Présidentielle 2012: exit DSK?
«Un coup de tonnerre ». L’expression est de Martine Aubry. Mais elle résume bien l’état d’esprit des socialistes ce dimanche matin lorsqu’ils ont découvert au réveil l’incroyable nouvelle : DSK a été arrêté dans la nuit et inculpé pour « agression sexuelle et tentative de viol ». Un « coup de tonnerre » qui a fait naître deux types de réactions chez les responsables PS. D’un côté : le mutisme. C’est le cas notamment de certains strauss-kahniens comme Jean-Jacques Urvoas pour qui « tout reste à vérifier » et expliquait donc n’avoir « rien à dire » ou bien encore d’Arnaud Montebourg en déplacement au Proche-Orient jusqu’à mercredi et dont l’entourage indiquait qu’il ne ferait pas de commentaires. Et puis il y a ceux qui, comme Ségolène Royal ou le pro-Hollande André Vallini, en ont appelé à la « retenue » et, à juste titre, au respect du principe de« présomption d’innocence ».
Il n’empêche, tous ont en tête l’avenir politique de DSK. Mais seules des personnalités extérieures au parti s’autorisent à verbaliser ce que les caciques socialistes savent déjà. PourJacques Attali, par exemple, ça ne fait aucun doute : Strauss-Kahn ne sera pas candidat à la primaire. Difficile de le contredire. Car maintenant que DSK a été inculpé, il faudra probablement attendre plusieurs semaines d’enquête avant de savoir quelles seront les charges finalement retenues ou non contre lui. De trop longues semaines pour qu’il puisse concourir à la primaire pour laquelle les dépôts de candidatures débutent dès le 28 juin prochain…
Par ailleurs, si les Français ne sont pas aussi puritains que les Américains, s'ils peuvent avoir de la sympathie pour un responsable politique qui se révèlerait au final « séducteur mais pas violeur » comme le décrit Michel Taubmann dans son livre Le Roman vrai de Dominique Strauss-Kahn, les dommages en terme d’image seront à coups sûr dévastateurs. Et ce quelle que soit l’issue de l’enquête. Car si pour l’heure les médias français font preuve d’une certaine réserve (contrairement à la presse américaine), petit à petit remontent à la surface d’anciennes et dérangeantes histoires. Celle très évidente de l’économiste hongroise du FMI, Piroska Nagy, ou celle aussi plus méconnue de la journaliste Tristane Banon aujourd’hui présentée commeune collaboratrice d’Atlantico.fr, ce site d’informations pointé du doigt par Ramzy Khiroun, le conseiller com de DSK, après l’affaire de la Porsche Panamera…
Reste donc fondamentalement une question. Qui bénéficiera du très probable retrait de DSK de la course à la présidentielle ? François Hollande évidemment, de par son positionnement idéologique, peut être celui-là. D’autres par le passé, comme le maire de Lyon Gérard Collomb, avaient fait savoir que si Strauss-Kahn n’y allait pas, ils iraient eux-même à la primaire pour y représenter son courant d'idées. Mais de la parole aux actes, il y a un pas, qu’il n’est pas toujours aisé de franchir. Ségolène Royal et Arnaud Montebourg, eux, considéraient jusqu’à présent n’être pas encore entrés dans le dur de la campagne. Ils peuvent néanmoins être rassurés. Le poids lourds dans les sondages qu’était Dominique Strauss-Kahn désormais hors-course, ils bénéficieront d’un peu d’air et d’espace.
D’autres enfin imaginent un retour sur le devant de la scène de celui qui depuis le congrès de Reims tire dans l'ombre les ficelles du parti, à savoir Laurent Fabius. Mais c’est peut-être plus simplement Martine Aubry qui pourra profiter de la situation. Le pacte de Marrakech, qui la liait à DSK et la contraignait à un silence asphyxiant, n’est plus. Et dans la période trouble que va traverser le PS, c’est vers elle, la Première secrétaire, que les regards vont se tourner. Elle a survécu à tout (le désastreux congrès de Reims et les cataclysmiques élections européennes) et se pose depuis le premier jour comme la garante de l’unité du parti. Sa réaction, ce matin à Lille, à l’arrestation de DSK montre d’ailleurs que c’est bien cette ligne de l’unité et de la responsabilité face aux événements qu’elle souhaite continuer à suivre : « Je demande aux socialistes de rester unis et responsables. Je veux dire aux Français que, quels que soient les circonstances et les aléas, hier comme aujourd’hui, le parti socialiste est mobilisé pour les comprendre, pour apporter les réponses à leurs problèmes et à ceux de la France, et pour les servir. »
