Pour un observatoire du DSK
Hervé Nathan - 13/12/2010
Au fait Dominique Strauss-Kahn est-il réellement muet ? Non. il parle même beaucoup. Es fonction, puisque le Directeur général du FMI fait le tour de la planète pour parler d’économie, de la crise mondiale, de la gouvernance. Mais l’économie, la crise, la gouvernance, cela ne parle pas aux journalistes « politiques ».
Le discours sur l’Europe du 19 novembre à Francfort.
J’en avais parlé (ici). DSK y préconise d’allonger la durée du travail, ce qui est déjà étonnant pour un candidat socialiste à la présidence de la République in petto… Parmi les idées lancées sur la table, on trouve aussi « la création d'une autorité budgétaire centralisée, aussi indépendante politiquement que la Banque centrale européenne (BCE). L'autorité fixerait les orientations budgétaires de chaque pays membre et allouerait les ressources provenant du budget central pour mieux atteindre le double objectif de stabilité et de croissance. ».
Ensuite on remarque l’idée de confier au niveau européen, la gestion et l’unification du marché du travail et de sa fiscalité : « la zone euro ne peut réaliser son vrai potentiel avec cet ahurissant patchwork de marchés du travail segmentés (...) il est temps de créer des conditions égales pour les travailleurs européens, en particulier dans le domaine de la fiscalité du travail, systèmes de prestations sociales et la portabilité des prestations, et de la législation de protection de l'emploi. »
Enfin, l’ouverture à l’immigration : « La croissance à long terme bénéficierait également d'un coup de pouce par une approche moins restrictive sur l'immigration. L'Europe semble mener une bataille démographique perdue d'avance, sa population active devant diminuer sensiblement dans les prochaines décennies. Cela fait sens de miser sur l'immigration pour remédier aux pénuries de main d 'oeuvre, comme cela a été fait en Amérique du Nord. Cela pourrait aussi rendre le modèle social plus durable. Aussi intéressant cela puisse paraître d'un point de vue politique de court terme, l'Europe ne peut pas résoudre ses problèmes en verrouillant ses portes. »
Si DSK était candidat, on trouverait donc dans ses « 110 propositions » :
a- Retour aux 39 heures, b- référendum sur un nouveau traité européen, c-transfert du ministère du Travail au niveau de la Commission d- Régularisation des sans-papiers. Décoiffant, vous dis-je. Mais un tel programme pourrait avoir du mal à rassembler la gauche ! Il serait plus facile de s’accorder avec Bayrou qu’avec Mélanchon…A moins que, comme il le reconnaît lui-même, ces orientations un peu utopiques dans le paysage politique européen actuel, soient justement avancées pour …ne pas être candidat. DSK pourrait alors dire aux socialistes réticents: vous ne voulez pas de mon programme ? Alors je reste au FMI. En 1995, Jacques Delors avait prétexté en1995 l’impossibilité de rassembler une majorité sur ses positions personnelles, divergentes de celles du PS, pour refuser de se présenter à la présidentielle…
Pour tester l'adhésion éventuelle de la gauche politique à ces idées, j’ai soumis le texte de Francfort à un de ses anciens conseillers, il m’a répondu : « c’est ambitieux, mais la proposition d’une autorité budgétaire indépendante, c’est bizarre ». Si déjà ça flotte dans le centre de la Strauss-kahnie !
