Rama Yade: Allons enfants de Sarkozie, le jour de trahison est arrivé!
Noémie Suisse s'intéresse au cas d'un bébé Sarkozy, très politique : Rama Yade. Elle raconte comment l'ancienne secrétaire d'Etat aux droits de l'homme a tué le père en quittant l'UMP en difficulté, pour rejoindre Jean-Louis Borloo et fonder son propre club politique.
Alors que sur le net gronde la rumeur d'une première première dame en cloque, que la France savoure le futur pied-de-nez lancé à la monarchie britannique qui a bientôt l'anneau, mais pas encore le berceau, que le tout-Paris rêve de papiers glacés où s'étaleraient non plus les amours kitsch de Kate et Will mais la silhouette rebondie de notre Reine-future-Mère, un fait divers est passé relativement inaperçu. Le premier « bébé-Sarkozy » a tué le père.
Ne jugeons pas l'acte à l'aune d'une quelconque morale. Car la rupture, même violente, c'était le thème de campagne du candidat Sarkozy. Il lui aura fallu 4 ans pour appliquer son projet à son propre parti. Dès les premiers mois du quinquennat, le départ de Cécilia et le remariage du président entérinaient au plus haut sommet de l'Etat la fin du modèle traditionnel de la famille. La bonne vieille famille politique qui se serre les coudes est une denrée périssable, elle aussi. « Ensemble, tout devient possible », qu'il disait.
L'heure est aux familles recomposées. Alors, le meurtre consommé, Rama Yade s'est rapidement trouvé en la personne de Jean-Louis Borloo le beau-père qu'il lui fallait. Bien plus accueillant que Jean-François Copé, cet homme pressé dont la conquête du parti majoritaire fera sans doute bientôt l'objet d'un film de Xavier Durringer.
Aux belles heures du gouvernement, le petit-déjeuner des ministres pouvait jouer au repas de famille du dimanche. On discutait du nombre de fonctionnaires à supprimer comme on débat de la cuisson du gigot. Déjà la benjamine pestait de ce que l'on reléguait les droits de l'homme au dessert. Cette comédie factice de la fratrie soudée autour de l'hyper-papa, très peu pour elle.
Elle snobait la solidarité gouvernementale, Rama Yade. Secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, elle revendiquait son propre droit à la parole, ainsi qu'un devoir d'ingérence dans les affaires de Bernard Kouchner. Pas vraiment le sens de la famille, donc.
La presse collectait les saillies de Rama Yade comme aujourd'hui les lapsus de Rachida Dati. On se souvient de sa prise de position détonante au moment de la venue de l'ex-futur-dictateur Kadhafi : « la France n'est pas un paillasson sur lequel on peut venir s'essuyer les pieds ». Elle-même a essuyé un échec amer, quoi qu'elle en dise, en étant débarquée du gouvernement après avoir joué un temps la mère-la-morale de l'équipe de France de football.
Rassurez-vous, Rama Yade garde « de l'affection » pour le président et ex-mentor. Bientôt ex-président, si l'on en croit les sondages et la portée symbolique du fait divers qui nous occupe : le parricide se double d'un régicide. En renflouant avec d'autres le rang des hérauts du « bon sens » et des « valeurs républicaines », réunis derrière Jean-Louis Borloo, Rama Yade participe, modestement mais sûrement, à l'éclatement de l'UMP et au piétinement de la cohésion qui en faisait la force. Le débat sur la laïcité a eu raison de cette union sacrée. Allons enfants de la Sarkozie, le jour de la trahison est arrivé.
Mais comment rester fidèle à un père dont la seule constante est l'impopularité? Comment se poser en héritier légitime de Sarkozy, cet « enfant roi sans surmoi » (Franz Olivier-Giesbert)? Malheur au pays qui est gouverné par un enfant. Malheur aux bébés-Sarkozy qui n'auront pas quitté le navire à temps.
Suave mari magno... Il est doux pour Rama Yade, quand la vaste mer de l'UMP est soulevée par les vents, d'assister du rivage au naufrage du gouvernement. D'observer les gesticulations de Claude Guéant, nouveau garde-frontière de la Gaulle (aux Gaulois!), de s'amuser de ce que la droite néo-protectionniste se protège de tout sauf d'elle-même. Le 21 avril, Rama Yade a fêté l'inauguration de son club politique place de la Bastille, brandissant le drapeau jeuniste au nez et à la barbe de la vieille garde RPR dont la forteresse est plus que branlante.
