Quand Nicolas Sarkozy utilise Bernadette Chirac contre François Hollande

Publié le par DA Estérel 83

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 Après l'épisode tragique de Toulouse, Sarkozy est redevenu le candidat de la droite, obsédé par son rival Hollande et décidé à le décrédibiliser par tous les moyens. Pour Thierry de Cabarrus, il a téléguidé la déclaration de Bernadette Chirac sur le "gabarit" du candidat PS.

Thierry de Cabarrusr Critique de politique et cinémaëlle-Marie Zimmermann  

Décidément, François Hollande montre une résistance que l'on ne soupçonnait pas en début de campagne. Lui que ses amis du PS disaient "flou" et "mou", lui que les snipers de l'UMP ne cessaient d'accuser de tous les défauts, est devenu la cible obsessionnelle et permanente du président sortant lui-même. Nicolas Sarkozy mène une campagne haineuse et multiplie les charges contre un adversaire qui, à l'évidence, lui fait peur.

 

Nicolas Sarkozy et François Hollande en février 2012 (F.DUFOUR/E.FEFERBERG/AFP)

Nicolas Sarkozy et François Hollande en février 2012 (F.DUFOUR/E.FEFERBERG/AFP) 

 

Mais le candidat socialiste tient de choc. À tel point que son adversaire sort le grand jeu pour tenter de le déstabiliser et de détruire son image de présidentiable: il utilise Bernadette Chirac pour lui faire dire que Hollande n'aurait pas "le gabarit" qu'exige la fonction.

 

Un argument d'autant plus étrange que Sarkozy l'a démontré: jamais pendant ces cinq ans, sauf à de rares moments de crise, lui-même n'est parvenu à se hisser à la hauteur de la fonction.

 

"Un chicaneur de cour de récré"


Si donc le président Sarkozy n'a pas toujours eu «le gabarit» durant son quinquennat, le candidat Sarkozy, lui, dérape franchement et rabaisse le niveau de la campagne.

 

Dans ses meetings, quand il traite tour à tour Hollande de "cynique", de "lâche", de "menteur" ou "d'incompétent" (comme à Lyon), quand il lui fait le procès de "ne pas aimer la France" (comme à Marseille), quand il  l'accuse de "tergiverser, hésiter, esquiver, finasser, refuser de voter les lois"(comme à Rueil-Malmaison), François Hollande garde son calme et sa ligne stratégique: il lui rétorque, (comme à Bastia) :

 

"Moi, je dois être dans le sérieux, la constance, la hauteur de vues. Ce qui ne m'empêche pas de répliquer aux flèches. Lui, c'est un chicaneur de cour de récré : 'Tu me cherches, tu me trouves'. Or il faut éviter la cour de récré."

 

Cette stratégie de l'élégance face à la violence irresponsable de l'adversaire semble plutôt payante. Dans les sondages, le candidat socialiste ne décroche toujours pas, même si l'écart entre les deux hommes se resserre au premier tour. Mieux, Hollande conserve au minimum un avantage de 8 points au second tour sur Sarkozy.

 

La parenthèse de Toulouse se referme


Pendant l'épisode dramatique de Toulouse et de Montauban, puis pendant la mise hors d'état de nuire (interminable) de Mohamed Merah, deux séquences politiques qui ont permis au candidat Sarkozy d'endosser quelques instants le costume du président protecteur, le socialiste s'est trouvé pris au piège, contraint qu'il était de maintenir un comportement digne et compassionnel, sans pour autant laisser à son adversaire toute la place.

 

Un épisode qui, pour des raisons purement institutionnelles, a offert une prime au sortant dont on a pu constater l'effet dans les sondages: le leader de la droite a finalement rattrapé son adversairedans les intentions de vote au premier tour.

 

Mais cette fois encore, François Hollande ne s'est pas affolé. Avec un sens tactique qui n'est plus à démontrer, il a laissé  Nicolas Sarkozy, qui n'en est pas à une contradiction près, qui n'hésite pas à changer son comportement selon les circonstances, (digne un jour, indigne le lendemain), reprendre ses attaques personnelles contre lui.

 

Sarkozy a eu beau vouloir prolonger la séquence à son avantage, par exemple maintenir Hollande sur le seul terrain de la sécurité, réputé plus favorable à la droite, il s'est de nouveau laissé aller à la violence verbale et ce sont ses petites phrases assassines que les Français ont retenues plutôt que le fond du débat.

