Reprendre la campagne
Par Dante
Nous ne saurions reprocher à nos élus, nos candidats d’avoir fait ce geste. Suspendre une campagne présidentielle, dont la tonalitéest depuis des semaines, souvent proche de la pestilence.
L’arrêt des débats pendant 24h, voire 48h représente donc un acte à la fois de bon sens et de hauteur de vue. De respect aussi àl’égard d’une communauté qui à subi une sauvagerie sans égale à Toulouse. De recueillement aussi car les hommes et les femmes politiques, derrière leur posture et leurs calculs électoraux, sont aussi des êtres humains, des citoyens et personne ne peut rester insensible à l’assassinat sauvages d’enfants, sauf celui qui a perpétré ces assassinats.
Il fallait suspendre mais il faut reprendre. Non pas dans la polémique, les invectives et les incriminations. Mais reprendre le débat démocratique qui doit nous conduire au choix majeur pour les 5 ans qui viennent.
Ne pas laisser s’installer dans nos conversations un débat policier, rythmé par les confidences distillées du Ministre de l’Intérieur sur la psychologie du tueur ou le fait qu’il porte une caméra, ce même ministre qui nous parlait il y a peu de différences dans les civilisations.
Reprendre la campagne pour refuser qu’un tueur, qu’il soit téléguidé par des mouvements extrémistes ou sa psychose personnelle, refuser que ce monstre froid ne nous dicte notre vie démocratique. Ne nous enferme dans sa propre spirale, celle qu’il veut générer et dont il jouit certainement : la peur, la cruauté, l’angoisse et la mort.
Reprendre le débat démocratique pour expliquer à tous ces militants, ces foules qui se pressent dans les meetings, ce qui s’est passéet comment l’on peut réparer et construire une République nouvelle. Tracer des perspectives, créer de l’espoir.
Reprendre la campagne pour ne pas se laisser enfermer dans cet étau et faire jaillir ce que la politique a de plus beau : cette capacité à imaginer l’avenir et à le construire ensemble.
Reprendre le débat pour ne pas accepter que le mois qui vient se réduise à une en simple chasse au tueur.
Reprendre cette campagne pour créer des valeurs, face à cette négation suprême de la vie.
Reprendre cette campagne pour ne laisser personne glisser lentement mais sûrement vers la récupération.
Reprendre le débat pour sortir des postures et des arrières-pensées.
Aujourd’hui Nicolas Sarkozy, installé dans sa fonction régalienne à une obligation de résultat dans cette enquête.
François Hollande, lui ne peut pas se contenter de commenter ni se permettre de critiquer.
Les deux favoris de la campagne sont liés dans cet instant dramatique mais devront à nouveau se combattre politiquement et il ne saurait être question qu’une tuerie occulte l’ensemble des questions qui secouent ce pays depuis tant d’années.
Raison de plus pour reprendre cette campagne, élever le débat, et ne pas avoir à s’envoyer à la figure les 7 vies assassinées, auxquelles Libération ce matin rend un hommage magnifique en publiant leurs noms, à la une, sur fond noir.
Reprendre le débat, plus haut, plus républicain que jamais, plus lumineux ‘.
Oui reprendre la campagne, sans oublier ce qui vient de se passer, mais en l’utilisant au contraire pour prononcer des mots, adopter une attitude, générer des valeurs dignes de notre histoire et de la force de notre République.
Reprendre la campagne… Vite.
