Primaire socialiste: les candidats ont tenté de marquer leurs différences

Publié le par DA Estérel 83

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Deuxième débat de la primaire socialiste, ce mercredi soir, organisé par LCP, I-télé, Europe1 et Le Parisien. Faut-il dire deuxième succès? Le premier avait surpris, mettant les six candidats en mesure d'énoncer quelques convictions, sans petite phrase ni coup de couteau dans le dos. Mais les règles figées de ce premier exercice et l'absence de confrontations réelles, avaient laissé de gros points d'interrogation.

Une première réponse a été donnée ce mercredi. Oui, les socialistes et l'invité de la famille, le radical Jean-Michel Baylet, sont capables de débattre sans s'étriper. De ce point de vue, c'est une confirmation: la primaire a aussi, au-delà des critiques qui peuvent lui être faites, cet effet démocratique de voir la politique se penser et se discuter au sein d'une même famille.

Mais ces belles intentions ont vite des limites. Des limites, puisque chacun s'adresse en priorité à sa cible, ou plutôt à ce qu'il croit être sa cible: un corps électoral dont personne ne connaît pourtant les contours. A ce jeu, l'objectif était donc de marquer les différences et les individualités sans provoquer de tueries entre amis. Il était aussi de taper sur le clou, sur les clous choisis par chacun des candidats.

C'est d'abord la crise sociale et la crise économique qui ont occupé les six candidats durant une heure trois quarts sur les deux heures et quart du débat. Et là, certes, chacun a rivalisé de propositions, de mesures, allant de la punition brutale  à la suggestion amicale... L'Europe, sa crise spécifique qui, de crise financière, est devenue une crise monétaire et une crise politique majeure a été systématiquement évacuée, après avoir été seulement évoquée lors du premier débat.

Mais l'enjeu principal était ailleurs et les typologies se marquent. François Hollande a ainsi réussi de manière sans doute trop voyante à décliner un discours général qui le plaçait déjà au deuxième tour de l'élection présidentielle: l'avantage est dans la posture, de celui qui se proclame un peu vite incontournable; l'inconvénient est de s'émanciper de toute proposition précise pour s'en tenir à quelques slogans impressionnistes tournant à la banalité. C'est le problème majeur de François Hollande: croire que pour parler à tous, il faut parler général. Au risque que le général sonne creux.

Face à lui, Martine Aubry a pu aisément dérouler vingt-cinq ans d'expérience dans le social et un solide argumentaire pour tailler en pièces le fameux «contrat de génération», l'une des mesures phares de François Hollande. Aubry portant avec elle de longues années de négociations et de législation ainsi que la «légitimité» du bon vieux parti: l'argument portera certainement, même si l'ombre tutélaire de la période Jospin n'est pas forcément à même d'enchanter les électeurs potentiels.

Et Ségolène Royal? Restée en retrait et grande oubliée du premier débat, elle s'est cette fois remise en première ligne, retrouvant quelques-uns de ses plus efficaces accents de 2007. «Ordre juste», «régime de corrompus», «encadrement militaire des jeunes délinquants», Ségolène Royal assume tout et plus encore. Sa volonté de s'émanciper de bon nombre de règles censées assurer le fameux «sérieux» du candidat-gestionnaire pour parler directement aux «Françaises et Français qui souffrent» lui ont permis de marquer des points.

Les deux «surprises» du premier débat ont elles aussi été confirmées. Arnaud Montebourg et sa volonté de «mettre au pas la finance»; Manuel Valls et sa certitude d'être de«gauche» tout en assumant des propositions le positionnant clairement à la droite du parti. L'autre confirmation, et c'est sans doute là la principale, est le positionnement définitivement centriste du parti socialiste, là où les programmes sont plus divers quand il s'agit d'économie. On aura pu ainsi constater que sur des questions centrales de la vie publique, aucun des six candidats n'assume des positions claires de rupture.

La régularisation des étrangers en situation irrégulière: sur critères, et sur critères seulement. Le droit de vote des étrangers aux élections locales (qui figure dans le projet du PS)? Pas évoqué.  L'indépendance de la justice en coupant le lien qui subordonne le parquet à l'exécutif? Pas évoqué comme tel. Les affaires et cette corruption au cœur de la République? Rien à dire, à l'exception d'Arnaud Montebourg. Chacun veut revivifier la démocratie mais un mode d'emploi précis reste à écrire.

