Remaniement: Fillon relégué en premier ministre fantôme

Publié le par DA Estérel 83

 

 

 

 

Le remaniement de ce dimanche 27 février 2011 aura fait une victime collatérale: François Fillon. Certes, il conserve une fois de plus son poste de premier ministre. Mais c'est un fantôme qui, depuis plusieurs mois, pilote l'équipe gouvernementale. Où est François Fillon? Condamné au silence, depuis la découverte de ses vacances en Egypte, pour partie, aux frais du régime Moubarak? Condamné à la figuration, comme l'a illustré ce remaniement auquel il ne paraît pas avoir été associé, hors les consultations de circonstances?

Et pourtant, on allait voir ce qu'on allait voir, nous avait-on fait savoir lors du précédent remaniement, en novembre 2010. François Fillon est «le meilleur premier ministre de la France», avait dit Nicolas Sarkozy, en reconduisant le locataire de Matignon, en sursis pendant plusieurs semaines. «Si j'ai demandé à François Fillon de continuer, c'est parce que j'ai une grande confiance en lui, parce qu'il est très compétent, parce que nous travaillons ensemble sans aucun nuage depuis des années», avait-il assuré, se félicitant du choix d'une équipe «très professionnelle». Dès le soir du remaniement, Fillon annonçait, dans un communiqué, qu'il s'engageait «avec détermination, dans une nouvelle étape»«après trois années et demie de réformes courageuses». 

 

Le lendemain, éditorialistes et commentateurs de la vie politique parlent unanimement (sauf à Mediapart, lire ici)d'une «victoire» de François Fillon «l'inamovible»,«l'irremplaçable». Les médias saluent le passage du«collaborateur» à «l'hyper premier ministre». Aux oubliettes «Droopy» et«Mister Nobody», le premier ministre se permet même de déclarer que Nicolas Sarkozy n'est pas son «mentor».

 

Le 15 novembre, Libérationironise en Une: «Fillon garde Sarkozy». On promet alors un premier ministre avec davantage de latitude pour redresser la barre des sondages. On assure qu'il a obtenu que Claude Guéant, tout-puissant secrétaire général de l'Elysée, ne s'exprime plus directement dans les médias.

Accueilli par une ovation des députés UMP lors de la réunion hebdomadaire du groupe, à l'Assemblée nationale, le 16 novembre, Fillon se défend d'être devenu un «hyper premier ministre» et estime qu'il faut «calmer les choses»«revenir aux fondamentaux de la Ve République». En privé pourtant, il exulte et se dit «enfin fier».

Trois mois plus tard, non seulement il doit subir un nouveau remaniement en urgence (le quatrième en moins d'un an), mais son remplacement au poste de premier ministre est une fois de plus à l'ordre du jour, demandé par certains membres de la majorité. Les mêmes qui demandaient à l'automne un changement à Matignon, ressortent aujourd'hui du bois.

Dimanche, Yves Jégo, vice-président du Parti radical, estimait avant l'annonce de la nouvelle équipe que «ce remaniement ne peut avoir d'effet politique s'il n'y a pas de changement de premier ministre.» «L'équipe en place s'est épuisée», a jugé l'ancien secrétaire d'Etat à l'outre-mer, il faut ce«fameux acte II du quinquennat» tant réclamé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yves Jégo estime que le«trio gagnant pour 2012, c'est Sarkozy-Borloo-Copé»et affirme qu'«un Jean-Louis Borloo à Matignon serait le signe du rassemblement de la majorité présidentielle». En début de semaine, l'ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui a toujours milité pour un changement de locataire à Matignon avant la fin du quinquennat, avait lui aussi demandé une «initiative politique» et un «remaniement».

Certes, François Fillon a été maintenu à son poste par le chef de l'Etat, mais il a été totalement absent de ce qui devait être la «nouvelle étape» du quinquennat. Depuis quelques semaines, la France n'a pas davantage de premier ministre qu'elle n'a de ministre des affaires étrangères.


