Présidentielle: comment s'offrir un sondage pour se faire un nom

Publié le par DA Estérel 83

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Qui connaît Jean-Marc Governatori? Dans un sondage publié dimanche parle JDD.fr, le candidat de l'alliance écologiste indépendante (AEI) à l'élection présidentielle, réalise pourtant un score étonnant. A la question:«Selon vous, parmi les candidats écologistes à l'élection présidentielle, lequel incarne le mieux l'écologie?», 40% des sondés répondent Corinne Le page ; 36% Eva Joly. Et 24% Jean-Marc Governatori.

Dans l'article en question, le site du Journal du Dimanche explique s'être «procuré» ce sondage, fait de deux questions, comme s'il s'agissait d'un scoop. En réalité, cette étude a été réalisée par L'IFOP à la demande de Jean-Marc Governatori. Et celui-ci, plus que satisfait par les résultats, a passé un coup de fil au JDD pour leur «offrir» ces résultats.

 

 

 

 

Bonne opération pour Jean-Marc Governatori. «Si j'avais fait 3%, je ne l'aurais pas fait circuler», reconnaît-il sans mal. Lui qui se plaint d'être «boycotté» par les medias s'est offert pour environ 2.000 euros, le prix facturé par l'IFOP pour les deux questions posées, une belle publicité, reprise notamment par les medias du groupe Lagardère, Europe1.fr et Parismatch.com. Peut-être pourra-t-il faire valoir cette soudaine notoriété pour convaincre des maires de le parrainer pour l'élection présidentielle...

Mais pourquoi un media accepte-t-il une étude dont les questions ont été rédigées et commandée par un parti politique? «Cela arrive souvent», explique Frédéric Dabi, directeur du département Opinion de l'IFOP. Jean-Marc Governatori précise qu'il a d'abord appelé le rédacteur en chef du service politique du JDD,  mais qu'il lui fut répondu que seul le site Internet du journal publiait des sondages commandés par les partis.

Une version démentie par le Journal du Dimanche«Le sondage n'intéressait pas l'édition papier, Il n'y avait pas de place», précise Jérôme Guillas, rédacteur en chef du jdd.fr, qui ne voit en quoi le commanditaire du sondage constituerait un problème. «On a de très bonnes relations avec Jean-Marc Governatori. On le suit politiquement depuis plusieurs mois. Il nous donne le sondage. Il nous fait un cadeau. Sympa. Pour moi, il n'y a aucune collusion. Si demain, Governatori m'appelle pour me demander une interview, je lui refuse si je n'y vois pas un intérêt particulier. D'ailleurs, il aurait aimé qu'on le mette d'avantage en avant dans le papier accompagnant le sondage.»

Et si Jean-Marc Governatori, qui a gagné beaucoup d'argent dans ses activités professionnelles, avait commandé dix sondages, et décidé de ne transmettre que le plus avantageux pour sa personne? Et si la rédaction de ses questions n'assurait pas la neutralité dont se prévalent les instituts?

Frédéric Dabi a validé les questions. Il reconnaît simplement que le nom du parti de Jean-Marc Governatori, et l'adjectif«indépendante» qui y figure, a pu influencer les sondés

L'Elysée aussi place ses sondages

Ce n'est pas la première fois qu'une étude d'opinion et ses résultats, commandée par un parti politique, pose problème. Lors des dernières élections régionales, le Midi Libre annonce en scoop et en manchette s'être procuré un sondage TNS/Sofres diligenté par le PS et qui donnerait Georges Frêche gagnant aux régionales. L'enquête a en fait été commandée par la fédération socialiste de l'Hérault, frêchiste pur jus....

 

 

Il arrive aussi que ce ne soit pas un parti qui commande et fasse fuiter, mais l'Elysée, comme l'a confirmé un conseiller de Nicolas Sarkozy à Mediapart. En octobre, Le Figaro dresse par exemple un portrait François Hollande, un homme jugé «transparent» au vu de«plusieurs enquêtes qualitatives». A la question: «Si Hollande était un film?», les Français interrogés répondraient Le Corniaudou Le bonheur est dans le pré, selon ces mystérieux sondages réalisés aux frais du contribuables, et qui sont cités sans sources ni précautions. Le Figaro commente: «Deux films à succès dont les héros sont sympathiques mais peu présidentiels.» Tandis que Nicolas Sarkozy ferait penser à la série «24 heures chrono»...

Jean-Marc Governatori, lui, ne fait a priori pas immédiatement penser au Président de Henri Verneuil.  Mais au Journal du Dimanche comme à l'IFOP, on explique son score très élevé par une forme de rejet d'Eva Joly. Tous expliquent également que ce parti n'est pas totalement inconnu, que ses candidats ont réalisé une moyenne de 2% aux régionales et de 4% aux cantonales.

Ce qui n'a pas empêché le JDD de tiquer dans un premier temps:«A la première lecture, je m'étonne évidemment de tels résultats,explique Jérôme Guillas. Je me dis qu'il y a peut-être un problème de méthode, qu'il y a peut-être des pro-Governatori dans l'échantillon. Ensuite je m'interroge: l'Ifop a-t-il les moyens de contrôler parfaitement ce panel? On a appelé Frédéric Dabi, qui nous a rassurés.»

Sur ce point, le directeur général adjoint de l'IFOP se montre en effet convaincant: «Le questionnaire via internet est adressé à 15.000 à 20.000 personnes tirées aléatoirement dans le panel de 1,5 million de personnes constitué par notre partenaire Maximiles. On envoie un courrier à ces 15.000 personnes pour parvenir à la fin à un échantillon d'environ 1.000 sondés. Il est impossible de noyauter le panel.»

Les raisons du score du candidat de l'AEI sont donc à chercher ailleurs. Mais on peut au moins faire une hypothèse: si la réponse «Sans opinion» avait été suggérée, le score de Jean-Marc Gouvernatori n'aurait sûrement pas été aussi élevé.

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Publié dans Sondages

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