La première mesure

C'est la question liminaire posée aux six candidats par Arlette Chabot: tous ont -sans surprise- repris les grands axes déjà évoqués lors de leur premier échange.

> Ségolène Royal: la réforme bancaire 
Elle veut «remettre de l'ordre dans la maison France», d'abord en lançant la réforme bancaire -pour, comme elle le répète systématiquement, que les banques «obéissent» et non qu'elles «commandent». Plus tranchante que lors du premier débat, Royal a ensuite évoqué la nécessité d'un «gouvernement paritaire, sans aucun cumul et irréprochable», avant de dérouler quatre de ses mesures fétiches: le blocage du prix de l'essence et de 50 produits de première nécessité, la réforme fiscale, la formation des enseignants et le rétablissement des postes pour la rentrée 2012, et la retraite à 60 ans.

> Martine Aubry: le salaire du chef de l'Etat 
L'ancienne première secrétaire du PS a entamé son propos en promettant de réduire le traitement du président de la République si elle est élue. Toujours sérieusement et furieusement jospinienne, elle a ensuite annoncé un «plan anti-crise», avec les deux axes qu'elle défend constamment: à la fois la réduction des dépenses publiques et la relance de la croissance. Au lendemain de l'élection, Aubry veut aller voir Angela Merkel pour discuter d'une «réponse européenne». Sa première loi, enfin, sera consacrée à l'égalité professionnelle. Une promesse déjà annoncée à plusieurs reprises.

> François Hollande: la confiance
Tel un stratège en com', le favori des sondages a continué de survoler les débats en évitant d'entrer trop dans les détails. «Présidentiel» pour les uns, «hors-sujet» pour d'autres. Hollande s'est concentré sur deux points qu'il a placés au coeur de son programme. D'un côté la jeunesse avec la mise en place de son contrat de génération (pages suivantes) et un grand plan pour l'éducation; de l'autre, la réforme fiscale. A chaque fois, le message est le même: «Il faut d'abord rétablir la confiance.»

> Arnaud Montebourg: la mise sous tutelle des banques
Sans surprise, sa première loi serait «la mise sous tutelle des banques», avec l'entrée de l'Etat au capital des banques pour les contraindre à financer les ménages et les entreprises, et non la spéculation, ou encore la lutte contre les paradis fiscaux. «Sans ces mesures, rien ne sera possible pour le redressement de la France», a dit le député de Saône-et-Loire.

> Jean-Michel Baylet: l'Europe
Le chef du Parti radical de gauche axe sa réponse à la crise sur la question européenne: au lendemain de son élection, ce n'est pas seulement la chancelière allemande Angela Merkel qu'il veut rencontrer mais «les 17 pays de la zone euro», pour enclencher une «gouvernance économique commune». Puis en juillet, Baylet veut un «plan de redressement pour assainir les finances et faire la réforme fiscale» -en lançant un appel «à l'opposition républicaine».

> Manuel Valls: le rôle du juge d'instruction
Une nouvelle fois, le député et maire d'Evry s'est posé en candidat de la «vérité» qu'il faudrait dire aux Français. «Je ne crois pas aux effets d'annonce et aux formules magiques», a-t-il dit. Avant d'évoquer, sans  parler directement des affaires qui menacent aujourd'hui l'Elysée, l'empêchement pour le chef de l'Etat de s'immiscer dans la justice, et la nécessité de protéger le rôle du juge d'instruction. Enfin, la «première priorité» de Valls, mercredi soir, était l'emploi, avec la volonté de créer un ministère de la «production industrielle» (et non plus de l'industrie comme il existe déjà).

Les mesures sociales

Une bonne moitié du débat a été consacrée de nouveau à la crise mais alors que les candidats s'étaient surtout attachés à parler dette et déficit lors du premier échange, ils se sont cette fois concentrés sur les mesures sociales qu'ils prônent s'ils sont élus. Et fait, souvent, étalage de leurs divergences.