Ambassadrice de la France à l'UNESCO, elle prépare sereinement sa candidature aux sénatoriales en septembre. Ou peut-être se réserve-t-elle pour les législatives. On verra.
Problème : celle qui s'est rendue célèbre pour le droit de parole qu'elle s'arroge ne se plie pas au devoir de réserve imposé par sa nouvelle fonction d'ambassadrice. Gérard Larcher le rappelait sur l'antenne de Radio J dimanche 10 avril : Rama Yade doit représenter « toute la France ».
Que l'on comprenne bien. Le nouveau credo du gouvernement étant de défendre « la France, rien que la France », il faut bien que d'autres récupèrent la vieille ambition d'œuvrer pour «toute la France ».
Le président du Sénat a voulu prendre Rama Yade en flagrant délit de conflit d'intérêts : les intérêts supérieurs du pays qu'elle représente à l'UNESCO contre des intérêts politiciens et partisans. Que ces derniers intérêts soient en contradiction avec ceux de l'UMP est bien sûr pure coïncidence.
En nommant Rama Yade au poste d'ambassadrice après le remaniement ministériel, Nicolas Sarkozy a-t-il simplement concédé à la jeune intrigante un lot de consolation, un chèque-cadeau en Ferrero Rochers et belles valeurs universelles, comme il accorde à d'autres la légion d'honneur? Ou a-t-il appliqué la jurisprudence DSK : nommer un potentiel gêneur à un poste qui le prive de sa liberté de parole? Quoi qu'il en soit, il n'aura pas obtenu la gratitude filiale escomptée, pas plus qu'il n'aura réussi à faire taire une voix dissidente.
Rama Yade sur la sellette ne jouera pas la fille prodigue. Elle continue de mettre en scène sur les plateaux de télévision la franchise faussement naïve d'un bébé-Sarkozy entré dans la cour des grands, qui se découvre soudain centriste. Son joker, c'est son sourire, aussi souvent gêné que frondeur. Elle reste aussi discrète sur l'homme qui partage sa vie qu'une Miss France tenue par Endémol et son comité éthique d'être célibataire. Parce qu'elle craint d'être comparée à Rachida Dati, autre électron libre, à toute question jugée indiscrète elle réplique qu'elle n'étale pas sa vie privée. Peut-être une carte qu'elle garde en main au cas où les lendemains seraient moins chantants.
Rama Yade bâtit son succès sur des gloires finissantes. Tire sa force de leur déclin. Au quai d'Orsay, la secrétaire d'Etat a pu se faire un nom car le ministre d'ouverture finissait le sien. Au printemps 2011, elle abandonne l'UMP quand le diagnostic vital du parti est en jeu. Virée ou pas de son poste d'ambassadrice, elle s'en moque, elle saura nourrir son succès de la charogne UMP. Allons enfants !
Ne jugeons pas l'acte à l'aune d'une quelconque morale. Car la rupture, même violente, c'était le thème de campagne du candidat Sarkozy. Il lui aura fallu 4 ans pour appliquer son projet à son propre parti. Dès les premiers mois du quinquennat, le départ de Cécilia et le remariage du président entérinaient au plus haut sommet de l'Etat la fin du modèle traditionnel de la famille. La bonne vieille famille politique qui se serre les coudes est une denrée périssable, elle aussi. « Ensemble, tout devient possible », qu'il disait.
L'heure est aux familles recomposées. Alors, le meurtre consommé, Rama Yade s'est rapidement trouvé en la personne de Jean-Louis Borloo le beau-père qu'il lui fallait. Bien plus accueillant que Jean-François Copé, cet homme pressé dont la conquête du parti majoritaire fera sans doute bientôt l'objet d'un film de Xavier Durringer.
Aux belles heures du gouvernement, le petit-déjeuner des ministres pouvait jouer au repas de famille du dimanche. On discutait du nombre de fonctionnaires à supprimer comme on débat de la cuisson du gigot. Déjà la benjamine pestait de ce que l'on reléguait les droits de l'homme au dessert. Cette comédie factice de la fratrie soudée autour de l'hyper-papa, très peu pour elle.
Elle snobait la solidarité gouvernementale, Rama Yade. Secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, elle revendiquait son propre droit à la parole, ainsi qu'un devoir d'ingérence dans les affaires de Bernard Kouchner. Pas vraiment le sens de la famille, donc.
La presse collectait les saillies de Rama Yade comme aujourd'hui les lapsus de Rachida Dati. On se souvient de sa prise de position détonante au moment de la venue de l'ex-futur-dictateur Kadhafi : « la France n'est pas un paillasson sur lequel on peut venir s'essuyer les pieds ». Elle-même a essuyé un échec amer, quoi qu'elle en dise, en étant débarquée du gouvernement après avoir joué un temps la mère-la-morale de l'équipe de France de football.
