ironisé le juge.
"Ce qui m'a révolté, c'est que ce sont les responsables qui demandent des sanctions, c'est le monde à l'envers", estime le président de l'AFMI, à propos des sanctions promises par le président pour les "dysfonctionnements" ayant conduit à la remise en liberté du meurtrier présumé de la jeune Laëtitia. "Cela fait des années qu'on dit qu'on n'a pas les moyens de fonctionner normalement, cela ne date pas de Nicolas Sarkozy", a admis le juge. Mais la différence, c'est que maintenant, "en plus, c'est de notre faute". Le vrai responsable, pour lui, "ce sont des années de mépris envers la justice", le fait qu'elle soit considérée comme "un petit service public à la disposition du pouvoir exécutif et pas comme quelque chose de solide, comme il faudrait avoir dans une vraie démocratie".
LA CONTAGION POURRAIT GAGNER PARIS
Le Palais de justice de Paris se met en ordre de bataille contre les déclarations du chef de l'Etat. Evénement rarissime, les magistrats de la Cour de cassation songent à se joindre au mouvement de protestation. Vendredi, les deux principaux syndicats ont ainsi demandé au premier président, Vincent Lamanda, de convoquer"en urgence" une assemblée générale de concertation. Selon une source judiciaire, les membres tant du siège que du parquet général disent dans leur courrier à M. Lamanda souhaiter réagir aux "récentes attaques contre les magistrats et les fonctionnaires de justice", à "l'occasion du mouvement de protestation nationale". Par ailleurs, les magistrats du tribunal de grande instance de Paris ont décidé de se réunir mardi à 11 heures, en salle des Criées, afin d'arrêter leur position et d'évoquer une éventuelle grève des audiences. Dès lundi matin, certaines audiences de référé ont été renvoyées par solidarité avec les magistrats nantais. Quant aux magistrats de la cour d'appel de Paris, ils n'ont pas encore pris position.
3 JUGES D'APPLICATION DES PEINES ET 17 AGENTS DE PROBATION POUR SUIVRE 3 300 DÉTENUS
Soutenue par une vingtaine d'organisations du monde judiciaire et de la police, l'Union syndicale des magistrats (majoritaire) a appelé les tribunaux français à reporter toutes les audiences jusqu'au 10 février, jour d'une manifestation nationale à Nantes et de rassemblements ailleurs. Sur le dossier Meilhon, les syndicats nient toute faute. Le suspect n'a pas été "libéré" par un magistrat, il avait purgé durant onze ans toutes ses peines, sans réduction, et devait respecter, dans le cadre d'une dernière condamnation pour outrage à magistrat, une "mise à l'épreuve". Son suivi – obligation de rechercher un emploi et de voir un médecin – n'a pas été appliqué faute d'effectifs, dans le cadre d'accords écrits validés par la hiérarchie judiciaire et administrative. Il n'y a que 3 juges d'application des peines à Nantes et 17 agents de probation pour suivre 3 300 détenus.