L'emploi des jeunes

Ainsi sur le contrat de génération proposé par François Hollande. Lui estime qu'il faut exonérer de cotisations sociales les entreprises embauchant un jeune tout en maintenant dans l'emploi un senoir. Mais plusieurs de ses concurrents s'y sont opposés mercredi. Martine Aubry en avait déjà dénoncé l'inefficacité et les effets d'aubaine lors du premier débat; elle l'a redit mercredi soir: «Je l'ai déjà fait, j'ai eu tort», a-t-elle dit, en référence à une mesure prise par le gouvernement Jospin pour favoriser l'emploi des jeunes en contrepartie d'exonération de cotisations. «Tous les syndicats sont contre», a martelé Aubry. Ségolène Royal lui a emboîté le pas mercredi: «Il ne faut pas créer de nouvelles niches sociales».

Mais toutes deux ne sont pas d'accord sur l'alternative: Aubry défend les emplois d'avenir (les emplois jeunes version 2011) compris dans le projet socialiste, quand Royal prône un développement de la formation en alternance. Un choix également soutenu par Manuel Valls -«l'alternance est une voie royale», dit-il.

Quant à Jean-Michel Baylet, il n'a eu de cesse de s'opposer à une vision qu'il juge trop étatiste. «Je suis très réticent sur les emplois aidés», a expliqué le Toulousain. Lui se rapproche plutôt de Hollande en proposant lui aussi une exonération de cotisations pour les patrons, «si une PME recrute un jeune en CDI».

Lutte contre les licenciements

La proposition de Ségolène Royal d'interdire les licenciements boursiers a provoqué un débat parmi les candidats. 
Martine Aubry est, elle, favorable à un droit donné aux salariés de saisir les tribunaux de commerce quand la fermeture n'est pas justifiée par des motivations économiques, pour empêcher que des usines comme Molex ou Continental, symboles de la crise de 2009, ne mettent la clef sous la porte.«Beaucoup trop bureaucratique et trop long», tacle Royal.

Valls est, quant à lui, opposé à «toutes les idées qui nous fassent revenir en arrière», en bon apôtre de la «gauche moderne» qu'il appelle de ses voeux. Tout comme Jean-Michel Baylet. Et finalement... François Hollande: «Je ne crois ni aux solutions judiciaires ni administratives». Il est en revanche favorable à une «dissuasion financière» à supprimer des emplois en faisant payer «très cher les licenciements». Mais sans plus de précision.

Quant à Montebourg, il n'a pas répondu directement, préférant embrayer sur sa «stratégie de réindustrialisation» autour de l'économie verte, qui doit permettre de créer des emplois non-délocalisables.

Augmenter les salaires?

Interrogés sur une éventuelle hausse du Smic, les candidats à la primaire se sont, là encore, souvent distingués. Aucun n'a repris la proposition de Ségolène Royal de 2007 -pas même elle- d'un salaire minimum à 1.500 euros brut. Mais Aubry et Hollande ont tous deux appelé à une hausse du Smic -avec des modalités différentes: la première veut que le Smic suive l'évolution de la moyenne des salaires (et devra donc être augmenté au 1er juillet 2012 si elle est élue), avec un rattrapage sur le quinquennat du blocage décidé par le gouvernement Fillon. «Au-delà, il faudra attendre la croissance», a dit Aubry.

La proposition de Hollande, dans le contexte actuel de crise, est plus modeste: il prône une hausse du Smic uniquement en fonction de la croissance -égale à la moitié de croissance. En clair: si la France a une croissance de 1%, le Smic augmentera de 0,5%. 
Royal et Montebourg se sont eux placés sur un autre terrain. La présidence de Poitou-Charentes a préféré parler de l'ensemble des salaires, et non du seul Smic, en proposant une loi obligeant les entreprises à discuter de hausses de salaires et d'une progression salariale avec les syndicats.

Quant à Montebourg, il a préféré évoqué les dividendes, en demandant une loi dite de «partage» qui prévoit qu'une entreprise verse le même montant en hausses de salaires que celui attribué aux actionnaires via les dividendes. Sur ce volet, Hollande s'est dit favorable à une suppression des stock-options dans les grandes entreprises (mais sans plus de précision sur la nature des entreprises visées). Aubry elle préfère évoquer une imposition de tous les «sur-salaires», au même niveau de cotisation que le reste (c'est la proposition du PS de taxer le capital et le travail à un niveau égal).

Réindustrialiser la France: des mesures protectionnistes?

