Quand le ministre sort l'arrosoir
Même s'il est trop tôt pour le dire, il n'est pas exagéré de penser que, la moitié des départements français étant aujourd'hui frappés par cette sécheresse, l'ardoise va être lourde.
Sans doute pourrait-on, en étant un brin malicieux, souligner qu'il était préférable pour les agriculteurs que la sécheresse qui les frappe aujourd'hui ait lieu en année pré-électorale pour espérer que l'Etat prenne toute la mesure de leur détresse.
Il reste que, face à cette calamité qui touche la France agricole de plein fouet, on ne peut que souligner la promptitude avec laquelle le ministre de l'Agriculture s'est emparé de ce dossier. A l'issue d'une réunion hier avec les représentants des organisations agricoles, des producteurs, des industriels et des distributeurs des filières animales, Bruno Le Maire a décidé de lancer sans plus attendre le processus d'indemnisation des paysans.
Prenant la mesure de la gravité de la situation - jamais on n'avait connu une telle carence en eau depuis la terrible année 1976- Bruno Le Maire a donc convoqué le fonds de garantie des calamités agricoles pour le 15 juin. Dans la foulée et dès le 12 juillet, les arrêtés seront pris afin que les indemnisations puissent commencer à être distribuées chez les paysans à partir de la mi-septembre. Quel sera le montant de ces indemnisations ?
Même s'il est trop tôt pour le dire, il n'est pas exagéré de penser que la moitié des départements français étant aujourd'hui frappés par cette sécheresse, l'ardoise va être lourde. Bruno Le Maire avouait lui-même hier lors de sa conférence de presse que si l'enveloppe n'était pas encore évaluée, il serait «naïf de penser qu'on s'en sortirait à 80 ou 100 millions d'euros»...Pour autant, le ministre persiste à affirmer qu'il n'est pas question de mettre en place un «impôt sécheresse».
Difficile en effet d'expliquer au contribuable-électeur qu'il va devoir mettre la main à la poche alors que, depuis quatre ans, la communication gouvernementale s'appuie sur la baisse des impôts... Pourtant même si les banques -à commencer par le Crédit Agricole qui doit avancer 700 millions de trésorerie aux éleveurs- et les assurances vont être sollicitées, on ne voit pas par quel miracle, dès lors que les finances du pays sont dans le rouge, on pourrait faire autrement que de solliciter le contribuable.
Qui d'ailleurs penserait à s'en offusquer à moins de nier à la fois la réalité ou encore de faire litière à la nécessaire solidarité nationale ? Il reste que cette nouvelle alerte climatique devrait nous alerter à plus long terme sur les différents modes d'agriculture que notre pays et l'Europe doivent encourager. A la fois pour l'avenir de nos paysans.
Des consommateurs. Et de l'environnement. Il est sans doute temps de stopper le productivisme à tout crin et de s'orienter vers une agriculture plus adaptée aux ressources en eau de notre pays. Aujourd'hui vécue comme une calamité, cette sécheresse peut, si on le veut, être également une chance pour évoluer vers une agriculture plus responsable.