 

Juppé, premier ministre bis et contre-pouvoir

En décembre et en janvier, Matignon a regardé passer la révolution en Tunisie, n'y accordant quasiment aucun communiqué. Fin janvier, lorsque la polémique sur les vacances de MAM est lancée, Fillon lui apporte son soutien à plusieurs reprises, y compris à l'Assemblée nationale, lors des questions d'actualité (le 18 janvier ou encore le 4 février).

Quelques jours plus tard, on comprend mieux pourquoi: le 8 février, sous la pression des révélations duCanard enchaîné, Matignon reconnaît que François Fillon a passé ses vacances de Noël... en Egypte, en partieaux frais du dictateur Moubarak. Avant l'envoi du communiqué, Fillon a d'ailleurs pris soin de s'échapper de l'Assemblée nationale pour partir à Annecy défendre la candidature française aux JO de 2018. Le lendemain, il tente de se défendre avec unargumentaire bancal.

Depuis, silence radio. Le 16 février, lorsque les révélations sur les relations de Michèle Alliot-Marie avec le régime de Ben Ali pleuvent, Fillon laisse sa ministre, lâchée par les parlementaires, sedémener seule sous les attaques de l'opposition. A l'Assemblée, il assiste, impassible, au naufrage de MAM, l'air anéanti.

Le 9 février, lors du dîner annuel du CRIF, le premier ministre, invité d'honneur les deux années précédentes, est absent. Il n'honore que les passages obligés, jugés sans risque, comme le tour de piste au salon de l'agriculture,le 24 février.

Dans cette dernière séquence pré-remaniement, François Fillon aura paru dépassé. Il n'a pas été au centre de la confection de la nouvelle équipe. Nicolas Sarkozy l'a très peu consulté, souhaitant reprendre la main d'un gouvernement à la dérive. Il lui a laissé la tâche ingrate de remercier, dimanche en fin d'après-midi, Michèle Alliot-Marie, qui s'accrochait à son poste, affirmant n'avoir«commis aucun manquement»(voir sa lettre de démissionici).

La promotion des proches du chef de l'Etat au centre du dispositif vient marginaliser un peu plus François Fillon. Claude Guéant (qui fut préfet et directeur général de la police nationale) s'empare du ministère (clé) de l'intérieur. Brice Hortefeux, devenu très encombrant place Beauvau avecsa double condamnation(pour injure raciale et atteinte à la présomption d'innocence) et son médiocre bilan, devient conseiller spécial à l'Elysée, où il sera chargé de préparer la présidentielle.

Autre élément de l'affaiblissement de François Fillon: la nomination au Quai d'Orsay d'Alain Juppé (remplacé à la défense par le patron des sénateurs UMP, Gérard Longuet). En renforçant le maire de Bordeaux, le chef de l'Etat souhaite rééquilibrer les forces au sein du gouvernement, créer un contre-pouvoir à Fillon et lui imposer une sorte de «premier ministre bis». Les deux “premiers ministres” ont d'ailleurs déjeuné ensemble à Matignon, dans la discrétion,le 23 février dernier.

«(Juppé) a commencé par éclipser MAM et maintenant il est en train de faire de l’ombre à Fillon», constateun poids lourd du gouvernement. Nicolas Sarkozy ne manque d'ailleurs pas d'attention envers le maire de Bordeaux.«En ce moment, c’est Alain par-ci, Alain par-là. Sarko est dans sa période fascination de Juppé», estime un de ses proches. L'ancien premier ministre s'est même payé le luxe de poser ses conditions à une arrivée au Quai d'Orsay: ne pas travailler avec Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, qui déménage du coup place Beauvau, au ministère de l'intérieur.«Il sera le grand gagnant de cette séquence. Il aura carte blanche de Sarko», raconte un ministreau Journal du dimanche.

De quoi couper les ailes de l'actuel premier ministre, plus populaire que Nicolas Sarkozy dans l'opinion, chouchou des parlementaires, et alternative possible pour 2012.

 

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Publié dans Gouvernement

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