Tous les prétendants semblent au moins d'accord sur une chose, résumée par Montebourg et Valls recueillant l'assentiment général: «Il faut une nouvelle stratégie industrielle pour la France». Pour Montebourg, celle-ci passe par une «réindustrialisation écologique» et une relocalisation de l'économie semblable à celle du Brésil (qui vient notamment d'obliger Apple à fabriquer des tablettes numériques sur son territoire), confortée par des mesures protectionnistes. «Sinon, nous arroserons le sable», a soupiré Montebourg. Et de réitérer ses remarques du premier débat, selon lesquelles «les autres pays du G20 ont pris 290 mesures protectionnistes d'après l'OMC, tandis que nous, les Européens, sommes les naïfs de la classe».

Martine Aubry a prôné «une taxe sociale et environnementale à l'entrée du territoire», sur les produits fabriqués hors de l'UE. Quant à Ségolène Royal, elle a mis l'accent sur «l'interdiction des délocalisations», en appelant à «conditionner les aides aux entreprises» qui agiraient de la sorte. Puis elle a marteler son idée de «Grenelle des PME», afin d'aider au sursaut productif français, ainsi que sa«révolution écologique» pour créer de nouveaux emplois.

Quant à François Hollande, il est resté -comme souvent- plus général: «La seule stratégie c'est l'offensive», a-t-il avancé, notamment en matière d'investissement «dans la recherche et l'innovation», mais sans répondre précisément à la question posée. Manuel Valls a lui juste convenu qu'il faudrait «taxer les produits très agressifs venant de Chine», mais a surtout prôné l'instauration d'une TVA sociale (et donc d'augmenter la TVA), avant de convenir, en cours de débat, qu'il pourrait«exonérer les produits de première nécessité». Une proposition inadmissible pour Jean-Michel Baylet, selon qui«la TVA sociale, ça reste une TVA qui pèse sur tous les citoyens». Pour Arnaud Montebourg, cette TVA sociale «est une idée de droite, et la droite a été battue là-dessus», a-t-il exprimé en référence à la sortie de Laurent Fabius face à Jean-Louis Borloo, entre les deux tours des législatives de 2007.

Sécurité et immigration: un relatif consensus

La sécurité

Les candidats se sont attachés à montrer l'image d'une gauche crédible et à exercer un droit d'inventaire sur le sujet phare de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

François Hollande se charge du bilan de la politique sécuritaire de Sarkozy. «Il y a des gens qui ne peuvent plus sortir de chez eux tellement ils ont peu de ce qui peut se passer dans leur cage d'escalier», dramatise l'élu corrézien. Et de tacler «l'échec très grave» de la droite et des violences aux personnes qui «ont augmenté de 20%, ce qui est un record». Pas, selon Libération, qui y avait récemment consacré un Désintox constatant que «les atteintes aux personnes enregistrées progressaient plus fortement entre 1997 et 2002».

Selon Ségolène Royal, «il y a une prise de conscience sur un sujet qui n'était pas très consensuel en 2007, quand je défendais la sécurité, le drapeau, l'encadrement militaire etc.» Notamment car le PS a aujourd'hui «des élus locaux confrontés à ces problèmes là», estime-t-elle.

De fait la plupart des candidats se sont déclarés favorables à la proposition d'encadrement militaire pour les jeunes délinquants, raillée en 2007, et aujourd'hui reprise par le député UMP Eric Ciotti.

Autre proposition consensuelle, remettre des policiers sur le terrain. «10.000 policiers en plus», confirme Martine Aubry, qui chiffre la mesure à 300 millions d'euros. Mais pas n'importe où, n'importe comment. «Il faut mettre le paquet dans les quartiers où ça va le plus mal», résume Manuel Valls, ce que François Hollande appelle les «zones de sécurité prioritaires». «Aujourd'hui, il y a autant de policiers dans les Hauts-de-Seine (...) qu'en Seine-Saint-denis alors qu'il y a deux fois plus d'actes de violence dans le second département», illustre Jean-Michel Baylet.

Avec des inflexions. Le député-maire d'Evry, Manuel Valls, entend «généraliser les polices municipales» qui ont «un rôle de police de proximité». Arnaud Montebourg veut, qu'à l'image des bonnes relations entretenues entre policiers et habitants à Chicago, la sécurité devienne «une question gérée par tous».

