PS: le costume qui va à tout le monde

Publié le par DA Estérel 83

CL11112010

 

 

Le programme de François Mitterrand contenait 110 propositions. Elles avaient pour ambition de «changer la vie». Hier, Martine Aubry a avancé - plus modestement - les 30 chantiers du programme du PS pour le «changement de la France» en 2012. La principale différence entre 1981 et aujourd'hui, outre qu'on a changé d'époque, tient pourtant bien moins à une différence quantitative qu'à une autre donnée de poids. 

En 81, le programme était taillé pour un seul homme alors qu'aujourd'hui chacun des prétendants à la primaire socialiste peut y trouver chaussure à son pied. En 81, les 110 propositions faisaient partie de la panoplie mitterrandienne au même titre que l'écharpe rouge et le chapeau noir du Jarnacais. Même Georges Marchais, le tonitruant et colérique patron du parti communiste qui pourtant avait alors un véritable poids électoral, avait dû remiser ses tentatives de retricoter à sa mode la version relookée du programme commun de la gauche. Celui-ci était destiné d'emblée à être porté par François Mitterrand et lui seul. Fait sur mesure, il collait comme un gant au candidat à l'Elysée. Mitterrand était devenu la seule et unique incarnation de ces 110 propositions.

Cette fois-ci, il en va bien différemment. Même si c'est la Première secrétaire qui en a supervisé l'élaboration, le projet socialiste est d'abord l'oeuvre d'un collectif. Ce sont les petites mains de DSK, de Hollande, de Montebourg, de Royal, de Valls et d'Aubry qui ont été chargées de choisir les thèmes, de tailler, de coudre, d'ajuster chaque pièce de ce qu'il convient moins d'appeler un programme qu'un brouillon, qu'une esquisse de programme. Pour rester dans la métaphore, ce qui a été présenté hier, ressemble plus à un patron qu'à un costume prêt à être porté sans retouche par celui qui sera choisi pour le défilé final de mai 2012.

La preuve ? Ce préprogramme plaît à tout le monde au parti socialiste. Tellement à Martine Aubry qu'elle pourrait l'enfiler et être candidate comme un lapsus malheureux a pu le laisser croire hier ? En tout cas assez pour que François Hollande juge le «travail sérieux». Que Pierre Moscovici, député strauss-kahnien surenchérisse en estimant que «tout candidat socialiste peut vivre avec ce projet». Et qu'on découvre le même satisfecit de la part de Manuel Valls quand celui-ci note que le projet est «compatible avec toutes les démarches, toutes les candidatures, et avec tous les socialistes».

On ne pourrait dire mieux que le costume taillé rue de Solférino est à la fois sérieux, sobre, facile à porter. Reste désormais à chaque candidat à la primaire à s'y glisser, et à lui apporter l'originalité indispensable. A chacun de tester son élasticité mais en prenant bien garde de ne pas en faire craquer les coutures. Le défilé - pardon le dépôt des candidatures à la primaire - commence, lui, officiellement le 28 juin.

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