2- Le débat sur la gouvernance mondiale à Genève le 8 décembre. Il s’agit d’une rencontre avec Pascal Lamy, autre directeur général mais de l’OMC. Remercions la Télévision suisse romande de bien faire son travail… Quelle chaîne en France a suivi ce débat ? C'est dommage. Quelles belles images d'une ambiance détendue, voire complice. Lors de l'échange de « vœux », on apprend que DSK est favorable à un saut de plus dans la mondialisation, par la conclusion du « cycle de Doha » sur les échanges mondiaux. Il faut donc ajouter au programme futur et éventuel de DSK une proposition « pour une ouverture supplémentaire des frontières ; »
Auparavant, DSK explique pourquoi il est toujours entièrement de gauche. Réponse argumlntée, et calculée au millimètre pour être compatible avec le FMI... Pascal Lamy souhaite que « en 2011, Dominique prenne la bonne décision au bon moment » Clin d’œil appuyé à une candidature. DSK ne répond pas, comme à son habitude. Mais que dit-il dans son discours écrit, consacré à « L’impact de la crise financière sur la gouvernance économique mondiale » dont on dit qu’il s’agit d’un texte « personnel ». Il y dresse un bilan de l’action du Fonds monétaire international depuis le début de la crise. Il y a beaucoup d’autocongratulation, évidemment. Mais politiquement on sent la volonté de dire que le FMI est en passe de devenir le centre du monde. Voici la fin :
« Alors que nous cherchons à mettre en place un nouveau cadre de coopération mondiale, nous devons nous rappeler qu’il ne s’agit pas seulement de réaliser une croissance plus élevée et plus soutenable : il s’agit d’œuvrer en faveur de la démocratie et, en fin de compte, de garantir la paix. Lorsque les pères fondateurs du FMI se sont réunis à Bretton Woods en 1944, la paix était leur principal sujet de préoccupation. Ils avaient vu les conflits économiques de l’entre-deux-guerres dégénérer en batailles militaires de la Seconde Guerre mondiale avec des coûts humains jamais atteints dans l'histoire de l'humanité. Ils ont donc créé un système d’institutions, parmi lesquelles le FMI, qu’ils ont chargé de trouver des solutions fondées sur la coopération aux problèmes économiques mondiaux.
C'est un défi analogue que nous devons relever maintenant. Aujourd'hui comme hier, les difficultés économiques et financières lorsqu'elles s'aggravent portent atteinte à l'équilibre social, ruinent les fondements de la démocratie, font douter des institutions et peuvent dégénérer en guerre civile ou étrangère.
En rénovant la gouvernance économique mondiale, en la rendant plus efficace et plus légitime, plus efficace parce que plus légitime, nous renouons avec notre mission et nous travaillons pour la paix.
En conclusion, le choix est clair. A un moment où nul de sait de quoi l’avenir sera fait,à un moment où les déséquilibres budgétaires de certains pays menacent tout l’équilibre mondial, à un moment où l’accumulation de surplus extérieurs chez les uns et de déficits chez les autres crée les conditions de nouveaux affrontements, la communauté internationale doit choisir : elle peut œuvrer pour mettre en place un nouveau modèle de croissance pour un monde nouveau, ou choisir l'immobilisme, le repli sur des positions nationales et au bout du compte risquer des années d'instabilité qui seront le terreau d'une nouvelle crise.
Un nouveau modèle de croissance exige un nouveau modèle de gouvernance. C'est là l'enseignement réel et durable de la crise. Nous devons veiller à en tenir compte. Telle est notre mission. »
On ne peut à ce stade tirer qu’une hypothèse : une « mission » aussi historique que celle définie ci-dessus ne saurait être achevée en 2011 !
Résumons : dans deux interventions, le directeur général a distillé des arguments qui pourraient un jour justifier son désistement. Et dans ces mêmes interventions, il a esquissé un programme politique très personnel, qui augure d’alliances politiques renouvelées vers le centre gauche.
C’était le premier volet de L’Observatoire du DSK. Il y en aura bien d’autres, d’ici juin 2011. J’invite les amis d’Antibobards à participer au jeu. Recherchez les déclarations officielles, rapportez les, discutons en. L’observatoire du DSK est ouvert !
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Le commentaire de Michel THOMAS: "La tentation DSK"
Ecartés du pouvoir depuis 2002, les hiérarques socialistes sont prêts à se ranger derrière Dominique Strauss Kahn qui, si l'on en croit les sondages,
permettrait à la bannière socialiste de flotter sur l'Elysée.
Ce qu'ils feignent d'oublier, alors que c'est évident, c'est que les électeurs potentiels de DSK se situent, en majorité, à droite et qu'ils ne le choisiraient
qu'à défaut de Sarkozy, trop déconsidéré par le cynisme de sa politique.
Dans ces conditions la Gauche courrait le risque de perdre les législatives et le Président, se faisant une douce violence, appliquerait la politique ultra-libérale, antisociale et anti-démocratique qu'il a prônée récemment à Franfort!
DSK, c'est pas exquis.