Même unanimité sur la sanction dès le premier acte de délinquance, dans une thématique étonnement droitière.«Tolérance zéro dès le premier acte», exige même Jean-Michel Baylet. Ce qui permet à Martine Aubry d'évoquer, au passage, une justice en peine. «Les petits dossiers ne sont même plus traités, ils restent pendant trois ans et 90% sont classés», avance-t-elle. 
 

L'immigration

À un moment où les attaques à l'encontre des droits des étrangers sont constantes, où des enfants sont placés en rétention et où des personnes, notamment les Roms, sont stigmatisées en fonction de leurs origines, les candidats aux primaires socialistes ne considèrent pas ce thème comme une priorité. Aucun d'entre eux ne l'a jugé suffisamment rentable électoralement pour le porter en début d'émission. Au contraire, comme embarrassés, ils l'ont expédié en quelques minutes à la fin.

Surtout, sur le fond, ils ont défendu des positions, dans la lignée de ce qu'ils ont fait à propos de la sécurité, proches de celles adoptées par la droite.

Interrogés sur la régularisation des sans-papiers, tous ont retenu l'idée d'une politique au cas par cas, par critères, pas si éloignée de celle que pratique le gouvernement actuel.«Pas de régularisation massive», a martelé François Hollande, donnant le la. «On ne peut pas régulariser tous les sans-papiers, ce serait la porte ouverte à tous les abus», a enchaîné Jean-Michel Baylet, qui s'est dit favorable à la suppression du «délit de solidarité», qui punit les personnes aidant des étrangers en situation irrégulière.

Le projet du PS était déjà en retrait par rapport à la proposition de «régularisation large» formulée par Martine Aubry en novembre 2009. La première secrétaire a définitivement tourné le dos à cette proposition initiale laissée au Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Tout juste Martine Aubry a-t-elle estimé qu'il fallait aller «plus vite»pour «ceux qui travaillent» et «ceux dont les enfants sont scolarisés», faisant référence au long mouvement de contestation des sans-papiers ayant un emploi et payant des cotisations sociales, voire des impôts.

Arnaud Montebourg est allé le plus loin en parlant de critères«généreux». Ce qui a fait sursauter Ségolène Royal. «Moi, je crois qu'il faut être très prudent sur cette générosité au dépend des autres. Attention à ne pas avoir une vision angéliste», a-t-elle déclaré, endossant sans complexe la critique traditionnelle de la majorité. «Pas de régularisation massive (...), surtout pas de régularisation massive», a-t-elle insisté, mettant au contraire l'accent sur le«démantèlement des trafiquants de main d'œuvre». Pire, elle n'a pas hésité à jouer des divisions entre les uns et les autres, se rapprochant d'une rhétorique très à droite, déclarant que«les travailleurs sans papiers pèsent sur les autres travailleurs étrangers».

Manuel Valls a creusé le sillon, commençant par des conditionnels et des mises en garde aussitôt détournés. «J'aimerais tellement dire que l'immigration est une chance. Mais il faut reconnaître que notre système d'intégration ne marche plus», a-t-il affirmé, avant d'assumer le «lien» entre immigration et insécurité au motif que «là où vous entassez des gens qui vivent dans des conditions insupportables, il y a un lien car il y a des filières clandestines qui l'alimentent». Outré par l'exemple de personnes naturalisées qui «pourtant ne parlent pas notre langue», il a estimé que les critères de régularisation devaient être «très clairs, très fermes». En période de chômage et de tensions, a-t-il conclu, «il doit y avoir des reconduites à la frontières», apportant de fait son soutien à la politique d'expulsion menée par Nicolas Sarkozy.

Au final, seul Arnaud Montebourg a osé faire de l'immigration un «atout». Promesse de campagne de François Mitterrand en 1981, le droit de vote des étrangers a à peine été évoqué. Les rares avancées inscrites dans le projet du PS, comme l'instauration d'une progressivité dans la durée des cartes de séjour et la mise en œuvre d'un droit à l'aller-retour pour les étudiants et les saisonniers, sont évincées. Aucun des candidats ne s'est engagé à revenir sur les atteintes multiples au droit des étrangers adoptées depuis 2002.