 

Le coup du "Hollande est nul"


Au même moment, une confidence du président-candidat faite à un journaliste du Monde (Hollande est "nul" et "ça commence à se voir") a montré, si c'était nécessaire, que la séquence tragique était bien terminée et que la campagne électorale reprenait ses droits et son niveau... de caniveau.

 

Désireux de prouver que son adversaire n'était pas à la hauteur, Sarkozy a repris son travail de destruction, sans effet pour l'instant. Mais il a reçu sur ce terrain un appui inattendu de Bernadette Chirac : "François Hollande, a-t-elle déclaré, est un homme parfaitement courtois (...) mais ce n'est pas le gabarit d'un président de la République".

 

Une phrase terrible, destinée à faire oublier le célèbre "Je voterai Hollande!» de son mari Jacques Chirac, mais qui n'auront sans doute pas de réel impact sur l'opinion publique.

 

Car les Français le savent: aucun président qui arrive à l'Élysée n'a "l'expérience", pour reprendre les termes de Bernadette Chirac, et donc la carrure pour assumer cette mission considérable. Pour autant, les événements se chargent, le plus souvent, de forger les présidents fraîchement élus à ce rôle éminent.

 

Nicolas Sarkozy lui-même, dans une sorte de mea culpa à la télévision, a pris les Français à témoin en reconnaissant qu'il n'y avait aucune commune mesure entre le rôle d'un ministre et celui de chef de l'État, et qu'il avait mis... cinq ans à entrer dans la fonction.

 

Une question de nature, pas d'expérience


"J'ai appris", "j'ai compris" a-t-il confié à nouveau devant 60.000 militants lors de son meeting de Villepinte. Mais c'est la journaliste Catherine Nay, l'auteur de "L'Impétueux", un livre destiné à redorer le blason du président candidat, qui a le mieux montré à quel point Sarkozy s'était finalement avéré incapable d'entrer dans le costume de chef d'État parce qu'il était, expliquait-elle, "trop humain".

 

"Avoir le gabarit" n'est pas une question d'expérience, mais de nature. Et sur ce terrain, François Hollande n'a rien à envier au président sortant. Voilà déjà un an que le socialiste se prépare, prend garde d'avoir un comportement toujours digne, à la hauteur de la fonction qu'il convoite.

 

 Voilà un an que le socialiste prend de la hauteur, manifeste jour après jour  son désir de rassembler les Français, tandis que le sortant, lui, se comporte comme un chef de clan, divise et désigne des boucs émissaires, refusant d'assumer la responsabilité de son bilan calamiteux.

 

L'un s'agite, s'énerve, se fâche, multiplie les promesses en fonction  des événements (maintenantdes lois antiterroristes) , l'autre reste serein en toutes circonstances (sondages, attentats), fidèle à la stratégie d'apaisement qu'il a adoptée.

 

Mitterrand : "Chirac n'a pas la carrure"


Il reste que la phrase de Bernadette Chirac est terrible. Elle n'est pas sans rappeler une confidence que m'avait faite François Mitterrand en novembre 1986, lors d'un voyage de presse en province.

 

Comme il en avait l'habitude, le président socialiste avait faussé compagnie à tout le monde pour se retrouver seul dans une salle de l'hôpital qu'il visitait en compagnie d'une trentaine de journalistes.

 

J'étais par hasard dans cette pièce et nous avons partagé une ou deux minutes d'intimité (nous étions seuls, sans le moindre garde du corps) pendant lesquelles je lui ai posé une question décalée, à propos de son Premier ministre de cohabitation qui venait, à ses yeux, de "le trahir".

 

Jacques Chirac avait accordé une interview fracassante au "Washington Times" dans laquelle il mêlait diplomatie et politique intérieure. J'ai demandé au président ce qu'il en pensait. Il m'a répondu, plongeant dans mes yeux son regard métallique et esquissant un sourire un peu inquiétant : "Chirac fait n'importe quoi... il n'a pas la carrure ! Mais, allez... Un jour, vous verrez, il sera quand même président !" Puis la foule des journalistes avait absorbé le chef de l'État et la visite s'était poursuivie.

 

Cette anecdote pour confirmer que, quand bien même Hollande n'aurait pas "le gabarit", à l'Élysée, c'est la fonction qui fait l'homme. Presque toujours. Car dans le cas de Nicolas Sarkozy, l'homme a pris le pas sur le président et a, du même coup, désacralisé la fonction.

 

Gageons qu'avec François Hollande, une telle mésaventure ne devrait pas se produire.

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Publié dans Billet

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V
et Chichi il vote toujours Hollande ou Bernadette lui a fermé l'accès à son lit !!!
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