« Règle d'or » : Nicolas Sarkozy accroît la pression sur le PS
Le chef de l'Etat a demandé à François Fillon de consulter les forces politiques. Si un consensus est impossible, a-t-il prévenu, « les Français seront juges » lors de la présidentielle.
Cela s'appelle enfoncer le clou. Et pas qu'un peu. Hier, Nicolas Sarkozy est revenu à la charge sur la « règle d'or » que les socialistes refusent de voter. Avec l'appui d'Angela Merkel, qui a salué, lors de leur conférence de presse commune, l'engagement « historique » de la France de s'engager dans cette voie. « Qui peut être contre une règle de cette nature ? », a interrogé le chef de l'Etat français.
Paris et Berlin ont décidé de proposer que les 17 pays membres de la zone euro adoptent avant l'été 2012 une « règle d'or obligatoire » sur un retour à l'équilibre budgétaire. L'air grave, Nicolas Sarkozy a demandé à François Fillon de prendre les « contacts nécessaires »avec les différentes forces politiques pour voir si « un consensus est possible en France ».
Si c'est le cas, le Parlement sera réuni à « l'automne » en Congrès pour inscrire le nouveau dispositif dans la Constitution. Sinon, « les Français seront juges » lors de la présidentielle, a-t-il menacé, prenant l'opinion à témoin et mettant le PS devant ses responsabilités.
Sans les nommer, Nicolas Sarkozy a salué les personnalités de l'opposition qui soutiennent la règle d'or. C'est le cas de Dominique de Villepin. Celui, aussi, de François Bayrou. Dans un entretien à paraître aujourd'hui dans « L'Express », le leader centriste relève que « le temps n'est plus à la tactique ». « Nous avons à assumer une responsabilité collective : montrer que la France choisit la voie du sérieux », insiste-t-il, taclant à son tour le PS. Une majorité des trois cinquièmes est nécessaire au Congrès pour réviser la Constitution.
Ce nouvel appel du chef de l'Etat a reçu hier le même accueil que celui de la semaine dernière : une fin de non-recevoir. Sur iTélé, Martine Aubry a dénoncé hier soir un « enfumage », une « opération de communication » du chef de l'Etat. « Le président veut faire croire qu'en inscrivant un principe vague dans la Constitution, on va régler le problème », a-t-elle critiqué, l'appelant à « prendre des mesures » pour relancer la croissance et à « réduire les déficits ». « Si la France perd demain son triple A, ce sera en raison d'une politique absolument aberrante de Nicolas Sarkozy [...], pas parce que l'opposition ne vote pas la "règle d'or" », avait prévenu le matin le porte-parole du PS, Benoît Hamon.
Nicolas Sarkozy et les socialistes ont en fait bataillé, hier, sur le terrain de la « crédibilité ». En interrompant ses vacances pour la deuxième fois pour s'entretenir avec François Fillon puis recevoir Angela Merkel, le capitaine du navire France a voulu montrer à l'opinion qu'il était est à son poste. A la barre pour affronter la tempête. Le mieux placé, donc, pour gérer le pays après 2012. « Le président est à 200 % pour faire face à la crise », martèlent ses conseillers, accusant les socialistes de n'avoir « aucune crédibilité enla matière ».
Les responsables du PS ont rétorqué que la droite n'a « aucune leçon » à donner puisqu'elle a « doublé la dette en dix ans ». Tandis que Ségolène Royal en qualité de vice-présidente de l'Internationale socialiste offrait par écrit sa « contribution » au couple franco-allemand, Martine Aubry s'est dit prête, elle, à se rendre « en délégation » à l'Elysée si le chef de l'Etat invitait les socialistes pour parler de la crise. Réponse de l'Elysée : « C'est plutôt du ressort du Premier ministre... »