Les affaires et le rôle de la justice

Le thème du débat oscillant entre affaires politico-financières et avenir de l'institution judiciaire, les candidats n'ont pas franchement approfondi leurs points de vue, aucun ne détaillant franchement sa vision de l'indépendance de la justice, au-delà d'un accord général autour d'une réforme nécessaire du statut pénal présidentiel et la fin de son immunité. Tout juste Martine Aubry a-t-elle faite sienne l'antienne jospinienne d'un changement du mode de nomination des procureurs et de la fin des instructions individuelles au parquet. Façon de ne pas consacrer une totale indépendance, comme la garde des Sceaux Elisabeth Guigou du temps du gouvernement Jospin.

Une passe d'armes a en revanche opposé Aubry et Montebourg au sujet de l'affaire Guérini, après que ce dernier s'est exclamé: «La corruption n'est ni de droite ni de gauche». Estimant que la République est aujourd'hui «une monarchie avec une impunité autour du roi», le député et président de Saône-et-Loire a déploré que «cette impunité a été imité» dans certaines collectivités. Et de lancer:«Prenons nos responsabilités dans les partis aussi! Pour être crédibles en dénonçant les affaires autour de Sarkozy, il est nécessaire que les socialistes fassent le ménage chez eux, comme dans les Bouches-du-Rhône...»

Aubry rétorque: «Moi j'évite de parler avant que la justice n'ait dit la vérité. Dans l'Hérault, le parti a porté plainte au pénal. Mais quand la justice est saisie, je m'exprime que quand la justice s'est exprimée. Il faut arrêter de parler avant de savoir, c'est cela la parfaite indépendance de la justice». Re-réplique de Montebourg: «Quand les socialistes ont demandé la démission d'Eric Woerth, puis celle de Michèle Alliot-Marie, il n'y avait pas d'infraction pénale constatée par la justice...» Paroles à chaque fois entrecoupées par Aubry: «Moi je ne l'ai pas demandée!»

Cela semblait être déjà trop pour Manuel Valls, pour qui «le viol de la loi» par l'entourage de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Karachi et dans les écoutes de journalistes, «où le ministre de l'intérieur devrait démissionner», ne pouvait être «amalgamé» avec les suspicions autour de Jean-Noël Guérini.

Ségolène Royal s'est de son côté contentée de s'affirmer comme «la garante de la morale publique», se prononçant uniquement sur une «inéligibilité à vie pour tout élu condamné à une peine privative de liberté». Ce à quoi Jean-Michel Baylet s'est insurgé, après un vibrant plaidoyer envers la présomption d'innocence qui laisse songeur quand on repense au traitement de l'affaire Baudis par la Dépêche du Midi, car «les peines imprescriptibles sont d'habitude pour les crimes contre l'humanité». Enfin, au diapason de sa prestation tout au long du débat, François Hollande s'est attaché à rester le plus vague possible, estimant que la bascule à gauche du Sénat «permettrait toutes les réformes constitutionnelles jusqu'ici empêchées». Parmi celles-ci, relancée par Arlette Chabot, il a cité.. la limitation du cumul des mandats.

                                                 * * *

A noter dans ce débat une forte propension du réalisateur à montrer F. HOLLANDE lors de l'intervention des autres orateurs, ce ne fut pas toujours heureux pour ce dernier, car à certains moments, il montrait un visage et un sourire sarcastique pour ne pas dire suffisant de celui qui est le favori et qui sait tout sur tout.

Celà dit, F.HOLLANDE a encore une fois démontré qu'il était capable de faire la synthèse des idées des autres à défaut des siennes, un vrai culbuto*

Quand je lis dans la presse ce jeudi qu'il est le candidat favori de Marine Le PEN, je me dis ... qu'est-ce qu'ils ont tous à vouloir F.HOLLANDE comme candidat du PS ? Même S.GUILLON qui se marie et fait enlever en Mairie le portrait de SARKOZY pour le remplacer par HOLLANDE ? A la place de HOLLANDE je me méfierai car la schcoumoune ca existe, n'est-ce pas Mr JOSPIN ?

Signature Serge

* Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu'est un culbuto, en voici un

 

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Publié dans PS

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V
<br /> un petit air de "flanby" le culbuto, malgré les kilos en moins, il parait toujours aussi lourdeau le François ! Il est édident qu'un complot se fourbit pour qu'il soit l'adversaire de Sarko, les<br /> sondages faits sur facebook sont pourtant incontestables : c'est Ségolène !!<br /> <br /> <br />
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