Rassurez-vous, Rama Yade garde « de l'affection » pour le président et ex-mentor. Bientôt ex-président, si l'on en croit les sondages et la portée symbolique du fait divers qui nous occupe : le parricide se double d'un régicide. En renflouant avec d'autres le rang des hérauts du « bon sens » et des « valeurs républicaines », réunis derrière Jean-Louis Borloo, Rama Yade participe, modestement mais sûrement, à l'éclatement de l'UMP et au piétinement de la cohésion qui en faisait la force. Le débat sur la laïcité a eu raison de cette union sacrée. Allons enfants de la Sarkozie, le jour de la trahison est arrivé.
Mais comment rester fidèle à un père dont la seule constante est l'impopularité? Comment se poser en héritier légitime de Sarkozy, cet « enfant roi sans surmoi » (Franz Olivier-Giesbert)? Malheur au pays qui est gouverné par un enfant. Malheur aux bébés-Sarkozy qui n'auront pas quitté le navire à temps.
Suave mari magno... Il est doux pour Rama Yade, quand la vaste mer de l'UMP est soulevée par les vents, d'assister du rivage au naufrage du gouvernement. D'observer les gesticulations de Claude Guéant, nouveau garde-frontière de la Gaulle (aux Gaulois!), de s'amuser de ce que la droite néo-protectionniste se protège de tout sauf d'elle-même. Le 21 avril, Rama Yade a fêté l'inauguration de son club politique place de la Bastille, brandissant le drapeau jeuniste au nez et à la barbe de la vieille garde RPR dont la forteresse est plus que branlante.
Ambassadrice de la France à l'UNESCO, elle prépare sereinement sa candidature aux sénatoriales en septembre. Ou peut-être se réserve-t-elle pour les législatives. On verra.
Problème : celle qui s'est rendue célèbre pour le droit de parole qu'elle s'arroge ne se plie pas au devoir de réserve imposé par sa nouvelle fonction d'ambassadrice. Gérard Larcher le rappelait sur l'antenne de Radio J dimanche 10 avril : Rama Yade doit représenter « toute la France ».
Que l'on comprenne bien. Le nouveau credo du gouvernement étant de défendre « la France, rien que la France », il faut bien que d'autres récupèrent la vieille ambition d'œuvrer pour «toute la France ».
Le président du Sénat a voulu prendre Rama Yade en flagrant délit de conflit d'intérêts : les intérêts supérieurs du pays qu'elle représente à l'UNESCO contre des intérêts politiciens et partisans. Que ces derniers intérêts soient en contradiction avec ceux de l'UMP est bien sûr pure coïncidence.
En nommant Rama Yade au poste d'ambassadrice après le remaniement ministériel, Nicolas Sarkozy a-t-il simplement concédé à la jeune intrigante un lot de consolation, un chèque-cadeau en Ferrero Rochers et belles valeurs universelles, comme il accorde à d'autres la légion d'honneur? Ou a-t-il appliqué la jurisprudence DSK : nommer un potentiel gêneur à un poste qui le prive de sa liberté de parole? Quoi qu'il en soit, il n'aura pas obtenu la gratitude filiale escomptée, pas plus qu'il n'aura réussi à faire taire une voix dissidente.
Rama Yade sur la sellette ne jouera pas la fille prodigue. Elle continue de mettre en scène sur les plateaux de télévision la franchise faussement naïve d'un bébé-Sarkozy entré dans la cour des grands, qui se découvre soudain centriste. Son joker, c'est son sourire, aussi souvent gêné que frondeur. Elle reste aussi discrète sur l'homme qui partage sa vie qu'une Miss France tenue par Endémol et son comité éthique d'être célibataire. Parce qu'elle craint d'être comparée à Rachida Dati, autre électron libre, à toute question jugée indiscrète elle réplique qu'elle n'étale pas sa vie privée. Peut-être une carte qu'elle garde en main au cas où les lendemains seraient moins chantants.
Rama Yade bâtit son succès sur des gloires finissantes. Tire sa force de leur déclin. Au quai d'Orsay, la secrétaire d'Etat a pu se faire un nom car le ministre d'ouverture finissait le sien. Au printemps 2011, elle abandonne l'UMP quand le diagnostic vital du parti est en jeu. Virée ou pas de son poste d'ambassadrice, elle s'en moque, elle saura nourrir son succès de la charogne UMP. Allons enfants !
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