Prévention à retardement
Inquiétude et perplexité. Ces deux sentiments prévalent aujourd'hui à propos de ce qu'il convient désormais d'appeler l'affaire des prothèses mammaires PIP. Inquiétude bien compréhensible des quelque 30.000 Françaises porteuses de ces prothèses depuis l'annonce fin novembre d'un décès par lymphome d'une patiente, puis la détection de quelques cas de cancers suspects en décembre. Perplexité ensuite quant à la manière dont le ministère de la Santé fait face à cette situation.
En annonçant que le «principe de prévention» serait appliqué à toutes les femmes qui souhaiteraient se faire retirer leurs prothèses, Xavier Bertrand a certes entendu les associations qui réclamaient une telle intervention des pouvoirs publics.
Toutefois, la manière dont les choses ont été présentées a de quoi surprendre. En expliquant tout à la fois que l'Etat prendrait en charge les extractions mais qu'il n'y avait aucune urgence à se faire opérer et que la décision revenait aux femmes elles-mêmes, le pire n'étant pas prouvé, le ministre a semé le trouble. Et alimenté des doutes déjà nombreux. En effet, alors que ces prothèses ont largement été exportées, on peut se demander pourquoi il existe un taux de ruptures disproportionnées (de 1 à 5) de celles-ci en France par rapport à des pays comme la Grande-Bretagne, l'Italie, la Hollande ou encore l'Autriche ?
Xavier Bertrand est-il victime du syndrome du Mediator? Y a-t-il un virus typiquement tricolore de l'angoisse qui demain risque de contaminer nos voisins ? Ou, au contraire, ne peut-on pas penser que c'est parce que Xavier Bertrand n'a été informé que bien tard de ce que trafiquait le fabriquant français de prothèses qu'il a surréagi ? Ce n'est en effet qu'en 2010 que l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé a suspendu la mise sur le marché des prothèses PIP.
Et pourtant, dès 2007, la sonnette d'alarme avait été tirée en Grande-Bretagne où une centaine de femmes avaient porté plainte. Et pourtant, le site Le Point.fr révélait hier que les autorités sanitaires américaines avaient adressé une mise en garde au fabricant à la suite de la visite d'un inspecteur de la Food and Drug dans l'usine de la Seyne-sur-Mer qui évoquait dès 2000 des prothèses «frelatées» et recensait au moins onze écarts par rapport aux normes de fabrication.
Mais il est vrai que le fabricant ne s'en était pas vanté... Pas plus qu'il n'avait crié sur les toits avoir cherché entre 2007 et 2009 à traiter financièrement avec des femmes porteuses de ses prothèses qu'il savait défectueuses. Et que faisait l'Afssaps pendant ce temps-là ? Comme pour le Mediator, l'Agence n'a rien vu, rien entendu. Ou n'a rien voulu savoir de ce tripatouillage.
Tripatouillage que l'avocat de PIP a eu hier l'indécence hier de chercher à minimiser en justifiant la substitution de gel médical par un gel industriel moins onéreux comme relevant d'une simple...«démarche capitaliste». Tout est dit.