Qui se souviendra du discours de Dakar de Martine Aubry?
C’est passé complètement inaperçu, mais Martine Aubry était à Dakar la semaine dernière pour assister au Forum social mondial et délivrer un discours sur les relations Europe/Afrique. Alors que les passages de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal dans la capitale sénégalaise avaient été commentés dans toutes les gazettes, que retiendra-t-on du discours de Dakar de Martine Aubry?
Réponse: rien du tout.
Cela peut paraître cruel et lapidaire, mais, à part pour les militants aubrystes du Parti Socialiste, il n’y a rien à retenir du discours de Martine Aubry à Dakar.
Coincé dans l’agenda entre la déclaration d’Anne Sinclair, l’émission de Nicolas Sarkozy et le départ d’Hosni Moubarak, Martine Aubry a montré qu’elle maîtrisait décidément bien mal les codes médiatiques.
Là où la tirade de Nicolas Sarkozy sur l’homme Africain avait alimenté les débats, et là où Ségolène Royal avait su marquer sa visite au Sénégal de son empreinte en s’excusant pour ce même discours de Nicolas Sarkozy, Martine Aubry a tout simplement fait un flop.
Et pourtant, elle l’avait préparé, répété, révisé ce discours. On allait voir les prémisses d’une vision aubryste des rapports sociaux à l’échelle mondiale. Dominique Strauss-Kahn allait passer pour un vulgaire amateur de Rolex et de dîners en ville. Aubry, elle, allait se poser en chantre de nouveaux rapports Nord/Sud et allait conquérir les coeurs de la gauche altermondialiste.
Mais, cette fin de semaine, les médias couvrant le Parti Socialiste n’avaient qu’une envie : discuter du retour éventuel de DSK. Ségolène Royal aurait improvisé une polémique, trouvé un moyen de tirer la couverture médiatique à elle, ce que Martine Aubry ne sait décidément pas faire.
Est-ce seulement la faute des médias? Lorsque l’on lit ce discours de Dakar à la sauce aubryste, on n’y trouve rien de bien nouveau: repentance, condamnation de la colonisation et de l’esclavage, aide au développement, cogestion des questions migratoires entre l’Europe et l’Afrique, que Martine Aubry devrait étudier plus en profondeur dans les geôles Marocaines et Libyennes, là où l’Europe a précisément délégué aux forces de police la responsabilité de filtrer les candidats à l’immigration…
C’est l’habituel compassionnel démagogique, là où les Africains souhaiteraient peut-être qu’on leur parle emplois, niveau de vie, barrières douanières, voire même éventuellement népotisme et démocratie, ce qui aurait pu être intéressant devant Abdoulaye Wade.
Il est dommage pour elle que Martine Aubry n’ait pas su ou pu trouver une touche personnelle, une quelconque originalité qui aurait permis à ce discours d’être une première pierre avant une éventuelle candidature aux primaires socialistes. Au lieu de cela, elle a préféré plaire aux intellectuels Sénégalais et aux militants altermondialistes, mais, jusqu’à preuve du contraire, on ne gagne pas une présidentielle en restant dans ce registre.